Albert Corey, médaillé français sans Equipe de France

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BNF

En 2021, le Centre d’Etudes Olympiques a reconnu officiellement la nationalité française du coureur de longue distance Albert Corey victorieux de deux médailles d’argent aux Jeux Olympiques de Saint-Louis en 1904. Pour autant, eu égard aux règles olympiques en vigueur à l’époque, ces médailles ne sont pas comptabilisées.

 

 

Pas un podium, pas une place d’honneur. Le bilan français aux Jeux Olympiques de 1904 est assez maigre ; et pour cause… Pour ces troisièmes Jeux Olympiques de l’ère moderne en effet, le Comité olympique français n’avait pas envoyé le moindre représentant à Saint-Louis (Missouri), faute de budget pour payer le long voyage et le séjour de nos athlètes.

Précisons-le de suite, les Français ne constituèrent pas une exception et seule une dizaine de délégations non-américaines prirent pas à ces Jeux. Le format des compétitions proposées à Saint-Louis fit par ailleurs l’objet de polémiques, avec notamment des Anthropology days réservés à des représentants de peuples colonisés ou peu considérés qui furent vertement critiqués par le baron Pierre de Coubertin.

Un peu comme à Paris en 1900, ces Jeux furent étalés sur plus de quatre mois dans le cadre d’une exposition universelle, « La Louisiana Purchase Exposition », ayant pour objet de célébrer le centenaire du rattachement de la Louisiane aux Etats-Unis.

FILS DE VITICULTEUR

Des Jeux sans délégation française donc, mais pas sans Français ! Les tablettes olympiques font ainsi mention d’un certain Albert Corey, né à Meursault en Côte d’or en 1878, et de ses deux médailles d’argent décrochées en athlétisme, l’une au marathon et l’autre en équipe avec la « Chicago Athletic Association »…

Or, suivant le règlement olympique, ces médailles furent attribuées aux Etats-Unis, le pays de son club. C’est ce qu’a voulu faire modifier Clément Genty, ingénieur, conseiller municipal à Meursault, et historien amateur. «J’ai appris son existence dans un journal, et j’ai fait des recherches », explique-t-il. De fil en aiguille, il en a même fait un livre retraçant le parcours hors normes de ce fils de viticulteurs bourguignons (1).

BRISEUR DE GREVE

Chassés de Meursault par la crise du phylloxéra, les parents de Paul Corey s’installèrnt en région parisienne, à Charenton-le-Pont. A 18 ans, Albert s’engagea dans le 8e bataillon de chasseurs à pied. Petit gabarit d’1,69 m, il prit goût aux courses de longue distance et obtint quelques bons résultats : 7e au marathon de Paris à Conflans en 1902 et vainqueur la même année de la course Paramé-Rennes-Paramé soit 155 km en 16h32. Toutefois, après six ans d’armée, il décida de déserter et d’aller tenter sa chance aux Etats-Unis. Il traversa l’Atlantique et travailla à Dayton (Ohio), dans un hôtel, puis à Chicago (Illinois), comme « briseur de grève » dans les immenses abattoirs de la ville. Ayant appris en 1904 que des Jeux Olympiques étaient prévus à Saint-Louis dans le Missouri cet été-là, il présenta tant bien que mal sa candidature dans un anglais encore balbutiant et se retrouva sélectionné par Mike Butler, l’entraîneur de Chicago, après une prestation de 40 minutes sur le Marshall Field, un des stades de la ville.

UN MARATHON EN PLEINE CHALEUR

Le marathon olympique se disputa le 30 août 1904, à Saint Louis donc, avec un départ à 15h03 par 32° C. Il y avait 31 coureurs au départ mais 15 seulement rallièrent l’arrivée, située à 40 km (24,9 miles). L’Américain Fred Lorz, premier dans le stade, sera disqualifié pour avoir emprunté une voiture pendant 5 kilomètres et c’est finalement Thomas Hicks, du Massachussets, qui fut déclaré vainqueur, malgré le soutien dont il avait pu bénéficier, avec notamment une dose de strychnine (!) administrée par ses suiveurs, une lampée de brandy et un soutien physique d’officiels qui le soutinrent et l’épongèrent durant la course. Albert Corey arriva dans la foulée et fut classé 2e avec un temps de 3h34.

 

              Les 32 athlètes au départ du marathon des Jeux de Saint-Louis 1904

United Archives/Leemage Albert Corey apparaît au centre de l'image avec le numéro 7. 

Crédits : United Archives/Leemage

 

NEW YORK BAT CHICAGO

Cinq jours plus tard, le Français retrouva la piste pour une course par équipe sur la distance de 4 miles (6 337 mètres). Dans cette formule qui fut ensuite abandonnée, les coureurs étaient classés en fonction de leur place et chaque équipe se composait de 5 coureurs. Seules deux formations prirent part à la course et New York battit Chicago d’une place. Mais qu’importe pour Albert, qui reçut alors sa deuxième médaille d’argent. Depuis lors, les médailles d’Albert Corey sont répertoriées au bénéfice de l’équipe américaine dans le palmarès officiel des Jeux, avec un nom est orthographié Coray.  

Seul participant et médaillé français de l’édition olympique de 1904, Albert Corey ne représentait pas officiellement la France dans le cadre d’une délégation officielle. Si, au regard des tablettes et règlements olympiques, la France ne peut donc pas afficher un bilan d’au moins une médaille à chaque édition des Jeux Olympiques d’été, il est toutefois légitime de sortir de l’ombre Albert Corey, grâce auquel il est juste de dire que des Français ont été médaillés à chaque édition des Jeux Olympiques d’été !

Inspiré, Clément Genty est d’ailleurs bien décidé à faire revivre l’esprit des Jeux de 1904 et d’Albert Corey à Meursault. « Je veux qu’on puisse organiser des concours de saut en longueur sans élan, de triple saut sans élan et de saut en hauteur sans élan comme à l’époque » explique-t-il. Il rêve aussi de voir éditer un timbre à l’effigie d’Albert Corey d’ici aux Jeux de 2024…

 

  1. Albert Corey, la France aux Jeux Olympiques de 1904. Editions de l’Harmattan.

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