Ces Bleuets ont été grands
Equipe de France de football
C’est toujours compliqué, une sélection olympique en football. Il faut jongler entre les réticences des clubs à libérer leurs joueurs, le voisinage encombrant d’une compétition nommée championnat d’Europe (Euro pour les intimes), et enfin une limite d’âge – les Espoirs, soit les moins de 23 ans, moyennant trois exceptions pour encadrer cette jeunesse. Un aréopage disparate mandaté pour une mission unique dans une carrière : tenter de gravir l’Olympe. La France l’a déjà fait, il y a 40 ans, à Los Angeles. Mais depuis… Deux participations recensées seulement, pour un quart de finale (1996) et un premier tour (2020). A la maison, les Bleuets qualifiés d’office en tant que pays hôte, hors de question de faire ainsi de la figuration. Et de Henri (Michel) à Henry (Thierry), comme le stipulait joliment le carton fait maison brandi par un supporter dans les travées du Parc des Princes, les titis tricolores ont renoué le fil de l’histoire olympique.
A Marseille (3-0 contre les États-Unis puis la Nouvelle-Zélande), à Nice (1-0 contre la Guinée), à Bordeaux (1-0 contre l’Argentine), à Lyon (3-1 après prolongation contre l’Egypte), partout la même histoire : celle d’un groupe explosif, qui marque beaucoup (onze buts en cinq matchs) tout en parvenant à garder le verrou bien fermé derrière (un but encaissé). Autant dire que quand la France entre idéalement dans sa finale en ouvrant le score contre l’Espagne dès la 11e minute, via une frappe d’Enzo Millot sur laquelle le gardien Arnau Tenas – un joueur du PSG, le Parc des Princes est son jardin – n’a pas les poings très fermes, les Bleus tiennent le bon bout.
Mais il reste encore une heure vingt de bagarre à livrer à une équipe qui sait y faire collectivement. Avec ses systèmes de jeu récités de catégories d’âge en catégories d’âge, sa jeunesse biberonnée dans quelques clubs réputés pour leur formation (FC Barcelone en tête) et sa législation un peu plus contraignante pour les clubs vis-à-vis de la sélection, l’Espagne a bien des atouts pour expliquer ses razzias récurrentes dans les catégories de jeunes. Et quand le XI de Santi Denia se lâche et se met à jouer, il faut bien avouer que nos Bleuets passent un mauvais quart d’heure, à l’image de ce mouvement d’école se terminant par une frappe victorieuse de Fermin Lopez au point de penalty pour l’égalisation (18e, 1-1).
Du caractère et du sang-froid
Ce diable de Fermin remet ça quelques minutes plus tard, en renard suite une frappe un brin dévissée d’Abel Ruiz. Il a suivi, et ça fait 2-1 pour l’Espagne (25e). Puis 3-1 suite à un coup franc parfaitement frappé par Alex Baena (29e). Les Français sont sonnés. Il faut attendre les arrêts de jeu de la première période pour les voir sonner la révolte et remettre de la pression sur le but adverse, mais Tenas est cette fois impeccable sur la tête de Jean-Philippe Mateta tandis que le tir de Michael Olise fuit de peu le cadre.
Mais le ton est donné pour la seconde mi-temps. Leur pressing plus harcelant gêne considérablement les Espagnols et les occasions s’enchaînent, d’une tête de Manu Koné sur la transversale (56e) à un bon appel de Mateta dans la profondeur (67e). Les Bleuets jouent leur va-tout et se découvrent mais les Espagnols en contre se la jouent rugbymen et frappent des chandelles (48e, 60e, 65e). Koné (72e) et Millot (73e) tour à tour font croire à la réduction du score… et c’est fort logiquement que le coup franc d’Olise, dévié par Maghnes Akliouche, finit par faire ficelle (3-2, 79e). Tout est relancé ! Acculés, plus marqués physiquement que nos Bleus, les Espagnols finissent par craquer sur une faute de Benat Turrientes sur Arnaud Kalimuendo dans la surface à la fin du temps réglementaire. Penalty ! Mateta s’y colle et égalise avec sang-froid (3-3, 90e+3).
𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗣𝗛𝗜𝗟𝗜𝗣𝗣𝗘 𝗠𝗔𝗧𝗘𝗧𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔𝗔 𝗣𝗢𝗨𝗥 𝗟𝗘 𝟯-𝟯, ON VA CHERCHER L'OR MESSIEURS 😍🇫🇷
— Eurosport France (@Eurosport_FR) August 9, 2024
Suivez la finale et tout #Paris2024 sur Eurosport : https://t.co/mvO85aJ25o pic.twitter.com/b9XgdE3JLB
« On a eu des moments de flottement qui nous ont coûté cher mais on s'est battus jusqu'à la fin. C’était une finale de folie, et à l’arrivée c’est une médaille olympique. »
Trente minutes de bonheur en plus, ont coutume de dire les commentateurs dans ce type de situation… et cette fois, ce n’est clairement pas survendu. Mais dans une prolongation débridée, c’est l’entrant espagnol Sergio Camello qui fait mouche sur un subtil ballon piqué rendant l’avantage à l’Espagne (3-4, 100e). Dans la foulée, le gardien espagnol arrête une frappe de Désiré Doué… pour mieux relâcher le ballon entre ses jambes et manquer une cagade en forme de clin d’œil magistral à son aîné Luis Arconada – Parc des princes, finale contre la France, tout juste 40 ans plus tard… Mais lui se reprend in extremis et stoppe le ballon avant la ligne.
Les Bleus poussent, à l’image de Kalimuendo (109e) ou Doué (119e). Mais dans la foulée de cette dernière action, le gardien espagnol à l’inspiration de relancer vite dans la profondeur vers Camello, qui s’en va tromper Guillaume Restes (3-5, 120e). Cette fois, on en restera là. Nos Bleus s’inclinent, mais ils ont été grands. « La défaite n’enlève pas tout, leur rendait hommage Thierry Henry. On s'est battus jusqu'à la fin, cette équipe s'est toujours battue. On a eu des moments de flottement qui nous ont coûté cher mais on s'est battus jusqu'à la fin. C’était une finale de folie, et à l’arrivée c’est une médaille olympique. Même si l’on n’est pas champions, c’est important. Cette médaille concrétise quand même une très belle histoire. »