Clément Noël (ski alpin) : «Le jour de la course, on est face à soi-même»

Clément Noel Portrait

CNOSF

Révélation des Jeux de PyeongChang 2018 où il avait pris une encourageante quatrième place à quatre centièmes du podium, Clément Noël retrouve la fièvre olympique à Pékin 2022 avec un nouveau statut. En quatre ans, il est devenu un des tout meilleurs slalomeurs mondiaux, deux fois deuxième au classement de la coupe du monde de la spécialité. Il revient sur son parcours atypique et sur la problématique des courses d’un jour où seules comptent les médailles…

 

 

Tu es originaire du Ménil dans les Vosges. Comment se fait-t-il que tu te sois mis au ski alpin plutôt qu’au ski de fond par exemple ?
En fait mon frère faisait de l’alpin et j’ai commencé avec mes parents. J’habitais vraiment juste à côté de la station de ski de Ventron et on avait plus une culture « alpin » que « fond ». Mes copains étaient inscrits au club et c’était naturel que m’y inscrive aussi.

 

Tu peux nous décrire Ventron (attention, il faut prononcer Vennetron) ?
C’est une petite station mais pour les Vosges, ce n’est pas si petit. C’est à taille humaine. Il y a deux hôtels en bas des pistes. Il y a une dizaine de pistes avec un télésiège et des téléskis. C’était largement assez grand pour nous quand on était petits pour skier et pour s’amuser.  

 

Dans les catégories de jeunes, j’ai très vite eu des bons résultats, ce qui m’a encouragé à persévérer

 

Et très vite tu as fait partie des skieurs doués ? 
Oui j’ai toujours été assez doué. Dans les catégories de jeunes, j’ai très vite eu des bons résultats, ce qui m’a encouragé à persévérer. J’avais déjà l’esprit de compétition. Mais je dirais qu’entre douze et quatorze ans, j’étais plutôt deuxième que premier.

 

Ah bon ?
Oui, j’avais un copain qui était souvent devant moi. En fait, c’était mon meilleur ami et on se tirait constamment la bourre. Je pense qu’il était aussi plutôt doué. Après, j’ai réussi à inverser la tendance quand on est arrivé sur les circuits nationaux avec des adversaires venant de toutes les régions.

 

Et les Vosges, tu y es restes forcément très attaché…
Oui, bien sûr. J’ai toute ma famille là-bas. Mes parents habitent là-bas, mes grands-parents des deux côtés habitent là-bas. J’y ai encore beaucoup d’attaches même si j’y vais très peu. Quand j’y vais c’est tout le temps un plaisir. Ce n’est pas un endroit où je me verrai forcément habiter plus tard mais ce sont mes racines. J’y ai passé quinze ans de ma vie. Et j’ai pas mal de connaissances là-bas, c’est sûr.

 

Un de tes autres ports d’attache, c’est donc Val d’Isère où tu as débarqué quand tu avais quinze ans...
Oui, c’est ça. A l’âge de 15 ans, je suis entré au lycée d’Albertville et il fallait que je choisisse un club dans les Alpes où je pourrais bénéficier de bonnes conditions d’entraînement. Et on a choisi Val d’Isère parce que c’est un grand club et que d’autres avaient fait déjà le trajet entre les Vosges et Val d’Isère et que ça c’était très bien passé comme pour Victor Schuller (1) qui lui est alsacien.

 

Et là, tu atterris un peu par hasard dans la famille Chevallot, un pâtissier célèbre de Val d’Isère, à la réussite très méritée…
Oui, c’est ça. C’est un peu le hasard. Le Club des Sports avait passé une annonce pour trouver une famille d’accueil. Et les Chevallot se sont proposés parce qu’en été, il y a moins d’employés et ils avaient donc un appartement libre en-dessous de chez eux. Ils ont proposé de me dépanner pendant l’été. En fait, le club n’a finalement pas vraiment trouvé de famille d’accueil pour moi. Du coup, avec l’hiver qui arrivait, ils ont été un peu contraints de me prendre chez eux comme famille d’accueil parce que les employés arrivaient et ils avaient à nouveau besoin de l’appartement.

Au début, c’était un peu spécial mais comme j’ai été assez gentil, ils n’ont pas trop regretté ce choix par la suite. J’ai été bien accueilli. On s’est bien entendus et moi j’ai bien mangé. Et puis je suis maintenant très amis avec leurs deux fils et j’ai découvert de bonnes personnes. J’y a passé de belles années.

 

Et puis, tu as eu la chance d’arriver chez un grand pâtissier. Est-ce que tu as des spécialités à nous recommander ?
Alors là, j’ai presque tout goûté et je peux tout vous recommander. J’ai eu la chance de me régaler. Et le matin, j’avais le droit à mes pains au chocolat. Patrick Chevallot se levait très tôt et j’avais le droit aux pains au chocolat quand j’allais au ski ou alors j’avais le droit de passer au labo pour me servir. J’ai été élevé à ça. Et puis, ils aiment énormément la bonne cuisine et ça m’a fait découvrir plein de choses. Cela m’a ouvert à la gastronomie.

 

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Crédit photo : Christophe Pallot/ZOOM/Pressesport - JO PyeongChang 2018

 

Alors avec ce régime draconien, tu poursuis ta progression de manière régulière avant d’exploser au plus haut niveau lors de la saison 2017-2018 et ton arrivée sur le devant de la scène aux Jeux de PyeongChang alors que tu n’as que 20 ans…
Oui, c’est ça. Les Jeux étaient très loin de mon esprit. Moi, j’arrivais en Coupe du Monde et j’essayais de marquer des points mais il y avait quatre slalomeurs indéboulonnables devant moi (2). Il se trouve qu’à Kitzbühel à la mi-janvier je termine huitième avec le dossard 47 ce qui m’a placé un peu en ballotage pour aller aux Jeux. Et la veille de Schladming, fin janvier, David Chastan, notre chef d’équipe nous dit qu’il y avait deux places pour trois et que tout allait se jouer le lendemain. Il se trouve qu’à Schladming, je réussis le meilleur résultat de ma saison. Je finis sixième. Et c’est donc ce soir-là que j’ai appris ma sélection pour les Jeux. Derrière, je me suis retrouvé en stage préparatoire à Sestrières et au milieu du stage, j’ai fait un aller-retour à Davos pour disputer les championnats du monde juniors.

 

Et là, bingo. Tu remportes le titre haut la main…
Oui les deux années précédentes, j’étais plutôt attendu et j’avais plus ou moins raté mes Mondiaux juniors (3). Là, je savais que c’était ma dernière année chez les juniors. Ma dernière chance. J’étais vraiment motivé pour aller chercher ce titre. J’étais clairement le favori et c’est une grande satisfaction d’avoir réussi à répondre présent parce que c’est quand même un titre qui représente quelque chose.

 

A PyeongChang, je n’étais pas forcément très attendu. C’était assez facile de se lâcher pour faire le maximum

 

L’enchaînement se poursuit quelques jours plus tard avec la découverte des Jeux Olympiques et le slalom où tu finis à la quatrième place, à quatre centièmes seulement de Michael Matt…
Pour moi, c’était vraiment une belle expérience d’aller là-bas, et je n’avais aucune pression sur les épaules. J’étais là en quatrième homme. J’étais en très bonne forme et je savais que je pouvais faire quelque chose de bien. Je n’étais pas forcément très attendu. C’était assez « facile » de se lâcher pour faire le maximum. Je savais que c’est une course d’un jour et sur le coup je n’avais pas plus de pression que ça. J’avais juste envie d’aller vite. Je l’avais très bien fait en première manche. Je n’étais qu’à trois dixièmes du podium. En revanche, en deuxième manche, il y avait forcément un peu plus de pression, je savais que je n’étais pas loin d’une médaille. J’ai plutôt répondu présent aussi en deuxième manche même si j’ai fait quelques petites fautes. La course dans l’ensemble avait été plutôt inespérée. Et à ce jour, ça reste ma meilleure course au niveau international (4).

 

Et avec le recul, est-ce que ça laisse quelques regrets d’être passé aussi près d’une médaille…
Non, je n’ai jamais eu de regrets par rapport à cette course. Il peut y avoir un peu de frustration compte tenu du faible écart avec le troisième. J’ai été un tout petit peu frustré mais je n’ai jamais eu de regret parce que j’ai tout donné ce jour-là. J’ai produit mon meilleur ski le jour J. Il se trouve que quatrième c’était déjà très bien.

 

Alors à la veille des Jeux de Pékin revient cette problématique des « courses d’un jour » avec l’enjeu que cela représente. Est-ce qu’avec l’expérience, tu anticipes mieux cette fameuse pression ? As-tu la clé pour skier vite le jour J ?
Je dirais que chaque course est différente. Ce n’est pas forcément parce que c’est une course d’un jour que je suis plus stressé ou plus tétanisé par l’enjeu que cela représente. Cela dépend vraiment de mon état d’esprit du moment, le jour de la course. Je n’ai pas l’impression d’avoir été tétanisé par l’enjeu lors des deux dernières grandes courses mondiales que j’ai disputées lors des Mondiaux 2019 et 2021. On va dire que dans les deux cas, j’arrivais en tant qu’outsider sérieux. Je n’ai pas réussi à obtenir les résultats que je voulais. On peut mettre ça sur le dos de la pression, je ne sais pas. Ce sont des courses un peu différentes du reste et il faut savoir les appréhender. Je n’y suis pas parvenu en ces deux occasions. Je ne suis pas passé complètement à côté. J’ai fait des choses qui étaient correctes mais ça n’a pas payé.

 

Pressesports 144656 0011 Prevost JeromeCrédit photo : Pressesport / Jerome Prevost

 

Tu n’as pas effectué de remise en question sur ton approche mentale de ces courses ?
On peut faire toutes les analyses qu’on veut. Le jour de la course, toutes les théories s’envolent. On est face à soi-même. Je sais comment gérer une course et comment arriver au sommet de mes capacités le jour J. Après, forcément, il y a des pensées négatives qui vous viennent. Il y aussi des pensées positives. Tout s’entremêle. Quelle que soit la contexte, Coupe du monde, championnats du monde ou Jeux Olympiques, il faut essayer de tout mettre dans le bon ordre pour essayer d’être bon. Pour être le plus performant possible, il ne faut pas être tétanisé par l’enjeu, il ne faut pas mettre le frein à main, il ne faut pas faire n’importe quoi. Avec l’expérience, on arrive à gérer tout ça.

 

Et pour finir, que représentent les Jeux Olympiques pour toi ? Est-ce le top du top ou accordes-tu plus d’importance au globe de slalom ?
Je ne saurai pas forcément mettre de priorité à l’un ou à l’autre. C’est sûr qu’en terme de course d’un jour, les Jeux Olympiques c’est le sommet. Un globe c’est aussi extrêmement important pour nous et c’est vrai que ça veut dire plus de chose. Mais sur les répercussions que ça peut avoir, un titre olympique c’est le top du top. C’est ce que tout le monde s’évertue à aller chercher. Personnellement, je n’ai pas l’impression de faire une course tous les quatre ans, simplement sur cette course-là, c’est le maximum de ce que l’on peut espérer en une seule course. 

 

 

(1) Victor Schuller, originaire de Colmar, a été un grand espoir du ski français, médaillé aux championnats du monde juniors. Sa carrière a été ralentie par de nombreuses blessures mais il a gagné la coupe du monde de descente en 2021.

(2) A l’époque les quatre meilleurs slalomeurs français étaient Jean-Baptiste Grange, Julien Lizeroux, Alexis Pinturault et Victor Muffat-Jeandet.

(3) Aux championnats du monde juniors, Clément avait terminé 4e en 2015, il était sorti en 1e manche en 2016 et en 2017 avant de gagner en 2018.

(4)Clément compare PyeongChang aux deux Championnats du monde auxquels il a participé (7e à Are en 2019 et 21e à Cortina en 2021).

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