Emmanuel Petit : "En skeet, tout se joue sur le mental"

Etienne Garnier/PresseSports

Emmanuel Petit, tireur sportif de l'Equipe de France.

Quinze ans après avoir commencé à pratiquer le skeet à haut niveau, Emmanuel Petit va découvrir les Jeux olympiques à 49 ans ! Le tireur sportif, policier de son état, met tous les atouts de son côté pour réussir une grande performance dans la capitale japonaise. Interview.

 

Tu as toujours rêvé des Jeux ?

J'ai commencé par une discipline non-olympique, le ball-trap, et ça n'était pas encore d'actualité. Mais il y a une quinzaine d'année, l'envie de participer aux Jeux a fait que j'ai choisi le skeet, et de m'y mettre à fond. Je pratiquais le "Compact Sporting", qui est une discipline qui se rapproche un peu. Il y avait des similitudes, ce qui a facilité la transition. Le skeet est très exigeant dans le sens où on ne peut épauler qu'à la vue du plateau, quand on le commande, il part entre 0 et 3 secondes, un timing que l'on ne maitrise pas. C'est très tonique, il faut une grande réactivité.

On tire des simples et des doublés, et pour chaque plateau, nous n'avons droit qu'à une seule cartouche, ce qui fait qu'il n'y a aucun droit à l'erreur sur un total de 125 plateaux. Lors des derniers championnats d'Europe, l'entrée en finale était à 122 sur 125 et pour la dernière Coupe du monde à Lonato, c'était à 123 sur 125 pour arriver en barrage.

 

La concurrence est-elle féroce ?

Il y a beaucoup de gros clients, en commençant par les Etats-Unis et l'Italie. Nous avons aussi un excellent niveau européen, avec les Italiens qui sont très forts, ainsi que les Suédois, les Danois, les Chypriotes, les Russes etc. Le niveau est très élevé. Sur un Mondial ou un Euro, il y en a qui ont un peu plus l'habitude de gagner que d'autres, mais potentiellement, le nombre de tireurs capables de s'imposer est assez impressionnant.

 

Disputer les Jeux à 49 ans, penser aux suivants à 52 ans, c'est assez extraordinaire…

Je pense surtout à ceux que je vais faire cette année. On ne se projette pas trop à 49 ans ! Même si on peut continuer longtemps dans mon sport. En skeet, l'athlète indépendant Abdullah al-Rashidi avait gagné le bronze à Rio en 2016 à l'âge de 52 ans. C'est donc possible. Mais pour l'instant, je travaille pour les Jeux de Tokyo et on verra ensuite. Notre chance, c'est que l'on peut durer dans le tir sportif tant qu'on a la forme physique et une bonne vue.

 

Quel est ton sentiment au moment d'intégrer l'Equipe de France ?

C'est une reconnaissance. Ce sont toutes ces années de travail qui commencent à payer. Mais si, sur le papier, je me sens un peu comme la dernière roue du carrosse, j'ai des ambitions, sans me projeter trop loin. Mon but est de réaliser quelque chose dans ces Jeux, un gros objectif.

 

Emmanuel Petit23

Etienne Garnier/Presse Sports

 

Comment concilier ton travail de policier avec ton activité de sportif de haut niveau ? 

Mon statut de sportif de haut niveau m’offre la chance de bénéficier d'un aménagement. Je suis détaché à 70 ou 80%. Je suis au commissariat de la Rochelle, mais là, nous avons une affectation à Paris à la DFTSI (Direction des Formations de la Sécurité en Intervention) qui gère les sportifs. Je peux faire mon calendrier moi-même, dire quand je vais travailler et quand je vais m'entraîner… Jusqu'aux Jeux, je me focalise exclusivement sur mon objectif sportif.

 

Comment as-tu découvert le tir sportif ?

En 1994, quand je suis entré à l'école de Police, j'avais un ami qui pratiquait ce sport. Il m'a dit "tu n'as jamais essayé le ball-trap ?". J'ai essayé et j'ai accroché très vite, J'ai pris ma première licence deux ans plus tard, et c'était parti. En 1998, j'étais vice-champion d'Europe individuel. Je n'ai jamais arrêté, champion d'Europe par équipes en 1999, troisième aux championnats du monde en 2005 et champion du monde par équipes en 2006, avant d’opter pour le skeet. Là, je suis reparti à zéro. L'entraîneur de l'époque, Anthony Szewc, m'a dit : "tu veux faire du skeet ? Regarde la poubelle là-bas, tout ce que tu appris en une douzaine d'années, tu mets tout au fond, qu'en penses-tu ?". J'ai répondu "On y va !". J'ai dû apprendre une nouvelle technique, mais bien encadré, alors qu'avec le ball-trap on était un peu tout seul.

 

Tu peux nous parler de tes meilleurs résultats internationaux en skeet ?

Je n'ai pas encore fait de podium individuel. Mais j'ai terminé quatrième lors des championnats du monde 2018 à Changwon en Corée du Sud, et cela m'a permis de gagner le quota olympique pour ma fédération. En 2019, j'ai pris la cinquième place au championnat d'Europe, mais j'avais égalé le record du monde en qualifications avec un 125 sur 125. Ce sont mes deux plus belles performances en individuel. Je sais que le potentiel est là. Si tout est réuni au bon moment avec un état de concentration optimal, je suis capable de le faire, sachant que, techniquement, je n'ai pas de souci particulier. En skeet... ça se joue surtout dans la tête, on travaille la technique depuis si longtemps... La fois où j'ai réussi le 125, j'avais cassé deux plateaux d'extrême justesse sur la première série, au deuxième, voyant mon tir passer presque à coté, je me suis dit "il ne peut pas t'arriver grand-chose". Tout paraissait facile. Mais ça n'est pas toujours comme cela.

 

Quelle est l'ambiance parmi les sélectionnés ?

En skeet, nous sommes trois à partir à Tokyo, avec Eric Delaunay et Lucie Anastassiou. Nous nous entendons très bien. C'est assez génial. Nous savons que nous allons nous entraider si le besoin s'en fait sentir. Nous voulons tous gagner, mais il n'y a aucune mauvaise intention entre nous. C'est un super état d'esprit.

 

 

"Mon Homonyme? J'ai un peu moins de cheveux, mais ça n'est pas bien grave. Avoir la même réussite sportive que lui, je ne dirais pas non"

 

 

Tu as déjà été à Tokyo ?

Non, jamais. Logiquement, nous devions aller y disputer une compétition pré-olympique l'année dernière, mais la Covid-19 nous en a empêchés et, de toutes façons, je crois que le stand de tir n'était pas encore prêt. Cela va être des Jeux très particuliers, mais je n'en ai jamais disputé auparavant, donc je n'ai pas de point de comparaison. Je m'entraîne au club de Châtelaillon en Charente-Maritime où évolue aussi ma coéquipière sélectionnée pour les Jeux Lucie Anastassiou. Nous disposons des mêmes lanceurs que ceux qui seront utilisés à Tokyo. Avoir les mêmes machines devrait nous permettre de ne pas arriver dans l'inconnu ! 

 

Et dans trois ans, les Jeux à Paris...

C'est vrai que tout le monde me dit : "Alors, Paris 2024" ? En 2019, je crois que je n'avais pas encore gagné le quota, la fédération nous avait fait une petite interview filmée, il fallait réagir du tac au tac. A la question "Tokyo ou Paris ?", j'avais instantanément répondu "Tokyo ! " Pour le moment, je suis toujours passionné, j'ai toujours envie, alors si c'est possible, pourquoi pas ? Mais je reste concentré sur l'objectif immédiat, et je ne veux pas perdre d'énergie pour rien ou placer mon esprit ailleurs. Mais ça peut se faire, et cela s'est déjà fait.

 

Tu es l'homonyme de l'auteur du troisième but français en finale de la Coupe du monde de football 1998. Inspirant ?

Oui ça m'inspire. C'est drôle. J'y ai droit depuis l'armée. Nous avons à peu près le même âge, lui de 1970, moi de 1972. J'ai un peu moins de cheveux, mais ça n'est pas bien grave. Avoir la même réussite sportive que lui, je ne dirais pas non !

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