Mady Sow, le prodige badminton français à l’assaut des JOJ de Dakar 2026
FFBaD / Raphaël Sachetat
Au premier regard, Mady Sow n’a rien qui le distingue des adolescents de son âge. Rien, sauf peut-être son talent qui le propulse déjà comme un espoir du badminton français, à seulement 16 ans. Double surclassé sur le court de badminton, et avec un an d’avance au lycée, Mady Sow semble avoir grandi plus vite que les autres. “J’étais un petit intello. J’aimais bien faire les devoirs et apprendre”, glisse-t-il dans un sourire, avant de nous expliquer que le badminton a désormais pris trop de place pour pouvoir se concentrer sur ses études. Il se contentera du strict minimum en essayant d’obtenir son bac à la fin de l’année. Raquette en main, il a fait ses preuves dès l’âge de cinq ans. “Mes parents avaient acheté un kit de badminton pour jouer dans le jardin. J’ai perdu contre mon frère (Tidiane, son aîné de trois ans). Cette défaite a été un déclencheur. Il fallait que je sois plus fort”, rembobine le Français, avouant réveiller ses parents très tôt le week-end pour jouer avec lui.
Déjà prêt pour jouer dans la cour des grands
Après avoir testé le handball, “je me débrouillais bien”, lâche-t-il, le judo ou encore l’aïkido, Mady Sow a finalement jeté son dévolu sur le volant à plumes. Il faut dire qu’il avait quelques aptitudes, déjà doté d’un smash puissant. Ses parents décident alors de l’inscrire au club de Gagny. “J’avais des amis qui m'accompagnaient tous les jours. Je n’avais qu’une envie, c’était de les revoir le lendemain. Je prenais du plaisir à jouer”, raconte-t-il. Plus qu’un plaisir, le badminton est ensuite devenu une obsession. De ses premiers tournois départementaux, la compétition est ensuite devenue centrale dans son projet. Si bien qu’il a intégré le CREPS de Châtenay-Malabry à seulement 10 ans, alors que ses voisins de chambre en avaient cinq de plus que lui. Un départ précipité, mais assumé pour le jeune homme. “C’était difficile pour mes parents de me voir quitter la maison aussi jeune. J’étais entouré de garçons de 15 ans qui baignaient dans le haut niveau, avec l’intensité des matchs et des entraînements. Au début, c’était impressionnant, mais je n’avais qu’une envie, c’était de faire la même chose, rembobine le gaucher. Quand j’ai gagné mon premier tournoi, j’ai compris que c’était un monde qui me convenait”.
“Je n’ai pas peur de perdre”
Un monde dans lequel il a vite appris les codes et montré toute l’étendue de son talent. Garçon hyperactif, compétitif à souhait, Mady Sow a gravi les échelons à vitesse grand V, au point d’être surclassé en permanence. En témoigne le fait qu’à seulement 14 ans, il évoluait déjà dans la catégorie U19. Le triple champion de France benjamin, cadets et juniors s’est vite illustré sur la scène internationale grâce notamment à un titre de vice-champion d’Europe U15, puis un titre de champion d’Europe U17. En août dernier, c’est la cerise sur le gâteau. Sans perdre le moindre set, le Francilien s'offre la médaille d’or aux championnats d’Europe U19 et devient le plus jeune français à réaliser une telle performance. Le jeune homme de 16 ans, licencié au VGA Saint-Maur (94), a même complété sa collection avec une médaille d’argent en double hommes, aux côtés de Rayan Benaissa. Début octobre, aux championnats du monde juniors en Egypte, Mady Sow a encore signé un parcours exceptionnel, décrochant une médaille de bronze individuelle. Son talent pur et sa précocité rare marquent définitivement les esprits. Considéré comme la nouvelle “pépite” du badminton tricolore, le badiste longiligne (1m90) reconnaît avoir changé de statut. Alors que sa carrière n’en est qu’à ses balbutiements, il semble garder les pieds sur terre. “Ça ne me met pas trop de pression. J’essaie de faire abstraction de tout ce qu’il se dit autour de moi. Je n’ai pas peur de perdre. J’ai plutôt peur de ne pas apprendre. Mais j’apprends toujours, dans la victoire ou la défaite”, confie-t-il, d’une extrême maturité.
Des JOJ au Sénégal, sur les terres de son papa
Bien entouré et accompagné par son entourage, conseillé par ses différents entraîneurs à Gagny, Noisy-le-Grand, Aulnay puis désormais à Saint-Maur, le jeune homme est comme un poisson dans l’eau. Peu importe l’âge de ses adversaires. S’il est plus souvent entouré de joueurs plus âgés, il lui arrive aussi de participer à des compétitions face à des concurrents de sa catégorie. “Il y a un gap entre le monde senior et jeune. Ce sont deux univers différents. Ce n’est pas la même vitesse, ni la même combativité et niveau de maturité dans le comportement et le jeu. Je m’adapte”.
Le nouvel espoir de la discipline va justement devoir s’adapter dès dimanche 1er novembre, date de son entrée en compétition, aux Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026,. C’est la première fois de l’histoire qu’un événement olympique est organisé sur le sol africain. Sélectionné en Equipe de France, le natif de Montreuil va vivre sa première olympiade au Sénégal, pays de son papa. Une nouvelle étape symbolique dans la carrière du jeune badiste. “Le Sénégal a une place importante dans mon histoire familiale. C’est motivant car une grande partie de ma famille va venir sur place. Quand j’ai su que j’y participerai, ils ont tous pris leurs billets ! savoure l’athlète tricolore. J’ai envie de briller sur les terres de mes grands-parents et arrières grands-parents. Faire une médaille ou gagner serait symbolique”. A l’aube d’ajouter une nouvelle expérience à son palmarès, Mady Sow a hâte d’en découdre et de découvrir le “monde des pros”. Quitte à lui donner des idées pour plus tard, comme les Jeux Olympiques de Brisbane en 2032, dans six ans. Car le prodige du badminton français ne rêve que d’une chose désormais : “Participer aux Jeux Olympiques et représenter mon pays sur la plus haute marche, dit-il avant de conclure. Si j’arrive à décrocher une médaille aux JO, j’aurai vraiment réussi quelque chose dans ma vie”. Une chose est sûre. A 16 ans, Mady Sow sait ce qu’il veut.