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Porter le drapeau, l’autre victoire

CNOSF/KMSP

Ils savent mieux que personne ce que cela représente. Porter le drapeau tricolore lors d’une cérémonie d’ouverture olympique ou paralympique, c’est une responsabilité supplémentaire et une émotion difficile à décrire. Kevin Rolland (ski freestyle), Marie Bochet (para ski alpin) et Benjamin Daviet (para ski nordique) ont vécu ce moment rare. Trois parcours, trois histoires, mais une expérience fondatrice, qu’ils racontent aujourd’hui avec la même intensité.

Kevin Rolland est entré dans le stade olympique de Pékin en 2022 avec l’impatience des grands rendez-vous. Figure du freestyle français et médaillé de bronze en half-pipe à Sotchi en 2014, le Savoyard a longtemps vécu les Jeux uniquement à travers le prisme de la performance. Jusqu’à ce rôle de porte-drapeau, qui a changé sa perspective. « À Pékin, je voulais tout regarder, tous les sports, tous les athlètes, évidemment en gardant mon objectif sportif en tête mais ça m’a apporté quelque chose en plus. »

Dans le tunnel menant au stade, juste avant d’entrer, une idée surgit. Spontanée. Instinctive. Que la délégation forme un V de la victoire. « Ce n’était pas réfléchi, mais notre V était impeccable. » Il correspondait à la ligne qu’ils s’étaient fixée : regarder la victoire en face. Une énergie brute, presque électrique dans le stade. « Cette énergie-là, je ne la retrouverai jamais ailleurs. » confie-t-il.

CNOSF/KMSP

La peur de la « malédiction », vite dissipée

Marie Bochet, elle, ne cache pas avoir eu une appréhension. Porte-drapeau paralympique à PyeongChang en 2018, la légende du para ski alpin – huit titres paralympiques et une médaille d’argent, l’une des Françaises les plus titrées de l’histoire – gardait à l’esprit cette fameuse superstition de la « malédiction du porte-drapeau ». « J’avais peur, oui. Et puis j’ai été rassurée en voyant Martin Fourcade qui était porte-drapeau quelques semaines avant moi et qui avait tout gagné. » (Trois médailles d’or olympique en poursuite, mass start et relais mixte.)

Ce qu’elle n’oubliera jamais, c’est l’instant où on lui confie le drapeau, en coulisses. « C’est là que tout devient réel. Encore aujourd’hui j’en ai la chair de poule. » Et puis il y a ce détail très concret, presque technique. Le poids. La taille. « Quand on a vu à quel point le drapeau était grand, on s’est demandé comment elle allait réussir à le tenir avec un seul bras », sourit Benjamin Daviet.

Une fois entrés dans le stade, Marie Bochet ressent une force indescriptible. « En agitant le drapeau devant la délégation, je sentais les athlètes français me pousser. Cette envie d’en découdre. Plus vite la cérémonie se terminait, plus vite commençaient nos Jeux. »

CPSF/G. Picout

D’une dimension individuelle à une dimension collective

Benjamin Daviet, porte-drapeau paralympique à Pékin 2022, référence mondiale du para ski nordique, avec 5 titres paralympiques, 4 médailles d’argent et une médaille de bronze, parle d’un changement de dimension. « Aux Jeux, tu représentes ton pays. En tant que porte-drapeau, c’est encore une responsabilité au-dessus. »

Être porte-drapeau lui a aussi offert quelque chose qu’il n’aurait peut-être pas pris le temps de faire autrement. Lorsqu’un coéquipier, Victor Pierrel, se blesse à l’entraînement et voit sa participation paralympique s’envoler, Benjamin Daviet s’impose naturellement d’être présent. « Cette dimension collective, quand tu es porte-drapeau, elle devient centrale. »

CPSF/KMSP

Même constat chez Marie Bochet. Entre ses deux manches de slalom, lors du dernier jour de compétition à Pyeongchang 2018, ses « petits poussins du nordique » - Benjamin Daviet, Anthony Chalençon et Thomas Clarion - remportent le relais open 4x2,5 km en para ski nordique. Elle raconte : « J’ai demandé au staff ce que vous aviez fait comme résultat. Quand on m’a répondu que vous aviez gagné, je me suis dit “ça y est, on a réussi nos Jeux”. D’habitude en compétition, je restais focus. » Loin de la déconcentrer, cette victoire l’a galvanisée. Dans la foulée, Marie Bochet brillait pour la 4ᵉ fois sur ces Jeux et repartait de Corée du Sud avec un sac presque aussi lourd que le drapeau qu’elle avait porté, chargé de ses quatre médailles d’or paralympique.

Une reconnaissance à part

Tous sont unanimes : faire partie de la famille olympique ou paralympique est déjà un privilège. Entrer dans le cercle fermé des porte-drapeaux de la délégation française, c’est encore autre chose.

« Les porte-drapeaux incarnent leur édition des Jeux, explique Marie Bochet. Tu associes leur image à ce que tu as vécu, à ce dont tu te souviens. » Le Relais de la Flamme de Paris 2024, à Chamonix, avec tous les porte-drapeaux français, reste pour elle, « une émotion unique ».

Kevin Rolland, lui, a pris conscience de l’importance du rôle de porte-drapeau à travers les yeux de ses proches. « Même ma famille éloignée était très émue. Là, tu réalises que ce rôle compte vraiment. »

Pour Benjamin Daviet, c’est avoir été élu par ses pairs, qui l’a le plus marqué. « Le vote des athlètes c’est fou. Ils t’élisent parce qu’ils respectent ta carrière, la personne que tu es. C’est une sacrée reconnaissance. »

Retrouvez le long format vidéo ci-dessous.

 

Le 30 janvier, quatre nouveaux noms viendront s’ajouter à cette liste, avec le dévoilement des porte-drapeaux olympiques et paralympiques de la délégation française pour les Jeux de Milan-Cortina 2026.


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