Les Superstibleus

par SO

Temps de lecture16 min

Le casting

Pour se mettre dans les meilleures conditions pour briller, chaque athlète a sa méthode bien particulière. Rituels répétés minutieusement, croyances singulières, tocs inédits… Chacun son truc pour se mettre dans sa bulle et atteindre son meilleur niveau en compétition. 7 athlètes français nous racontent ce qu’il se passe dans leur tête au moment d’entrer en piste.

 

Laura Glauser (handball) : Médaille d’or au Championnat d’Europe (2018). Médaille d’argent aux JO de Rio (2016).

Allan Morante (trampoline) : Participation aux JO de Rio (2016) et de Tokyo (2021). Médaille de bronze aux Championnats du monde (Danemark, 2015) et Championnats d’Europe (Bakou, 2018 et Sotchi, 2021). Médaille d’or aux Championnats d’Europe (Rimini, 2022).

Antoinette Nana Djimou (heptathlon et pentathlon) : Participation aux JO de Pékin (2008), de Londres (2012) et Rio (2016). Médaille de bronze aux Championnats d’Europe indoor (Turin, 2009), d’or (Paris, 2011 et Göteborg, 2013). Médaille d’or aux Championnats d’Europe (Helsinki, 2012 et Zürich, 2014).

Maxime Pauty (escrime, fleuret) : Médaille d’or par équipe aux JO de Tokyo (2021). Médaille d’or aux Championnats du monde par équipe (Dusseldörf, 2019)

Laurent Tillie (volley-ball) : Ancien joueur et sélectionneur de l'équipe de France. Médaille d’or aux JO de Tokyo (2021)

Morgan Troussard (volley-ball assis) : Membre de l'équipe de France depuis 2016.

Grâce Zaadi (handball) : Médaille d’or aux JO de Tokyo (2021), médaille d’argent aux JO de Rio (2016), médaille d’or au Championnat du monde (2017), médaille d’or au Championnat d’Europe (2018)

Comme d’habitude…

Allan Morante : J’ai beaucoup de rituels. À un moment donné, j’utilisais notamment toujours la même tenue en compétition. Nous avons plusieurs léotards avec des designs différents. Mais en finale, c’était toujours le même que je prenais : une tenue blanche. Une fois, j’avais fait une très belle performance aux championnats du monde avec, alors j’ai commencé à la mettre à chaque finale.

Antoinette Nana Djimou :  Je ne sais pas vraiment si c’est un rituel mais avant chaque championnat ou grande compétition, je faisais une journée de shopping. C’était une manière pour moi de ne pas rester enfermée à l’hôtel ou d’être trop prise par l’enjeu. Et ça marchait à chaque fois. Ça me permettait de découvrir les centres commerciaux à travers le monde (rires) mais surtout, de profiter du monde extérieur. La première fois que je l’ai fait, c’était à Göteborg, en 2006, pour mes premiers championnats d’Europe. Il y avait pleins de magasins, pas chers en plus, donc j’en ai profité au maximum. J’achète énormément de chaussures mais aussi des objets typiques du pays où je vais. Pas forcément des souvenirs de touristes mais un objet représentatif du pays, pour me souvenir que j’y suis allé.

Grâce Zaadi :  Je ne finis jamais la compétition avec la même paire de chaussures. Je commence avec une paire pour le premier match puis pour le deuxième, je change. Ensuite, je garde la même paire jusqu’au bout ! Je l’ai fait aux Jeux Olympiques, au dernier championnat du monde, au dernier championnat d’Europe.

Morgan Troussard : Lorsque je faisais de la natation, j’écoutais toujours la même chanson. Bleed it Out. C’était mes années Linkin Park. Depuis que j’ai commencé le volley, l’un de mes rituels se déroule pendant les matchs : je fais rebondir le ballon trois fois, puis je le fais « spinner » dans ma main, avant de servir. Je le fais à chaque fois.

 

Allan Morante

Stéphane Mantey

Allan Morante

Je garde toujours le stylo qui gagne pour écrire les briefings et mes consignes. Laurent Tillie

Laurent Tillie : J’ai aussi mes petits rituels même en tant que coach. Par exemple, je garde toujours le stylo qui gagne pour écrire les briefings et mes consignes. Tant qu'on gagne, je garde ce stylo. Si on perd, je le change. Et j’aime bien écrire la liste de mes joueurs dans l’ordre des numéros de maillot. Si je me trompe, généralement, ça n’est pas bon signe. Ça n’est pas sorcier mais parfois j’arrive à me planter (rires)

Laura Glauser : Ma préparation avant un match est strictement encadrée, et toute ma journée doit se dérouler de la même manière : je me lève le plus tôt possible, je vais à l’entraînement, je rentre chez moi et je fais ma sieste qui est absolument obligatoire. Ensuite c’est réveil, douche et préparation. Mes vêtements sont toujours prêts longtemps à l’avance et je m’habille toujours dans le même ordre. C’est la même chose, tout le temps.

Laurent Tillie :  Quand j’étais joueur, je mangeais les mêmes pâtes le soir au dîner et le lendemain au déjeuner. Je prenais mon petit déjeuner exactement à la même heure les jours de compétition.

Maxime Pauty : En fait, l’objectif c’est d’installer une routine. Chaque compétition est différente, ce qui peut créer une instabilité au niveau mental. Les routines sont là pour nous permettre d'aborder chaque compétition de la même manière. Dans l’idée c’est :  que je sois aux Jeux Olympiques, aux Championnats du monde ou en Coupe du monde, je dois être dans le même état d'esprit pour avoir le même niveau de performance.

Maxime Pauty

Stéphane Mantey

Maxime Pauty

Évacuer la pression

Allan Morante : Je pense que c’est un moyen, de base, de nous rassurer. Moi, ce sont des petits trucs que je fais depuis toujours et qui me permettent de me sentir chez moi, dans mon élément, d’être en confiance, rassuré. Les compétitions, c’est difficile. Il y a beaucoup de stress, il faut savoir le gérer, passer outre. Il faut être lucide quand tu montes sur le trampoline et les rituels peuvent aider.

Grâce Zaadi : Le sport de haut niveau est axé sur la performance. Il faut qu’on soit dans les conditions optimales pour performer et donner le meilleur de nous-mêmes. Les rituels sont des choses qui nous rassurent, nous mettent à l’aise et nous mettent dans une position plus confortable pour aborder les matchs et l’adversité.

Laura Glauser : Ce sont des habitudes qui me sont venues très jeune. Je suis quelqu’un d’hyper cadrée, qui aime que tout soit organisé. Et à travers le sport, disons que je me retrouve dans ces routines. Je les intègre facilement. J’ai besoin d’avoir des routines dans ma vie, car j’aime planifier les choses. C’est très rare que je dise : « allez, aujourd’hui on fait ça ! » Cet aspect de mon caractère s’est amplifié avec le sport.

Maxime Pauty : Ma routine, je l’ai mise en place à l'époque où plus jeune, j'avais plein de soucis extérieurs à l’escrime. Comment payer mon loyer, finir mes études ? J'avais plein de choses en tête et donc il me fallait une routine pour me dire : « quand je rentre dans le gymnase, tout reste à l’extérieur ». C’est mon premier vrai truc.

Sur un coup de tête, je me suis décidée à avaler un pot entier de glace. Antoinette Nana Djimou

Antoinette Nana Djimou :  Moi, je mangeais des pots de glace. Je ne me souviens plus durant quelle compétition ça m’est venu, mais je me souviens en avoir eu marre des repas diététiques qu’on prenait pendant les championnats. On perdait toujours des kilos en compétition, donc sur un coup de tête, je me suis décidée à avaler un pot entier de glace pour retrouver un peu de plaisir (rires).

Dans leur sac

Allan Morante : Quand je fais mon sac, il y a toujours le short d’entraînement d’abord. Alors que je ne l’utilise jamais en compétition. Mais voilà, c’est comme ça : short d’entraînement, chaussons, toujours rangés sur la gauche en général. Il y a le rouleau de massage aussi, que je n’utilise pas forcément, mais depuis deux ans, j’aime bien le mettre dans le sac. Il y a la boule de massage, toutes ces choses-là, et toujours rangées de la même façon. Et les claquettes !

Laurent Tillie :  Quand je préparais mon sac, mon rituel c’était toujours de remplir le sac dans un certain ordre. Chaussures, chaussettes, genouillères, slip, short, maillot, survêtement. Il fallait toujours tout faire dans le même ordre, c’est comme un pilote qui fait sa check-list. Ma check-list c’était ça. Si j'oubliais quelque chose ou que je sautais une étape, je recommençais à zéro.

 

Laura Glaser

Nicolas Luttiau

Laura Glaser

Laura Glauser :  J’ai carrément créé une liste dans ma tête au moment de faire mon sac, comme une petite chanson que je me répète sans cesse : « chaussures, chaussettes, genouillères, pantalon, cuissardes, maillot, pull, veste ». Et tout ça, en rythme (rires). Surtout, avant ma grossesse, j’angoissais sérieusement si j’oubliais l’un de ses objets. Je me réfugiais tellement derrière ces éléments factuels que ça en devenait pesant.

Antoinette Nana Djimou : Moi, mon sac, je ne le fais pas forcément dans un ordre précis. Mais par contre, dedans, le seul truc que je prends en priorité c’est une sous-brassière. C’est la première que j’ai eue, elle est vieille mais je la mets à chaque fois. Je pense qu’elle me porte un peu chance malgré le fait que ça soit un peu irrationnel. J’avoue que lorsque je l’ai oubliée une fois, durant une course, ça m’avait un peu perturbée. T’as ton cerveau qui éclate en deux secondes, alors que tu sais que ce n’est qu’un objet, mais ça reste dans ta tête. C’est très bizarre. Heureusement, cette compétition s’est plutôt bien passée.

 

Les rituels vus par un psychologue du sport

Entrer dans sa bulle

Maxime Pauty : Tous les sportifs de haut niveau travaillent avec des préparateurs mentaux. Prenons, par exemple, un Rafael Nadal. C'est un psychorigide de malade. C'est-à-dire que lui prend sa douche au même moment, tout est calculé de sa douche au match.

Grâce Zaadi : On travaille avec un préparateur mental en équipe de France. On fait pas mal de séances collectives. Je pense que c’est important de différencier sport individuel et sport collectif, parce que tu ne prépares pas les choses de la même manière. Mais il y a aussi des entretiens individuels pour celles qui le veulent.

Maxime Pauty : Avec la préparatrice mentale Anaël de Malherbe, on a mis en place un truc. Il faut que j'ai des points de rencontre avec moi-même. C'est-à-dire que tout ce qui se passe entre mon point A, mon point B et mon point C, on s'en fout. Je dois garder une certaine liberté et juste me retrouver sur des petits points.

Morgan Troussard : On peut être détendu et être concentré. J’en connais en natation, qui réalisent de grosses performances mais qui, pourtant, le matin de la compétition, sont complètement détendus. Je trouve ça formidable, parce que ça leur passe au-dessus. Moi, mon premier match international de volley, je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai joué comme une daube et je n’ai pas dormi de la nuit (rires).

Antoinette Nana Djimou : Instinctivement, je me mets dans une bulle avant chaque course. Mais vraiment. Ça veut dire que quelqu’un va se mettre en face de moi, me parler, mais moi je ne l’écoute absolument pas. Je peux te fixer pendant dix minutes, sans écouter un seul mot de ce que tu me dis. Pareil pour la musique dans le stade, qui est pourtant forte, mais moi, je n’entends absolument rien. Et ça me le fait à chaque course. C’est très bizarre.

Entrer en piste

Antoinette Nana Djimou : La pression me venait toujours naturellement, quelques minutes avant le début de la course. Ce n’est pas du stress hein, c’est de la pression. Ce n’est pas la même chose. Comme je le disais, je me détendais toujours avant la compétition mais dès que la course approchait, j’avais un mécanisme qui se déclenchait, pour faire monter l’adrénaline. Quand ça ne venait pas, je savais que la course serait mauvaise.

Maxime Pauty : Moi, mes petits trucs, généralement, ça commence avant d'entrer dans le gymnase. Ce n'est pas vraiment une prière ni un truc spirituel, mais je me répète une phrase en tapotant sur ma tête et sur mon cou. Je dis: « Je laisse à l'extérieur de cette salle tout ce qui ne concerne pas l'escrime et je garde en moi tout ce qui est nécessaire pour gagner mes matchs et atteindre mes objectifs ». Et je me répète ça pendant 30 secondes. Je passe un peu pour un idiot devant tous les autres athlètes qui, eux, sont en train de rentrer dans le gymnase en me tapant et répétant mes incantations. Mais bon !

Allan Morante : J’ai un rituel pour mettre mes chaussons avant de monter sur le trampoline. Je suis assis, déjà en tenue sur la chaise en attendant mon passage. Pour ne pas me refroidir, je me lève toujours deux passages avant. Quand il reste deux personnes avant moi, je commence à me lever de la chaise, je me déshabille, je me retrouve en tenue de compétition, et j’avance vers le trampoline. Là, je mets les chaussons. Il faut que je les mette au bord du trampoline. Sinon, ça ne marche pas !

Je remets la mèche que je n’ai plus (rires). Morgan Troussard

Morgan Troussard : Je remets la mèche que je n’ai plus (rires). Avant, j’avais les cheveux longs, du coup ça m’est resté et entre chaque point, « hop là ». Sinon, je me sens un peu désorienté quand je n’ai pas la coque de protection de mon moignon. Quand je ne l’ai pas, je ne joue pas pareil.

Laura Glauser : Je m’habille toujours de la gauche vers la droite. Je mets mes deux genouillères, toujours en commençant par la gauche, ensuite c’est chaussure gauche, lacets gauches, avant de passer à droite. Tout ça, très lentement.

Grâce Zaadi : Il y a des gestes que je reproduis.  Je ne les fais pas en me disant que je dois les faire pour gagner. Mais ça fait partie de ma préparation. Ce sont des gestes qui ont été automatisés. J’aurai tendance à mettre la chaussette droite avant la chaussette gauche. Pareil pour les chaussures, puis les genouillères. Je commence toujours par la droite. Je ne m’échauffe jamais avec mon maillot, je le mets vraiment au dernier moment. Je retire mes boucles d’oreille en avant-dernier, puisqu’après je nettoie tout le temps ma balle.

Maxime Pauty : Juste avant les matchs, j'essaie d'avoir une musique bien agressive. Le vrai rappeur qui me transmet bien l'odeur du sang dans la bouche, c'est Fianso. Ma musique phare, c'est Le Cercle. Il dit : « Allez, rentre dans le cercle, viens te battre, viens te battre. » Et du coup, j'écoute ça avant de monter, le plus tard possible. Et vraiment, j'arrive avec l'odeur du sang pour combattre.

Grâce Zaadi

Stéphane Mantey

Grâce Zaadi

S’affranchir de ses rituels

Grâce Zaadi : Je me trouve assez détachée de tout ça. Avant de m’échauffer par exemple, je jongle toute seule avec la balle. Il me faut toujours une bonne série. Mais si, demain, je n’ai pas le temps de le faire à cause d’un imprévu, je ne vais pas me dire que c’est parce que je ne l’ai pas fait qu’on a perdu. Je suis assez grande pour savoir que si on a fait un match de merde, c’est que l’adversaire a été nettement supérieur à nous.

Laura Glauser : Le problème des rituels, et ce qui m’a longtemps porté préjudice, c’est que j’en avais fait une priorité. Quand tout va bien, que tu gagnes tes matchs, tu as tendance à te rajouter des rituels. En te disant que si ça marche, c’est parce que tu t’es habillé de telle façon ou que tu as écouté telle musique. Et à l’inverse, quand tu perdais, tu angoissais, car tu étais déboussolé.

Maxime Pauty : J’avais beaucoup de rituels avant. Maintenant, j'en ai moins parce que la superstition, ce n’est quand même pas quelque chose de très positif. J'avais des choses dans ma tête : rien ne pouvait me faire gagner, mais plein de choses pouvaient me faire perdre.

Une fois que j'avais monté mes chaussettes, je ne les baissais plus. C'était presque une prison mentale. Maxime Pauty

Allan Morante : Il y a un mois, justement, il s’est passé un truc de fou ! Je m’avançais vers le trampoline en finale des championnats d’Europe par équipes. J’allais mettre mes chaussons quand j’ai réalisé que je m’étais trompé et que j’avais pris ceux de mon collègue. Bon, tout s’est bien passé, et on a gagné les championnats d’Europe ! Mais sur le moment, je n’étais pas bien ! Il fallait que je me reconcentre vraiment pour oublier que ce n’étaient pas mes chaussons.

Maxime Pauty :  Nos chaussettes, en escrime, sont montées un peu comme les joueurs de foot. Moi, mon truc, c'était qu'une fois que j'avais monté mes chaussettes, je ne les baissais plus de la compétition. Je faisais ça tout le temps. C'était presque une prison mentale en réalité.  Un jour, sur une finale nationale, j’affronte quelqu'un qui, normalement, est vraiment au-dessous de moi. Je me dis : « Allez, c'est maintenant que je vais casser cette superstition. » Je baisse mes chaussettes avant la finale pendant trois minutes puis je les remonte. Je commence le match, je suis mené quatre à zéro et pendant le match, je me dis « Mais pourquoi j'ai baissé ma chaussette ? Pourquoi j'ai baissé ma chaussette ?! » Finalement j'ai gagné le match quand même. Depuis, je peux enfin baisser mes chaussettes.

Antoinette Nana Djimou : Même quand je perdais une course ou que je faisais un résultat moyen, je continuais à manger mes glaces (rires).

Allan Morante : Si tu perds, il faut chercher ailleurs. Se dire : “Qu’est-ce que j’ai fait comme erreur ?” Parce que si tu commences à te dire : “Ouais, c’est à cause des rituels”, au final tu vas remettre en question quelque chose qui, de base, ne sert à rien. Donc tu ne vas pas progresser sur le vrai fond. Les rituels, ils sont juste là pour te mettre en confiance. Après, tout le travail, c’est la technique, ta façon d’aborder les compètes, toutes ces choses-là.

Laura Glauser : Personnellement, ce qui m’a aidé à passer outre, c’est la naissance de ma fille. Avoir un enfant, te permet d’apprendre l’imprévisible, là où les rituels, justement, t’obligent à essayer de tout prévoir. Bien sûr, j’ai toujours mes routines et habitudes, mais je les utilise à bon escient, pour me concentrer. Maintenant, quand je perds un match, je ne me dis pas que c’est à cause d’une chaussure mal mise ou autre. Et puis, la priorité, aujourd’hui, c’est le bien-être de ma fille, pas celui de mes rituels (rires).

Antoinette Nana Djimou

Alain Mounic

Antoinette Nana Djimou

Dans la vie quotidienne

Allan Morante : Il y a plein de trucs ! Les lignes par terre ! Les passages piétons etc …Tu vois, là on est sur une piste d’athlé (l’interview a été réalisée à l’occasion de la journée olympique au Stade de France), il y a des lignes. Si je franchis une ligne avec le pied droit, la suivante je dois la franchir avec le pied gauche. Sinon je ne vais pas bien ! Si je marche sur une ligne avec le pied droit, il faut que je marche sur une autre ligne avec le pied gauche. Les lignes, c’est le pire. Ma copine, parfois, s'en rend compte dans la rue. Quand elle voit que c’est compliqué, elle me le dit : “Arrête !”

Maxime Pauty : Je n’aime pas être trop détendu sur une compétition, donc j’essaie de couper tous les plaisirs charnels au moins quatre ou cinq jours avant pour bien arriver à cran. Quand je dis à ma copine, que j’ai des compétitions toutes les semaines pendant 1 mois, autant vous dire qu’elle n’est pas contente.

J’essaie de couper tous les plaisirs charnels au moins 4 ou 5 jours avant pour bien arriver à cran. Maxime Pauty

Antoinette Nana Djimou : Je sens une différence depuis que j’ai arrêté.  L’adrénaline était liée au sport, donc je savais que c’était de la bonne pression. Maintenant, quand je stresse, je ne sais pas du tout comment réagir, parce que je ne sais pas d’où vient cette pression. Et c’est très perturbant. Quand tu t’es habituée à un certain mode de vie durant plusieurs années, ça prend du temps de passer à autre chose.

Morgan Troussard : Quand je joue au volley debout, je tape ma pointe de pied au sol. Et bien je fais la même chose au travail. Je suis vendeur et quand je suis debout ou que je parle à quelqu’un, je tape du pied. Il faut que je bouge, que je sois toujours en train de me secouer. Je suis quelqu’un d’assez stressé, disons que c’est une manière pour moi de gérer mon stress.

 

Teddy Riner

Tous toqués ?

Allan Morante : J’ai vu un athlète polonais qui visualisait son mouvement les yeux fermés. Et en même temps il faisait des trucs bizarres, des claquements de doigts en haut à gauche, en bas à droite, clac. Je me suis dit : “Waouh Qu’est-ce qu’il fait ?!” Ça doit être son truc à lui. En fait on est tous pareils ! J’ai aussi un collègue dont je tairais le nom avec qui je partageais ma chambre. Un matin, je le vois assis sur son lit, dos à moi. Il n’avait pas vu que j’étais rentré. Il commence à souffler hyper fort en se frottant les cuisses en même temps. Là il se retourne et me dit : “Tu dis ça à personne !” (Rires).

Maxime Pauty : Dans le sport de haut niveau, il y a des tarés de ouf. Il y avait un Anglais, il fallait qu’il s’échauffe pendant 1h30 pour un match de 10 minutes. Donc nous, ça nous faisait marrer. Parfois tu tirais contre lui. Le gars commençait son échauffement, toi, t’étais en train de prendre ton café. Il y en a, ils gardent le même caleçon. Certains sont vraiment psychorigides

Antoinette Nana Djimou : Une fois, j’étais dans la chambre de repos, une salle où l’on se met avant d’entrer sur la piste. Et là, je vois arriver une athlète, en plein stress. Elle se met à retourner toutes ses affaires, à fouiller partout, parce qu’elle ne trouvait plus son doudou. Je la regardais et je me disais : « Mais comment c’est possible de se mettre dans cet état ? » Elle était au bord de la crise de nerfs alors qu’on devait commencer la course quelques minutes après.

Morgan Troussard : Notre coach adjoint, un Tchèque, fait le Power Rangers. Il met les bras en croix et il crie : « Bahhh !! ». Ça, c’est quand il est bien content !

Allan Morante : C’est vrai que les sportifs ont beaucoup de rituels comme ça. Nadal, par exemple, je crois que c’est le champion du monde ! On a tous des trucs comme ça. Je ne suis même pas sûr qu’il y ait un athlète qui n’a pas de rituel.

Maxime Pauty : Je pense que c'est vraiment propre à chacun. Tu vois, là, je parlais avec François Pervis cette semaine pour une conférence. Lui, il expliquait qu'il gardait tout son influx nerveux pour la course et qu'il voyait ça comme des billes, un sac de billes, et que si tu les dépensais avant, t'avais moins de billes. Lui, c’est comme ça. Moi, si je suis à cran pendant 3h, c'est mort. Mais 20 minutes, 20 bonnes minutes ou 30 minutes, c’est parfait. Je commence à m'énerver un peu et à avoir envie de me battre parce que voilà, c'est un sport de combat. Je pense vraiment que c'est propre à chacun.

Laura Glauser : Je ne connais pas de coéquipière, d’adversaire ou d’autres sportifs, n’ayant pas de rituels ou de routines. C’est comme un automatisme, que l’on branche quand arrive la compétition et qu’on débranche aussitôt. J’ai d’ailleurs appris à ne pas juger les rituels des uns et des autres. On aurait tendance à se moquer d’un athlète qui fait des choses « bizarres » avant de commencer un match, mais je sais à quel point ça peut être important psychologiquement pour chacun.

Maxime Pauty : Il y a des gens dans leur business, des entrepreneurs par exemple. Ils doivent avoir leur rituel du matin, ils ont leur truc. Je trouve que c'est tout à fait comparable. L’état d’esprit d’un artiste ou d’un entrepreneur, ressemble d’ailleurs à celui d’un sportif. Les routines doivent être un peu différentes mais le mécanisme est identique.

 

Propose recueillis par Adel Bentaha et Paul Piquard

 

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