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De pères en fils

par SoPress

Temps de lecture20 min

Temps des médias8 min

De pères en fils

En France, le volley-ball est avant tout une affaire de famille. Parmi les 12 joueurs sacrés aux Jeux de Tokyo, 6 ont eu des parents internationaux. Leurs pères ont été coéquipiers en club ou en équipe de France, eux sont devenus champions olympiques ensemble. La grande famille du volley français ouvre son album et raconte.

 

Le casting

 

Éric Ngapeth, international français (1982-1990).
Earvin Ngapeth, réceptionneur attaquant, international depuis 2010, champion olympique 2020

Christophe Patry, international français (1990-1991).
Jean Patry, pointu, international depuis 2017, champion olympique 2020.

Laurent Tillie, international français (1982-1995), sélectionneur de l’équipe de France (2012-2021), champion olympique 2020.
Kevin Tillie, réceptionneur attaquant, international depuis 2012, champion olympique 2020.

Grandir dans un gymnase

Jean Patry : Mes premiers souvenirs de gamin, c’est des souvenirs de volley. Mon père était coach, et je le suivais partout. J’ai le souvenir de l’odeur des vieux gymnases, le toucher du ballon, les bruits de la salle. Ce sont des souvenirs très présents encore aujourd’hui.

Christophe Patry (dit Stan) : Jean a grandi dans un gymnase, il faisait des cabanes dans un coin de la salle. Quand j’entraînais Avignon en Pro B, je l’emmenais avec sa sœur au gymnase, je passais au Mac Do sur la route et je les laissais en tribune pendant l’entraînement. Jean courait partout, mais il avait compris qu’il ne fallait pas que les ballons roulent par terre, donc il les prenait et les mettait dans le chariot. Au risque d’en prendre dans la tronche, une fois de temps en temps. (Rires.)

Kevin Tillie :Quand on a des parents volleyeurs professionnels, (NDLR, sa mère Caroline Keulen-Tillie était internationale néerlandaise), on passe toute son enfance dans des salles de volley.

Laurent Tillie : Quand je jouais en Italie, j’ai des souvenirs de Kevin qui vient au gymnase déguisé en Batman et qui court partout. Des avions qui volaient sur le terrain ou des ballons qui tombaient des tribunes et qui interrompaient le match aussi. (Rires.) Il y a beaucoup de liberté dans un gymnase, ça n’est pas comme dans un match de foot ou de basket où il faut être assis et ne pas bouger. Le volley, c’est la convivialité. Je crois que les enfants aimaient ça.

 

Kevin Tillie : Ce qui était génial c’est qu’on jouait après les matchs, aussi. Dès que la fin du match était sifflée, on avait le terrain pour nous avec les enfants des autres joueurs !

Earvin Ngapeth : Le kiff, c’était d’aller aux entraînements de mon père à Coubertin quand il coachait le PSG (de 1996 à 1998) et d’attendre la fin pour aller demander à ses joueurs de faire quelques balles avec moi. Souvent, ils acceptaient, et je me retrouvais à jouer avec mes idoles : je tapais la balle avec Jacques Yoko et Frantz Granvorka (deux anciens joueurs de l’équipe de France), j’avais 7-8 ans.

Jean Patry : Je me souviens du match pour la montée d’Avignon en Pro A au gymnase Di Giantommaso en 2000, j’étais gamin, je devais avoir 5 ans. On s’était teint les cheveux en bleu, ça avait été une soirée de feu.

Kevin Tillie : J’ai un souvenir marquant de la victoire en championnat de France avec le PUC en 1998. Je me rappelle que c’était fou, c’était la fête. On était dans le club house de Charléty, tout le monde buvait des coups, il y avait des glissades. C’était un vrai moment de joie, c’était trop bien. Ça donnait envie de gagner.

Une affaire de famille

Earvin Ngapeth : Mes premiers souvenirs de volley, c’est le visionnage de cassettes des matchs de mon père.

Éric Ngapeth : Earvin connaissait certains de mes matchs par cœur. Notamment la demi-finale de Coupe des champions 1989-1990 entre Fréjus et Palma de Majorque qu’on avait gagnée 3-0. Puis la finale contre Modène que nous avions perdue 3-2. À une époque, avec son frère, il regardait la cassette vidéo de cette finale quasiment tous les jours. Il visualisait les gestes qu’il essayait systématiquement de répéter ensuite avec des ballons de baudruche.

Earvin Ngapeth : Avec mon frère Swann (lui aussi volleyeur professionnel), on jouait dans le salon avec les ballons de baudruche, on mettait les chaises pour faire le filet au milieu du salon. Ça ne plaisait pas beaucoup à ma mère, mais on jouait toute la journée, la nuit parfois même. Mon père pense que cela nous a aidés.

Éric Ngapeth : Il répétait ces gestes au ralenti en essayant de faire le geste parfait. Ça me bluffait d’ailleurs. Pour parler de la manchette, le ballon de baudruche étant lent, cela permet d’avoir du temps pour s’organiser et ainsi avoir une très bonne posture du corps et il avait tendance à réussir parfaitement ce geste-là. Je crois qu’il a une extraordinaire vision des gestes et une faculté élevée à répéter ce qu’il voit. Au service, il levait le bras gauche à une hauteur impressionnante pour son âge. Je suis persuadé que cela a facilité son assimilation des gestes du volley.

 

Quand on allait en vacances à la plage, c’était avec des ballons de volley

 

Christophe Patry : Je pense que le volley, c’est quand même techniquement compliqué, c’est dur au départ. Quand on est à peu près bien conseillé et qu’on est nés dedans, ça aide. C’est clair que c’est plus facile. On le voit avec les enfants de pas mal d’anciens qui sont devenus professionnels.

Kevin Tillie : Quand on allait en vacances à la plage, c’était avec des ballons de volley. La transmission familiale, c’est un truc de sportifs, mais c’est vrai qu’au volley, c’est flagrant. Je pense que le volley est un sport tellement technique que le fait de grandir dedans t’offre un vrai avantage. Tu as aussi les gènes, tu hérites de certaines capacités physiques de tes parents qui ont été pros. Mais quand on y réfléchit, c’est fou que la moitié des champions olympiques soient des fils d’anciens joueurs.

Jean Patry : Le volley est un petit monde. La génération de nos parents a formé un groupe de potes. C’est un petit cercle familial, sain, qui donne envie aux enfants de faire du volley. J’ai des vidéos chez moi de regroupements de joueurs quand j’étais gamin, il y a une certaine continuité.

 

Un fils de volleyeur, à cinq ans, il sait faire une manchette et une passe correcte, c’est un bon début !

 

Christophe Patry : Laurent (Tillie), j’ai joué avec lui à Cannes et en équipe de France, Pepette (Éric Ngapeth) aussi. Earvin et Swann (Ngapeth), je les ai connus tout petits à Fréjus. On a partagé des moments ensemble et à chaque fois qu’on se croise, on se raconte des histoires. C’est la grande famille du volley.

Laurent Tillie : S’il y a autant de fils d’internationaux, c’est peut-être parce que c’est un sport plus confidentiel, sûrement aussi parce qu’il y a une certaine convivialité dans les salles de volley. Les enfants voient du volley sans que cela soit une contrainte et ils deviennent actifs. Ça n’est pas juste s’asseoir dans un gymnase, voir un match et repartir, il y a une autre dimension. Et après, les enfants voient tellement de volley-ball qu’ils l’intègrent automatiquement. Un fils de volleyeur, à cinq ans, il sait faire une manchette et une passe correcte, c’est un bon début !

 

“De mère en filles”, Juliette Fidon-Lebleu et sa maman Marie-Christine Lebleu-Clavreul

Les premiers pas

Pressesports/Lablatiniere

 

Kevin Tillie : Pourtant, au départ, mon frère et moi ne voulions pas nous mettre au volley en club. J’ai commencé par le tennis. Ensuite, on s’est mis au basket. Lui y est resté (son grand frère Kim est d’ailleurs international français et a participé aux Jeux Olympiques de Rio). Moi, je suis revenu au volley via le sport UNSS, où je jouais avec une bande de potes du collège.

Laurent Tillie : Au départ, Kevin a fait du judo, du foot, du tennis. Il a bifurqué sur le volley par le biais du scolaire. On n’a absolument rien forcé, c’est venu tout doucement et tranquillement.

Christophe Patry : Jean aussi a commencé par le judo et le tennis.

Earvin Ngapeth : J’ai commencé par le foot, et mon père voulait vraiment que je continue à m’éclater là-dedans.

Éric Ngapeth : Earvin jouait au football, mais il avait déjà le virus du volley. Moi, j’étais persuadé qu’il allait s’ennuyer sur un terrain de volley avec les autres gamins. Il était tellement au-dessus des camarades de son âge que je l’encourageais à continuer vers le football dans un premier temps.

Jean Patry : C’est moi qui ai demandé à faire du volley à l’âge de 8 ans. Parce que j’avais toujours entendu parler de volley, j’ai toujours été dans ce monde-là.

 

J’étais persuadé qu’il allait s’ennuyer sur un terrain de volley

 

Kevin Tillie : Pourtant, au départ, mon frère et moi ne voulions pas nous mettre au volley en club. J’ai commencé par le tennis. Ensuite, on s’est mis au basket. Lui y est resté (son grand frère Kim est d’ailleurs international français et a participé aux Jeux Olympiques de Rio). Moi, je suis revenu au volley via le sport UNSS, où je jouais avec une bande de potes du collège.

Laurent Tillie : Au départ, Kevin a fait du judo, du foot, du tennis. Il a bifurqué sur le volley par le biais du scolaire. On n’a absolument rien forcé, c’est venu tout doucement et tranquillement.

Christophe Patry : Jean aussi a commencé par le judo et le tennis.

Earvin Ngapeth : J’ai commencé par le foot, et mon père voulait vraiment que je continue à m’éclater là-dedans.

Éric Ngapeth : Earvin jouait au football, mais il avait déjà le virus du volley. Moi, j’étais persuadé qu’il allait s’ennuyer sur un terrain de volley avec les autres gamins. Il était tellement au-dessus des camarades de son âge que je l’encourageais à continuer vers le football dans un premier temps.

Jean Patry : C’est moi qui ai demandé à faire du volley à l’âge de 8 ans. Parce que j’avais toujours entendu parler de volley, j’ai toujours été dans ce monde-là.

La gloire de mon père

Éric Ngapeth : Dès que j’avais un moment, j’allais les voir jouer, lui et son frère. J’avais un caméscope huit millimètres, j’ai toutes les images de tous ses titres de champion de France minimes et cadets.

Earvin Ngapeth : La première fois qu’il est venu, c’était lors des phases finales du championnat de France de jeunes à Orléans. Il est venu pour la demi-finale contre le Plessis Robinson, c’est un moment que je n’oublierai jamais. J’étais super ému, tellement que je suis passé à côté de mon match. (Rires.) Je voulais tout faire. On a quand même fini par être champions de France. Le savoir là, ça ne me rajoutait pas de pression, mais j’avais envie de lui montrer que j’étais un bon joueur. Je voulais être le meilleur joueur sur le terrain, le rendre fier.

 

Jouer avec son père

 

Christophe Patry : Quand on commence à percer un peu, ça peut être une pression d’avoir eu un père international dans le petit monde du volley. Mais je ne crois pas que Jean l’ait vécu comme ça.

Jean Patry : Au départ, par rapport aux coachs, aux anciens joueurs, j’étais le fils de Stan (le surnom de son père). On me connaissait comme ça. Ce qui est marrant, c’est que parfois au CNVB (le Centre National de volley-ball), les coachs m’appelaient Stan. C’est même arrivé en équipe de France, à Laurent Tillie plus tard. Mais je ne me suis jamais dit : “Je suis le fils de Stan, il faut que je réalise des choses.” C’est plus moi qui avais envie d’être bon.

Laurent Tillie : Je connais la situation, puisque mon père, André, était déjà international ! Au départ, ça peut être une pression. Quand j’ai commencé à jouer, dans le petit milieu du volley, j’entendais toujours : “Ah ! Je connais ton père.” On a envie de se démarquer.

 

Aux USA, quand j’allais sur le camp d’entraînement de Kevin [...], les rôles étaient inversés. J’étais le père de.

 

Kevin Tillie : Ce n’était pas vraiment une pression, moi j’étais fier d’être le fils de Laurent Tillie. Mes parents nous ont toujours dit que c’était pour le fun. Il fallait prendre du plaisir et si ça ne marchait pas, il y avait les études derrière, c’est pour cela qu’on a tous fait des études.

Laurent Tillie : Le sport, c’est vraiment une grande injustice parce qu’on a beau être le meilleur, on ne sait pas ce qui va arriver. Du jour au lendemain, une blessure ou une mauvaise opération peut tout changer : c’est difficile de fonder un avenir sur le sport. Ça me semblait important qu’ils aient un équilibre corps et esprit. Quand j’étais jeune, un de mes rêves était de faire une université américaine, mais je n’ai pas pu le faire. Je trouvais que c’était extraordinaire de pouvoir vivre sur un campus, revenir bilingue et conjuguer études et sport de haut niveau. Je pense que c’est une expérience de vie très importante et j’ai encouragé mes enfants à faire cela.

Kevin Tillie : Si nous sommes tous les trois passés par des universités américaines (ses frères Kim et Kilian, basketteurs professionnels, ont suivi le même parcours), c’est parce que mes parents nous y ont poussés. C’est un peu grâce à eux que j’ai été à Irvine.

Laurent Tillie : J’ai ressenti beaucoup de fierté à aller voir Kevin aux États-Unis quand il a gagné le titre NCAA en 2012 avec Irvine. Le voir évoluer devant 15 000 spectateurs, c’était vraiment très impressionnant. Ce qui était marrant, c’est qu’en France, à l’époque, Kevin Tillie, c’est le fils de Laurent. Aux USA, quand j’allais sur le camp d’entraînement de Kevin à l’université pour voir comment travaillaient les coachs américains, les rôles étaient inversés. J’étais le père de.

 

Pressesports/Mons

 

Christophe Patry : À Montpellier, Jean était dans un cocon (NDLR, il a joué à Montpellier jusqu’en 2019). Il était déjà très fort, mais il fallait qu’il passe un cap et qu’il devienne une teigne. Parfois, sur le terrain, il faut être en colère, il faut avoir envie de faire mal au mec d’en face. Je lui ai dit : “Il y a deux Jean. Le Jean en dehors qui est super sympa et qui est une pâte, et le Jean sur le terrain qui doit être une raclure, excuse-moi l’expression. Si tu peux naviguer entre les deux, tu seras bon. Sinon si t’es sur le terrain comme à l’extérieur tu risques de te faire bouffer.” Quand il a signé à Latina, je suis descendu avec lui en voiture, J’ai tapé Montpellier-Latina, bon c’est en dessous de Rome. Presque 12 heures de route. Je lui ai dit : “Tu vois Jean, c’est une sorte de voyage initiatique. Je t’amène, je t’installe, je reste deux jours, j’assiste à ton premier entraînement et je te laisse. Et maintenant tu vas grandir.” Il avait besoin de ça, il fallait qu’il parte de Montpellier, qu’il se détache de tout. Du seul club qu’il connaissait et de son père.

Jean Patry : Quand je suis devenu pro, je l’appelais avant et après tous les matchs. C’était une sorte de rituel. Je l’appelais pour avoir son soutien, qu’il me tranquillise, et après pour débriefer le match. Maintenant, ça n’est plus systématique, mais je l’appelle parfois après les matchs. J’aime avoir son avis.

Christophe Patry : En Italie, il a réussi à passer le cap, c’est de l’instinct de survie. Aujourd’hui, il évolue à un niveau que je n’aurais pas pu imaginer même dans mes rêves les plus fous.

Jean Patry : Petit à petit, j’ai fait mon trou et je suis devenu Jean Patry, plus que le fils de Stan. Mais sans mon père, je ne sais pas si j’en serais là aujourd’hui. Je lui dois beaucoup, parce qu’il a toujours essayé d’être le plus objectif possible et il a su me dire quand ça n’allait pas.

Mon père ce coach

Christophe Patry : J’ai coaché Jean à Montpellier presque dès ses débuts quand il devait avoir 9, 10 ans jusqu’au titre de champion de France juniors à 17 ans. Quand on coache son fils, on a souvent tendance à être plus dur. Ça évite que les gens disent : “Oui, mais c’est le fils du coach.” Il faut évacuer tout de suite ça pour qu’il n’y ait pas de soucis. Après, Jean était le meilleur de son équipe en benjamins, en minimes, en cadets, en juniors, donc il était souvent sur le terrain, c’était le capitaine, il n’y avait pas de raison que je le sorte.

Jean Patry : Il était plus dur avec moi. Et puis quand on rentre à la maison, on continue d’en parler. Le volley va plus loin que l’entraînement. Il s’invite dans le foyer familial. La plupart du temps, c’est bien et ça aide même à progresser. Mais parfois c’est chaud, ça crée des conflits. C’est arrivé qu’on rentre à la maison sans se dire un mot dans la voiture.

 

Quand on est face à son père, on a encore plus tendance à se rebeller

 

Christophe Patry : Je me suis pris la tête violemment avec lui une fois ou deux. J’ai peut-être été un peu dur.

Jean Patry : Je me souviens d’une fois où je lui avais tenu tête à l’entraînement. J’étais adolescent, quand on est face à son père, on a encore plus tendance à se rebeller. Avec un autre entraîneur, je n’aurais sans doute pas tenu tête, mais là…. Il s’était énervé et avait jeté une chaise sur le côté, chose qu’il n’aurait jamais faite s’il s’était agi d’un autre joueur. Puis il m’avait viré de l’entraînement

Christophe Patry : Quand on rentre à la maison, il claque la porte. Ma femme me demande ce qu’il se passe. Je lui dis que je l’ai viré de l’entraînement parce qu’il se prenait pour un autre. Il ne m’a pas calculé pendant une journée. L’idée, c’était de lui apprendre l’humilité. Les mecs qui ont la grosse tête et qui se prennent pour d’autres, je n’en connais aucun en équipe de France. Bien sûr, il y a des personnages. Jenia, Kevin, Earvin…Ils ont tous une petite touche de folie, mais aucun n’a la grosse tête.

 

Jean et Christophe Patry

Christophe Patry

Jean et Christophe Patry

 

Earvin Ngapeth : Quand j’ai 17 ans, je me fais renvoyer du centre de formation. Ma mère m’envoie chez mon père pour qu’il me tire les bretelles et qu’il me remette sur le droit chemin. Lui, sa réaction a été : “Tu fais des conneries, tu te fais virer du centre de formation, ça veut dire que pour moi, t’as pas envie de jouer au volley.” Dans sa tête, du coup, j’allais faire bac+7 ! À l’époque, je ne joue plus au volley depuis 5 mois. Puis il est nommé entraîneur de Tours, il hésite avant de parler de moi au directeur du club. Je fais un test, et ils me prennent. Si mon père n’entraîne pas Tours cette année-là, je ne reviens jamais dans le volley.

Éric Ngapeth : L’étape où il a dû gagner sa place, j’étais extrêmement exigeant avec lui sur l’exécution de ses gestes, sa mentalité. L’entraîner ne me posait pas de problèmes. Il fallait juste faire attention, car quelques joueurs n’acceptaient pas que le petit jeune allait les bouffer, il fallait faire front sans vraiment le protéger. Faire en sorte qu’il puisse apporter sa réponse à ses détracteurs sur le terrain.

Earvin Ngapeth : Au niveau du volley, il n’y avait aucun souci, aucun problème, il a vraiment réussi à faire la part des choses. Mais à la maison, tu as 17 ans, tu habites avec ton père et ton coach et tu veux vivre tes 17 ans. Sur le terrain, c’est le coach, à la maison, le papa qui te disait : “Fais tes devoirs, il faut aller à l’école demain. Tu ne vas pas sortir avec les potes, demain y a entraînement…

 

Mon père n’était pas du genre à me féliciter !

 

Éric Ngapeth : La première année (lors de la saison 2008-2009), il est plutôt remplaçant, et on fait en sorte que sa progression soit régulière et non précipitée. Puis arrive le pic de saison, en demi-finales de coupe de France contre Toulouse à Tours, on est mené 2 sets à 0. Earvin entre, il change complètement la physionomie du match. Il fait tout. Il était déjà fort au niveau de l’attaque, il était malin… On est menés 12-7 de mémoire, je crois, dans le troisième – même plus que ça –, il prend le service et il sert six ou sept fois de suite. Il met des aces, il défend, il contre-attaque…

Earvin Ngapeth : Je n’avais quasiment pas joué de l’année, car je n’étais pas encore prêt à jouer à ce niveau. Puis arrive ce match où l’on perd 2-0, et où notre entrée avec Guillaumes Quesque est décisive. Pour autant mon père n’était pas du genre à me féliciter ! Le lendemain matin, c’était la finale, et j’étais arrivé un peu détente avec Guillaume, et il nous a repris direct : “Vous n’avez rien fait, l’important c’est ce soir…

Éric Ngapeth : Pourtant, c’est lui qui gagne ce match. C’est le déclic de sa carrière, il n’avait pas 18 ans. Le lendemain, le TVB remporte la Coupe de France.

Earvin Ngapeth : Quelques années après Tours, nous avons eu cette possibilité avec mon père de nous retrouver ensemble en Russie à Kemerovo.

 

Je n’ai pas eu le courage de lui dire, donc je suis parti en scred

 

Éric Ngapeth : J’avais été nommé coach là-bas. Je lui en ai parlé, je sais qu’il n’était pas très chaud pour y aller. Earvin, c’est quelqu’un qui va quelque part s’il sait qu’il va s’amuser, prendre plaisir à jouer

Earvin Ngapeth : J’étais hésitant, mais c’était tellement beau d’aller avec lui là-bas que j’ai quand même décidé d’y aller. Finalement, pendant la saison, je me rends compte rapidement que je ne vais pas tenir là-bas. C’était l’année où j’attendais mon premier enfant, j’ai décidé de partir (un peu ému). Je n’ai pas eu le courage de lui dire, donc je suis parti en scred. Il y a eu un an et demi, deux ans de cassure à la suite de cet épisode. Pour lui, c’était une vraie opportunité, et il n’avait pas compris pourquoi je ne lui avais pas dit tout ça.

Éric Ngapeth : Après son départ, les regards des joueurs et des dirigeants russes ont changé. J’étais dans une position délicate. En Russie, tout le monde en parlait : “Un fils a abandonné son père entraîneur !” C’est ce qui se disait. J’ai perdu le respect de l’équipe et été limogé peu de temps après. J’en ai énormément voulu à Earvin. On a dû passer quelque chose comme trois ans sans se parler.

 

Ça change la manière de coacher

 

Kevin Tillie : Une relation père-fils dans une équipe, c’est difficile à gérer.

Laurent Tillie : Coacher son fils au plus haut niveau, ça peut être compliqué. D’après lui, j’étais plus dur et plus exigeant avec lui, moi j’avais l’impression de vouloir son bien. C’est toujours pareil. Mais j’ai eu la chance que Kevin soit un joueur et un coéquipier exemplaire.

Kevin Tillie : Je pense que pour montrer qu’il y a un traitement égalitaire et pas un traitement de faveur, il devait être plus dur avec moi. Ça change la manière de coacher. J’avais tendance à prendre les critiques différemment, plus personnellement. Parfois c’est plus blessant, plus frustrant. C’est plus dur de se dire les choses aussi. Ça n’était facile ni pour lui, ni pour moi. Mais on l’a fait pendant 10 ans en équipe de France. Et ça s’est plutôt bien terminé !

 

Pressesports/Faugere

Champions Olympiques !

Laurent Tillie : Avant Tokyo, j’avais déjà participé à trois éditions des Jeux olympiques, deux en tant que joueur (Séoul 1988 et Barcelone 1992) et une en tant que coach (Rio 2016). Ce que j’ai appris, c’est que la devise de Coubertin n’était pas totalement adaptée. (Rires.) Participer n’est pas suffisant. Pour que les Jeux soient réussis, il faut monter sur les podiums.

Kevin Tillie : On avait la déception de Rio (où l’équipe de France avait été éliminée au premier tour) en travers de la gorge. On pensait avoir pris un peu d’expérience pour ne pas revivre la même chose. Et finalement après trois matchs, on est quasiment éliminés ! Le discours de mon père à ce moment-là, honnêtement je ne me le rappelle même plus, mais il se passe un truc qui fait qu’on se dit qu’on n’a plus rien à perdre. Et c’est là qu’on commence à être vraiment dangereux pour les autres parce qu’on joue sans pression. Même mon père, qui était stressé, s’est libéré. C’est un tout qui fait que ça marche. Le match qui déclenche tout, c’est la victoire contre la Russie en poules (3-1). Là, on se dit qu’on a une chance de repartir, qu’on a retrouvé notre jeu. Et on devient inarrêtables.

 

“Le bonheur olympique en famille” par Laurent Tillie

 

Jean Patry : Mon père a été très touché par la demi-finale qu’on gagne contre l’Argentine, c’est à ce moment-là qu’il s’est rendu compte qu’on était en train de réaliser un truc très fort.

Christophe Patry : Après la demi-finale, j’ai fait un malaise à cause d’un problème d’oreille interne. J’ai dû partir aux urgences, j’y suis resté toute la matinée. J’ai demandé à une amie qui est kiné d’aller me chercher L’Équipe pour lire ce qu’ils disaient sur cette victoire. Elle m’a ramené tous les journaux qui traînaient, j’avais de la lecture !

Earvin Ngapeth : Après le titre olympique, la première personne que j’ai appelée quand on est montés dans le bus, c’est mon père. On n’avait pas encore démarré, et je l’ai appelé en Face Time. Il était au Cameroun à ce moment-là. Je pensais l’avoir avec toute la famille autour, mais non, il avait décidé de regarder le match seul. Il a ensuite rejoint le reste de la famille pour faire la fête. Après les galères en Russie, les périodes où il m’appelait pour me dire de tenir, de chasser les doutes, finalement il y a cette médaille !

Éric Ngapeth : Je me rappelle quand il a appelé en visio, j’étais tellement ému que c’est la seule fois de ma vie où je lui ai fait des compliments aussi démonstratifs. J’ai revu toute sa carrière avec les hauts et les bas depuis son exclusion du CNVB. Le titre à Tours, la Russie. J’ai tout vu d’un trait et puis j’en suis arrivé à la conclusion suivante : “Papa, tu en es arrivé à clouer le bec à tout le monde.”

 

Champion olympique avec mon père, c’est quand même dingue. 

 

Christophe Patry : J’ai vécu le titre sur mon canapé. Je n’ai même pas sauté de joie, je suis resté assis, je me suis dit : “C’est pas vrai, je rêve, c’est une blague, c’est Marcel Béliveau qui est revenu et qui nous fait des caméras cachées, c’est pas possible !”

Kevin Tillie : Champion olympique avec mon père, c’est quand même dingue. C’est quelque chose qu’on n’imaginait même pas. Bien sûr, c’est un rêve qu’on voulait tous exaucer, mais on pensait que c’était quasiment impossible. Et puis, lui a fini sa carrière de coach de l’équipe de France là-dessus, c’est l’apothéose.

Christophe Patry : Près d’un an plus tard, je n’ai toujours pas réalisé. C’est un truc de malades ce qu’ils ont fait. Un mois après, Jean était déçu quand ils ont perdu en huitièmes de finale de l’Euro contre les Tchèques. Je lui ai dit : “Ta médaille d’or, elle est chez ta mère, et personne ne te la volera, t’es champion olympique c’est pour la vie.”

 

Tout propos recueillis par Arthur Jeanne, avec Andréa Chazy.

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