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Short track - équipe de France olympique CNOSF - Eulalie Berliet

Short-track, le grand frisson

Arthur Jeanne - So

Bormio se mérite. Depuis Milan, il faut s’arracher à la plaine lombarde, avaler trois heures et demie de routes à lacets, ou cinq heures de train et de correspondances, pour atteindre ce petit bourg alpin coincé au fond de la vallée de la Alta Valtellina. Le cœur du village, charmant, affiche déjà une jolie ambiance de Noël, mais ce n’est pas pour faire du tourisme que l’équipe de France de short-track a posé ses valises ici voici 18 mois. Sur cette terre de sports d’hiver, qui accueillera la descente des Jeux olympiques, nos patineurs préparent eux aussi l’échéance. Et ils n’ont pas choisi Bormio par hasard.

Bormio - centre d'entraînement de l'équipe de France de short track CNOSF - Eulalie Berliet

Bormio, centre d'entraînement de l'équipe de France de short-track.

La ville est une terre d’excellence pour la piste courte : c’est notamment ici que la légende italienne Arianna Fontana, native de Sondrio à une cinquantaine de kilomètres plus bas dans la vallée, a préparé la conquête de ses 11 médailles olympiques. S’entraîner ici est donc un choix stratégique. Afin de progresser, les French Roosters, comme on les connaît sur le circuit mondial, se préparent quotidiennement avec les Italiens, l’une des meilleures nations européennes, mais aussi avec deux Autrichiens et un Letton. « Dans notre sport, s’entraîner seul, ça ne sert à rien. Il faut du monde, du rythme, de la densité. Ce format nous permet d’avoir un groupe de patineurs de haut niveau », explique Quentin Fercoq, l’un des leaders de l’équipe de France. Sur la glace, ils sont souvent une vingtaine, ce qui permet des séances longues, variées et surtout proches des conditions de course.

Le groupe vit bien

À la sortie de l’entraînement, une équipe de France très jeune, pleine de talent et d’entrain, donne rendez-vous autour d’un cappuccino ou d’un Coca Zero dans le bar attenant à la patinoire. Les filles s’appellent Gwendoline Daudet, Cloé Ollivier, Aurélie Lévêque et Eva Grenouilloux. Les garçons : Quentin Fercoq, Tawan Thomas et les frères Étienne et Simon Bastier.

Ils viennent d’un peu partout en France : Grenoble, Cholet, Orléans, Le Havre ou Fontenay-sous-Bois, en banlieue parisienne. Tous sont très jeunes, la plupart entre 19 et 23 ans, à tel point qu’à 26 ans et une édition des Jeux derrière eux, Quentin et Gwen font presque figure de vétérans. Ils ont découvert le short-track un peu par hasard et en sont tombés amoureux immédiatement. « Dès le premier entraînement, j’ai su que je ne partirais plus. J’ai senti que c’était mon sport », raconte Eva Grenouilloux.

Short track - équipe de France olympique CNOSF - Eulalie Berliet

L'équipe de France de short-track en route pour Milano-Cortina 2026.

Pour cette jeune équipe, l’objectif est clair : les Alpes 2030 à la maison. Milan-Cortina, dans quelques mois, sera une première expérience olympique pour beaucoup. Un apprentissage sur la route de Nice. Si tout le monde espère une médaille olympique, qui manque encore à la piste courte française, personne ne promet des résultats immédiats. On parle de processus, de construction, de patience. À Bormio, l’équipe de France ne rigole pas : 35 à 40 heures d’entraînement par semaine. Glace le matin. Musculation l’après-midi, avant parfois un rab de glace et d’aérobie en autonomie sur le temps libre. La saison de compétition se déroule d’octobre à fin mars, mais le plus difficile, c’est l’été, où il faut refaire tout le foncier d’un sport qui exige autant d’explosivité que d’endurance.

Chez les filles, le travail a commencé à payer. Le relais féminin a décroché sa qualification olympique sur le gong, lors d’une dernière manche irrespirable face aux Polonaises et aux Hongroises. Les Italiennes, pourtant adversaires à l’entraînement, étaient restées au bord de la piste pour encourager les Françaises. Une scène rare, symbole de l’amitié franco-italienne qui s’est nouée à Bormio. Pour le reste, l’équipe de France a qualifié le relais féminin, décroché trois quotas chez les filles et deux chez les garçons. Un bilan déjà positif pour un collectif en pleine construction.

Short-track, les italiennes supportent les bleus CNOSF - Eulalie Berliet

Des italiennes qui supportent nos Bleues, si c'est pas beau ça...

Rapide et explosif

Pour retrouver nos Bleus le lendemain matin, il faut tourner le dos au village et se diriger vers le complexe sportif, à une dizaine de minutes à pied. Quand on pousse la porte du Palaghiaccio, le froid saisit immédiatement. L’air est sec, mordant. Sur la glace, les lames, aiguisées avant chaque séance, claquent déjà. Un bruit satisfaisant, presque hypnotique, résonne dans la salle. Les patineurs semblent, eux, danser sur la glace. À chaque virage, ils plongent à l’intérieur de la piste, épaules inclinées, hanches engagées, effleurant la glace du bout des doigts à pleine vitesse pour accompagner leur trajectoire.

Le short-track se dispute sur une piste ovale de 111,12 mètres, tracée à l’intérieur d’une patinoire classique. Contrairement au patinage de vitesse longue piste, ici tout se court en peloton : quatre à six patineurs lancés ensemble à près de 45 à 50 km/h. Les distances – 500, 1000 et 1500 mètres – sont courtes, explosives, et chaque course dure entre une minute et deux minutes trente. Les écarts sont infimes et les athlètes sont souvent départagés par une photo finish. Tout se joue sur un subtil équilibre de vitesse pure, de tactique et d’instinct. À haut niveau, tout le monde sait aller vite : la différence se fait dans la lecture de course, l’anticipation des mouvements adverses, le choix du bon moment pour dépasser.

Le geste parfait au short-track CNOSF - Eulalie Berliet

Ca glisse, attention à la mousse !!!!!!

Les patineurs doivent en permanence sentir ce qui se passe derrière eux, utiliser leur vision périphérique, entendre les lames qui se rapprochent, percevoir le souffle d’un adversaire dans leur dos. Le dépassement, souvent tenté en entrée de virage, est l’acte le plus spectaculaire… et le plus risqué : trop tard, c’est la chute ou la pénalité ; trop tôt, on s’expose à l’explosion lactique. Car sur un 1500 mètres, le lactique peut arriver dès le quatrième tour, laissant encore neuf tours à survivre dans la douleur.

En ce matin de mi-décembre, c’est le relais mixte que l’on travaille, un exercice de 4 x 500 mètres où tout se joue sur le timing. Lors des relais, on ne pousse pas vraiment. « C’est un transfert de vitesse, plus qu’une poussée », précise le coach. Le patineur lancé doit avoir exactement la même vitesse que celui qui arrive, au centimètre près.

L'oeil du Fauconnet

Thibault Fauconnet CNOSF - Eulalie Berliet

Faucon - Fauconnet, vous l'avez ?...

Au milieu de la glace, Thibault Fauconnet observe. Silhouette athlétique, regard vif, cet ancien patineur international est aujourd’hui le chef d’orchestre d’un groupe bleu-blanc-rouge en pleine construction. Fauconnet, c’est trois éditions des Jeux olympiques à Vancouver, Sotchi et PyeongChang, une carrière marquée par l’adrénaline, la vitesse, et aussi par une chute, celle de 2018 en finale du 1500 mètres des Jeux. Un coup de patin dans le menton asséné involontairement par Coréen qui le précédait, et le voici privé d’une médaille olympique. La scène le hante encore parfois. Quand il découvre ce sport confidentiel à sept ans, le petit Dijonnais en tombe tout de suite amoureux. « La course, ça m’a tout de suite plu. Et puis j’avais envie de bouffer l’adversaire », raconte-t-il sans détour.

Gamin, il a aussi été champion de France de trampoline et champion de Bourgogne d’haltérophilie. Aujourd’hui encore, Fauconnet carbure à l’effort. Quand il ne conduit pas le camion de l’équipe de France des sports de glace, il skie en randonnée ou enchaîne les kilomètres de course en montagne. Ce matin, après un footing, il a même croisé deux bouquetins sur les hauteurs. C’est cette mentalité et ce sens de la gagne qu’il cherche à inculquer à ses ouailles. « Plonge dans ce virage ! », dit-il à Cloé Ollivier, et son casque à l’effigie de Ponyo. Tout est analysé : trajectoires, création de vitesse, croisés. Il jette un œil au chrono, corrige la technique, analyse sur iPad les images captées en direct par un membre du staff italien installé en tribunes. Son obsession : la course. Et surtout transmettre la grinta à ses ouailles.

Ponyo au short-track CNOSF - Eulalie Berliet

Maintenant qu'on le dit, Ponyo aurait fait du short-track, c'est sûr et certain

Hyper télégénique

En France, seuls 600 licenciés pratiquent le short track. Mais nos athlètes ont bien l’intention de faire parler de leur discipline, et ils ont des arguments à faire valoir pour séduire les supporters bleus. « C’est hyper télégénique, le short track. C’est vraiment spectaculaire, une course est très courte et il peut se passer plein de choses, on ne sait jamais à l’avance qui va gagner. En tant que spectateur, tu prends un petit rush d’adrénaline », convainc Gwendoline Daudet. « C’est un sport qui a plein de dimensions différentes, on ne s’ennuie jamais, en fait », appuie Étienne Bastier.

À Bormio, l’équipe de France vit loin des siens. Loin des familles, des amis, du bruit des patinoires pleines. Ici, le quotidien se déroule dans une forme de huis clos, rythmé par l’entraînement, la récupération, les repas pris ensemble. Une vie presque monacale, choisie, assumée, au service d’un objectif commun. Se sentir soutenu quand on est loin n’est pas une évidence. Tous rêvent pour leur sport de l’engouement et du bruit des patinoires hollandaises, où une dizaine de milliers de personnes peut assister à une étape de Coupe du monde. Pour ces athlètes, le soutien des supporters bleus est essentiel. Lors de la dernière étape de qualification olympique à Dordrecht, aux Pays-Bas, nos athlètes ont pu compter sur le soutien de leurs familles et sur des tribunes garnies. « Le public, ça te porte, ça met des frissons. Savoir que nos proches étaient là, ça nous a donné encore plus faim, c’était vraiment chouette », se réjouit Cloé Ollivier.

Mais au-delà du cercle familial, ils en appellent aux supporters de l’équipe de France, qui pourraient leur donner le supplément d’âme nécessaire pour obtenir des résultats dans un sport où tout se joue souvent à un centième de seconde.

Loin des Bleus, près du cœur !

Le soir, changement de décor. Dans la pizzeria Cima Pazzi, en périphérie de Bormio, l’équipe au complet se retrouve pour un moment de convivialité. Depuis qu’ils sont installés aux confins de la Lombardie, nos Bleus sont devenus experts en pizza. Parma, Margherita ou Ronzatti : chacun a sa préférence. On chambre le benjamin Simon Bastier, réputé pour son gros appétit. « Une deuxième pizza ? » lance quelqu’un. Rires autour de la table. La pression redescend. On refait les courses de Coupe du monde, on analyse le niveau des adversaires, et puis on parle surtout d’autre chose que de short track, même si le coach Fauconnet n’oublie pas de rappeler à ses patineurs les fondamentaux de la réussite en relais.
À la fin du repas, une fois les tiramisus engloutis, Thibault Fauconnet diffuse aux athlètes le message de soutien des supporters du programme Allez les Bleus. Le groupe l’écoute avec attention. « Je vais me le mettre le matin avant l’entraînement, ça va me motiver », rigole Étienne Bastier.

Short track - équipe de France olympique CNOSF - Eulalie Berliet
Bormio - centre d'entraînement de l'équipe de France de short track CNOSF - Eulalie Berliet
Statistiques short-track CNOSF - Eulalie Berliet
Thibault Fauconnet CNOSF - Eulalie Berliet
Ponyo au short-track CNOSF - Eulalie Berliet
Short-track, les italiennes supportent les bleus CNOSF - Eulalie Berliet


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