Allan Morante (trampoline) : « Pourquoi pas moi ? »

Alexis Réau /Presse Sports

Après avoir vécu les Jeux précédents dans le rôle du remplaçant, Allan Morante, 26 ans, est le représentant de la France à Tokyo 2020 dans l’épreuve du trampoline individuel où il visera une place en finale, voire mieux.

 

 

Parle nous d’abord de ton expérience de remplaçant à Rio ?

J’ai pu vivre un peu les Jeux, même si je n’ai pas sauté. J’ai pu assister à la compétition. En fait, je me suis imprégné de l’atmosphère et cela m’a motivé pour essayer d’obtenir mon billet pour Tokyo, ce que j’ai réussi à faire. Je vais aussi essayer de m’appuyer sur mon expérience des compétitions précédentes comme les Jeux Européens (1) qui est une compétition qui ressemble un peu aux J.O.

Dans quel état d’esprit étais-tu à Rio ?  

On va dire que j’avais les yeux grands ouverts. Je n’étais pas très impliqué. J’étais arrivé la veille de la compétition. Je me suis imprégné de l’atmosphère, j’ai observé la concurrence. Mais cela m’a énormément motivé. J’ai eu un gros pic de progression après Rio.

Comment l’expliques-tu ?

A ce moment-là, il y avait un gars qui a un an de moins que moi, Vladislav Goncharov, le Biélorusse. Et ce gars-là, il est devenu champion olympique. Et je me suis dit, « Si ce gars-là, qui a un an de moins que moi, a pu le faire alors pourquoi pas moi ? ». Je l’ai pris comme un rival et ça m’a aidé à beaucoup progresser. Je me suis dit : « Maintenant, ça va être mon tour ! ».  Et tout ça, c’est grâce aux Jeux de Rio. Peut-être que si je n’avais pas été remplaçant, je ne m’en serais pas rendu compte. Après les Jeux de Rio, j’ai vraiment eu une grosse année de progression.

Et tu avais pu assister à d’autres épreuves, d’autres disciplines ?

Oui, après la compétition de trampoline, j’avais pu rester. J’ai pu voir d’autres sports. On goûte aux Jeux Olympiques. J’ai un souvenir exceptionnel d’avoir vu la légende Bolt en action. J’ai assisté au 200 mètres où il a gagné et où on a eu la chance d’avoir Christophe Lemaître sur le podium. C’était un grand moment.  Tu ressens les frissons de la compétition. Et ça te donne envie de ressentir les mêmes en tant qu’acteur, d’être dans la peau de celui qui réussit la performance.

 

C’est une compétition normale mais il faut s’extraire de cette pression olympique qui peut être déstabilisante

 

Et aujourd’hui ? Cette sélection pour Tokyo 2020, c’est un accomplissement ?

Ce n’est pas fini.  C’est une première étape de participer mais l’objectif, c’est la médaille. Une médaille olympique, ça ce serait un accomplissement. Ce serait le « Saint Graal » ! Je ne mets pas de pression particulière. C’est une compétition qui ressemble aux autres compétitions. Sur le plan psychologique, il y a un trampoline et des juges, comme d’habitude. C’est une compétition normale mais il faut s’extraire de cette pression olympique qui peut être déstabilisante. Il va falloir être vigilant.

 

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Alexis Reau/Presse Sports

 

Comment as-tu choisi le trampoline ?

Oh, c’est le pur hasard. J’avais fait un an de natation de 7 à 8 ans mais cela ne me plaisait pas trop. Je suis de Saint-Denis, en région parisienne et un jour on est allé au Palais des Sports de la ville. Ma mère voulait me mettre à la gym parce que j’étais assez remuant, acrobate. Mais à Saint-Denis, le club de gym était réservé aux filles. Par chance, ce jour-là, il y avait le club de trampoline qui s’entraînait et moi, j’ai dit à ma mère : « C’est ça que je veux faire ! ». J’ai vu que c’était un bon moyen de faire un salto et des acrobaties et depuis que j’ai 8 ans, je n’ai pas lâché. En fait, j’avais commencé sur le lit de mes parents. Mais là, ça rebondissait quand même beaucoup mieux.

Et par rapport à ce sport, il vient tout de suite à l’esprit la notion de danger, de hauteur. Tu n’avais pas peur à 8 ans ?

A 7-8 ans, on ne va pas très haut. C’est progressif. C’est comme un pilote de F1, il débute par le karting. Nous, nos figures, on les construit brique par brique. Mètre par mètre. Quand tu as 8 ans, tu ne vas pas à 8 mètres, tu vas à 50 cm. Tu apprends à faire un tombé sur le dos, un tombé-assis. 

 

C’est un sport extrême. Le danger est présent

 

C’est un sport très spectaculaire néanmoins, très acrobatique. Comment appréhendes-tu le danger ?

C’est un sport extrême. Le danger est présent. Mais on est très bien encadré dans un club. Le matériel est très bien sécurisé. Il y a de très bonnes parades, de très bons tapis. On apprend de manière progressive. Il y a toute sorte d’échappatoires si jamais on se perd en l’air. On peut se rattraper pour tomber sur le dos. On sait se repérer dans l’espace et on apprend à tomber. Il y a que très rarement des accidents sérieux.

Es-tu focalisé sur le trampoline ou pratiques-tu d’autres disciplines ?

Je suis très sportif alors j’ai toujours beaucoup joué au foot avec des copains. J’adore aussi pratiquer des sports de raquette. J’adore le sport en général… mais je n’ai jamais été licencié dans un autre sport que le trampoline.

Et ta famille ? Es-tu entouré de sportifs ?

Euh non, pas vraiment. Mes parents étaient sportifs mais pas de haut niveau. Ma mère a fait beaucoup de gym et mon père est moniteur de plongée sous-marine. C’est assez sportif.

A quel moment as-tu basculé vers le haut niveau ?

Dès les premières années, j’ai eu des ambitions élevées. Mon premier entraîneur, Vincent Mainfray, plaçait beaucoup d’espoir en moi et ça m’a permis de croire en mes possibilités. Il m’a très vite imprégné de haut niveau. Il m’a montré les grands champions français de cette discipline. Et je suis devenu une encyclopédie du trampo français : Richard Tison, Lionel Pioline, David Martin, Emmanuel Durand, Grégoire Pennes, Sébastien Martiny. Tout ça m’a motivé mais, très vite, il a fallu que je change de structure parce que je n’avais pas vraiment de groupe d’entraînement. Christian Jamar mon entraîneur de Saint Denis m’a dirigé vers une structure où je pouvais évoluer avec des jeunes de mon niveau au Pôle espoirs de Bois-Colombes. J’ai alors commencé à travailler avec Christine Blaise, en 2007, et c’est toujours mon entraîneur aujourd’hui à l’INSEP. 13 ans après.

Bois-Colombes, c’est un peu la Mecque du trampoline ?

Oui, les meilleurs Français sont passés par là. J’y ai rencontré Grégoire Pennes et Sébastien Martiny (2) qui étaient à l’époque les têtes d’affiche du club.

Aux Jeux, le trampoline est individuel mais il y a également le trampoline synchronisé où tu excelles…

Oui, et c’est dommage que cette discipline n’existe pas aux Jeux. Personnellement, je l’ai toujours pratiquée, même avant d’arriver au Pôle de Bois-Colombes. Je pratique ça très régulièrement depuis 13 ans. Il y a une grande tradition en France. Marine et Léa (3) ont été championnes d’Europe. Avec Sébastien Martiny, on a gratté quelques médailles aux championnats du monde : une de bronze et une d’argent. On en a obtenu une aux Jeux Européens et beaucoup en Coupe du monde. C’est une épreuve bonus et il y a un véritable esprit d’équipe. La médaille a encore plus de saveur parce que tu vas la chercher à deux. J’aime bien cette idée de partage.

 

Tu as également un double projet avec les études d’ingénieur que tu poursuis…

Alors là, à dire vrai, je les ai mises entre parenthèses depuis deux ans. Au départ je devais arrêter un an mais avec le Covid et le report des Jeux, ça a tout retardé. Pour l’instant, je suis titulaire d’un BTS en Informatique avec une spécialité en développement. Donc, je souhaite poursuivre mes études dans une école d’ingénieur.

Qu’est ce qui te plaît dans l’informatique ?

J’aime la logique. J’ai un esprit assez carré. L’informatique est quelque chose de très rationnel. Et c’est vraiment un immense plaisir de réussir à aller au bout d’un programme qui fonctionne. Même si c’est un tout petit programme. Tu ressens une grande satisfaction. Mais, bon, il y a souvent un petit truc qui bug et là, tu passes des heures à essayer de résoudre le problème.

Est-ce qu’on peut de qualifier de geek ?

Oh oui. J’aime bien la technologie. Je fabrique mes ordinateurs moi-même.  J’ai des connaissances dans le matériel. J’aime bien les applications, ce genre de choses.

Tu n’es pas trop dépaysé au Japon ?

J’y suis allé au moins six fois. En plus, je fais partie de la génération « manga ». C’est un pays que j’aime beaucoup. En plus les Japonais nous apprécient particulièrement et j’ai beaucoup d’affection pour mes adversaires japonais, il nous arrive même de nous appeler.

 

  1. Lors des Jeux Européens, à Minsk en 2019, Allan a avait pris la 3e place en synchronisé avec Sébastien Martiny.
  2. Grégoire Pennes a terminé 7e en individuel aux J.O. de Londres en 2012. Sébastien Martiny a terminé trois fois deuxième aux championnats du monde en synchronisé, deux fois avec Grégoire Pennes et une fois avec Allan Morante en 2018.
  3. Léa Labrousse et Marine Jurbert ont été sacrées championnes d’Europe en synchronisé en 2016.

 

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