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Lou Braz-Dagand : « Je me suis vraiment ancré dans le haut niveau mondial »

Lou Braz-Dagand, para ski alpin, portrait

CPSF

Lou Braz-Dagand a grandi à la montagne, et s’entraîne aujourd’hui à Tignes. A l’âge de 19 ans, il est piqué par une tique et développe la maladie de Lyme, qui le rend paraplégique. A l’hôpital, sa première préoccupation n’était pas de remarcher, mais bien de skier à nouveau ; ce que Lou a appris à faire d’une nouvelle manière, en fauteuil, avec des sensations décuplées.

 

Comment as-tu commencé le ski ?
Le ski c’est clairement ma passion depuis tout petit. C’était mon sport, donc quand j’ai eu ma maladie mon but n’était pas de remarcher, mais de pouvoir reskier, quoi qu’il en coûte. Le ski c’était un choix évident pour moi, j’aurais pu me tourner vers d’autres sports en compétition, mais vraiment je voulais skier.

 

Comment as-tu commencé le para ski alpin ? Tu étais en club ? Comment as-tu commencé la compétition ?
La compétition ça s’est fait assez vite. J’ai commencé à skier en fauteuil et j’ai tout de suite trouvé ça extraordinaire. Rapidement je me suis dit que ce serait super de pouvoir faire un peu de compétition, de pouvoir se comparer aux autres, et j’ai commencé tout seul sur des coupes de France à un petit niveau, c’était en 2016. Ensuite j’ai progressé assez vite, ce qui m’a permis d’entrer en Equipe de France jeunes puis en Equipe de France.

 

Tu as commencé à pratiquer le para ski alpin en compétition il y a assez peu de temps, comment ça s’est passé pour toi d’arriver rapidement en coupe du monde ou sur des Championnats du monde ?
C’était un truc de dingue ! J’ai fait mes premières Coupes du monde il y a à peu près trois ans et demi, au début j’avais une pression de fou, je savais à peine skier par rapport à maintenant. C’était juste exceptionnel de se comparer aux tout meilleurs mondiaux. J’étais un petit jeune qui commençait, qui n’avait pas trop le niveau au début, et ensuite j’ai bien progressé et ces deux dernières saisons je me suis vraiment ancré dans le haut niveau mondial. C’est fou de réaliser ça, pendant les championnats du monde en Norvège en janvier, je fais cinquième en géant, ça permet de mesurer le chemin qui a été parcouru. 

 

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CPSF/G. Picout - Lou Braz-Dagand à Pékin 2022 

 

Tu peux nous expliquer en quoi consiste ta catégorie ? Est-ce que tu retrouves tes sensations de glisse en fauteuil ?
Quand on est skieur en fauteuil, il faut savoir qu’il y a plusieurs catégories. Il y en a certains qui n’ont pas du tout d’abdos ; ce sont les LW10-1. Moi je suis en LW10-2, je suis paraplégique et je n’ai pas d’abdos du côté gauche. Ensuite il y a d’autres catégories en fonction de si on peut bouger tous les abdos, ou même utiliser les quadriceps… puis tout ça est compensé par le biais du coefficient, qui influe ensuite sur notre chrono en fonction de notre handicap et de l’épreuve.

En ce qui concerne les sensations, pour avoir fait du ski avant en debout, c’est juste un truc de dingue. La sensation de vitesse, comme tu es plus bas, est juste folle. Au niveau du carving, des courbes taillées et de la sensation sur les skis, c’est dingue. Moi si on me donne le choix entre skier debout ou en fauteuil, je prends le fauteuil sans hésiter, niveau sensations c’est extraordinaire. Il y a aussi le point de vue technique qui entre en compte, avec les ajustements qui peuvent être faits sur le fauteuil ou sur le ski, car c’est aussi un sport mécanique.

 

Le fauteuil de ski, c'est de la haute précision.

 

Travailler sur le matériel, trouver le bon fauteuil et les bons réglages c’est un point très important de ta discipline…
Complètement, le matériel est super important, il y a de l’innovation pour ma part à chaque saison, on essaie de modifier des choses pour être plus performant, aussi bien au niveau de l’amortisseur que de la coque. Il faut savoir qu’au début le fauteuil était standardisé, maintenant toutes les pièces sont sur-mesure, de l’amortisseur aux coques, qui sont vraiment moulées sur moi, c’est de la haute précision. Et ça compte énormément, parce qu’on peut être très bon techniquement sur les skis, si on a un fauteuil qui ne fonctionne pas, ça n’ira pas. L’amortisseur est fait lui aussi sur mesure, il joue le rôle d’une “jambe parfaite” et on y fixe un ski, dont la longueur change en fonction de la discipline ; on aura un ski d’1m88 en géant, en slalom c’est, 1m65. On a aussi la particularité de ne pas avoir de bâtons mais ce qu’on appelle des stabilos, qui sont des petits skis qui nous permettent d’avoir un point d’appui supplémentaire au sol notamment sur les courbes, parce que sans ça, c’est très compliqué d’avoir un bon équilibre.

 

En dehors du ski, qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Comment tu t’organises pour avoir une vie d’athlète de haut niveau en parallèle d’un emploi, tu as un emploi du temps aménagé ?
En dehors du ski j’ai un contrat CIP (Convention d’Insertion Professionnelle) qui permet aux sportifs de haut niveau d’avoir un emploi, et emploi du temps aménagé. On va dire que ça se partage entre cinq mois de boulot et sept mois de ski. Je travaille comme conseiller financier. Quand je ne suis pas au ski, d’avril à septembre, j’ai un emploi classique à Bourg Saint Maurice et ça me permet d’être financé sur toute l’année, grâce à des partenaires qui indemnisent mon employeur pour mon temps d’absence. Pendant l’hiver je m’entraîne à Tignes, c’est un luxe pour moi de pouvoir partir directement de chez moi pour l’entraînement et les stages.

 

On est une équipe vraiment soudée, c’est ça qui est super.

 

Pékin, ça va être tes premiers Jeux, dans quel état d’esprit tu y arrives ? Avec quelles ambitions ?
Ça va être extraordinaire je pense, jusqu’ici j’ai un très bon feeling, je suis dans un bon mood, je me sens prêt. Mon ambition c’est d’arriver en bas et d’être content de moi, d’avoir fait une bonne course et de pouvoir se dire ‘j’ai tout fait comme il fallait’. Après on regardera le résultat.

 

C’est quoi l’ambiance dans le groupe de l’Equipe de France ?
On est une équipe vraiment soudée, c’est ça qui est super. On est une très belle équipe avec de très belles personnes, on peut poser des questions sur les Jeux aux plus anciens… c’est vraiment un bon état d’esprit.

 

Les deux dernières années niveau entraînement ce n’était pas évident, comment tu as vécu cette période ?
Pour nous ça s’est plutôt bien passé, on a eu la chance avec notre statut de sportifs de haut niveau de pouvoir continuer à s’entraîner. On a pu skier à Tignes qui était ouvert exprès pour nous, donc on n’a vraiment pas à se plaindre de ce côté-là. On a aussi pu faire plusieurs compétitions, pas toutes les Coupes du monde bien sûr, mais on a pu faire quatre étapes quand même.

 

Vous avez mis en place des mesures spéciales pour le covid pour partir le plus sereinement possible ?
Avant de partir on s’est mis en quelque sorte en quarantaine, pour tout faire pour ne pas choper le covid pendant à peu près deux semaines. Avant de partir pour Pékin je n’ai vu personne à part ma petite famille, dès que je devais sortir je mettais le masque direct en permanence… C’était l’affaire de deux semaines, pour pouvoir partir, être tranquille, et passer de très bons Jeux Paralympiques.

 

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