Carlota Dudek, des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Buenos Aires 2018 à Dakar 2026
CNOSF/KMSP
Son sourire ne la quitte jamais. Ses yeux qui pétillent non plus. Fille d’un père polonais et d’une mère cubaine, Carlota Dudek s’est révélée aux yeux du monde entier sur le site de la Concorde aux Jeux Olympiques de Paris 2024, édition où le breaking a fait son entrée au programme olympique. Désormais installée en Espagne, la Vauclusienne qui danse sous le nom de « B-girl Señorita Carlota », continue de s’enrichir à travers la danse. En parallèle de sa carrière, elle est devenue entraîneur. C’est dans ce nouveau rôle qu’elle va participer aux Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 (du 31 octobre au 13 novembre), huit ans après sa première expérience olympique, aux Jeux Olympiques de la Jeunesse de Buenos Aires 2018.
Des JOJ de Buenos Aires 2018 à Paris 2024, une expérience remplie d’apprentissages
Le parcours olympique de Carlota Dudek a commencé en Argentine, en 2018. A seulement 15 ans, celle qui avait découvert le breaking neuf ans plus tôt, participait aux Jeux Olympiques de la Jeunesse à Buenos Aires. Aux côtés de jeunes athlètes venus du monde entier, habitués aux structures de haut niveau, la jeune femme en a pris plein les yeux. “L’arrivée au village était impressionnante. C’était l’entrée dans un nouveau monde”, glisse l’athlète, rappelant que jusqu’ici, la danse était plutôt considérée comme un art que comme un sport. “Je partais de zéro. Je n’avais pas les codes des institutions et des fédérations. J’étais entourée de personnes qui avaient toujours grandi dans un contexte sportif. Moi, ça n’existait pas dans le breaking”. Avec une 5e place à la clé, la Française a vécu une expérience aussi enrichissante que fondatrice pour la suite de son parcours. En 2022, elle décide de quitter sa région natale pour aller s’entraîner à l’INSEP, “la Mecque” du sport français. Alors étudiante, l’adolescente change encore de dimension, en découvrant un monde qu’elle connaît peu. Le pari est risqué, mais calculé, avec l’ambition de participer aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Le breaking n’est plus seulement une passion. “Depuis petite, c’était clair que je voulais vivre de la danse, mais je ne savais pas comment faire. Les Jeux Olympiques de la Jeunesse m’ont permis de valider que je pouvais en faire mon métier”.
Tout s’enchaîne vite. Elle découvre un cadre structuré, avec ses propres critères. Son art évolue, et sa façon de danser aussi. Le chemin est long, mais elle le parcourt avec détermination : au bout de quatre ans, elle décroche sa qualification pour les Jeux de Paris.
Au moment de s’exprimer sur la scène de la Concorde, c’est l’extase. “C’est le meilleur cadeau qu’on ait pu nous faire. Il y avait une énergie folle avec le public, à la maison. Rien ne pouvait m’arrêter. Il y a des mouvements que j’ai faits sur scène que je n’avais pas prévu et que j’ai réussi” se remémore-t-elle. Elle décrit un moment hors du temps.
Vivre une grande compétition à la maison n'a pas d'égal. C'est d'ailleurs ce que vont connaître les B-girls et B-boys français aux championnats du monde de breaking organisés à Paris du 4 au 6 décembre à l'Adidas Arena (et dont la sélection des athlètes n’est pas encore connue).
Mais si Carlota a aussi bien géré la pression de l’événement, c’est aussi grâce à son expérience passée aux Jeux Olympiques de la Jeunesse. “Sur ce coup, je félicite le CIO (Comité International Olympique). Grâce aux JOJ, on a déjà beaucoup de repères. On connaît les protocoles. Si le village olympique de Paris avait été ma première expérience olympique, je n’aurais pas su gérer mes émotions. Là, pendant les battles, j’étais comme un poisson dans l’eau”. Éliminée lors des qualifications, Carlota Dudek a trouvé sa victoire personnelle ailleurs. “En tant qu’artiste, on ne me considérait pas. Les Jeux Olympiques ont participé à faire briller notre discipline, avec de moins en moins d’à priori”.
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« Je ne peux pas terminer ma carrière sans donner en retour. C’est évident pour moi de devoir transmettre. »
Deux ans plus tard, Carlota Dudek va renouer avec le milieu olympique. A 23 ans, elle va participer aux Jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar (du 31 octobre au 13 novembre) dans un nouveau rôle. Pour la première fois, elle va accompagner une athlète, Lolita Dauphin, en tant qu’entraîneur. C’est en 2025 qu’elle a commencé à se former. “Je voulais revivre à tout prix cette expérience des JOJ, c’est une opportunité énorme d’y aller en tant que coach”. Si la danse est omniprésente dans sa vie depuis près de deux décennies, Carlota Dudek ajoute une corde à son arc qui va continuer à la faire grandir. “J’apprends toujours à me connaître. Cette expérience va me faire gagner autant en tant que danseuse qu’en tant que coach”, dit-elle, avec la maturité qu’on lui connaît.
Apprendre et transmettre, tel est l’objectif de cette nouvelle mission que lui accorde la Fédération française de danse. Carlota tient à ce que chaque athlète ait son propre style et sa propre liberté. Mais elle veut être un soutien, autant que l’ont été ceux qu’elle a croisés tout au long de son parcours sur le parquet. “Beaucoup de personnes se sont arrêtées sur mon chemin pour me donner des conseils. Je ne peux pas terminer ma carrière sans donner en retour, raconte-t-elle. C’est évident pour moi de transmettre et accompagner”. A l’approche de ce grand rendez-vous olympique, qui sera une première pour Lolita, Carlota tentera de donner les meilleurs conseils à son poulain, sans interférer dans sa propre créativité. “Je veux surtout qu’elle regarde ce qu’il se passe à l’intérieur d’elle-même, qu’elle se sente forte, belle et puissante avec l’envie de se dépasser, continue l’athlète, dans sa nouvelle posture. Mon rôle, c’est d’être là pour lui enlever tout poids qui l’empêcherait de danser et atteindre ses objectifs”.
Les JOJ à Dakar, une première pour le continent africain
L’expérience s’annonce aussi enrichissante que passionnante. Au Sénégal, la jeune femme va aussi découvrir un nouvel environnement. Pour la première fois de l’histoire, un événement olympique est organisé sur le sol africain. Plus de 2500 athlètes âgés au maximum de 17 ans (dont 69 athlètes français) sont attendus dans 25 disciplines différentes, dans trois villes du Sénégal : Dakar, Diamniadio et Saly. Une nouvelle qui réjouit la championne de breaking. “C’est génial ! Je suis super contente, car c’est un continent que je n’ai pas encore pu explorer au travers de ma discipline”.
Selon elle, voyager à travers la danse est une véritable source d’inspiration. “On nous donne l’opportunité de nous ouvrir et de partager avec une autre culture. Chacun va s’enrichir au travers de cet événement”. Et Carlota Dudek de conclure. “Ma carrière a toujours été guidée par la passion de la danse. Je veux garder ce côté athlète, entraîneur, mais surtout artiste !”.