Oklahoma City, première étape vers Los Angeles 2028 pour le canoë-kayak
L'équipe de France de canoë-kayak slalom s'est envolée pour Oklahoma City, où se disputeront les championnats du monde du 20 au 25 juillet. Sur ce bassin artificiel appelé à accueillir les épreuves olympiques de Los Angeles 2028, les champions du monde Nicolas Gestin, Titouan Castryck et Angèle Hug auront tous un titre à défendre. Réunis à Vaires-sur-Marne pour leur dernier stage de préparation, ils se sont confiés sur leurs ambitions, la découverte du futur bassin olympique et l'échéance de Los Angeles 2028.
À quelques jours de l’ouverture du mondial, l'état d'esprit est globalement serein. Angèle Hug se sent prête « à tout donner », portée par la cohésion d'un groupe qu'elle juge solide cette année. Du côté de Nicolas Gestin, la priorité est de recharger les batteries avant le grand rendez-vous : « Je suis plutôt satisfait de mon premier bloc de Coupe du monde, où je reviens avec une victoire et une cinquième place. Je sens que les choses sont en train de s'assembler assez naturellement pour les championnats du monde. »
Un bassin rapide, technique, qui ne pardonne rien
Reste à apprivoiser un site que les Français ne connaissent encore que partiellement. Angèle Hug le décrit comme un paradoxe : artificiel sur le papier, mais avec « beaucoup de vitesse d'eau et des mouvements très aléatoires », presque une rivière naturelle. Titouan Castryck, qui y a passé trois semaines l'hiver dernier, confirme la difficulté : « C'est un bassin hyper technique, qui laisse très peu de place à l'erreur. Ça va être compliqué sur les courses, mais c'est aussi assez excitant. »
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Nicolas Gestin, lui, y voit surtout un changement de registre par rapport à Vaires-sur-Marne : « Il est un peu plus étroit, l'eau y va plus vite, avec plus de pente. On bascule dans un registre plus technique, qui demande davantage de capacité de réaction et d'anticipation… Ça peut me correspondre, du moins, je l'espère. » Une analyse que partage Angèle Hug, pour qui le principal défi sera de gérer la vitesse : contrairement à Vaires, où l'eau est lente et laisse le temps de voir arriver les portes, à Oklahoma « il faudra surtout éviter de ralentir le bateau et vraiment bien gérer les portions de vitesse ».
S'inventer une ambiance olympique loin de Los Angeles
Au-delà du sportif, Oklahoma City pose une question plus large : comment vivre des Jeux Olympiques dont l'épreuve se joue à plus de 2 000 kilomètres du site principal ? Angèle Hug ne s'y trompe pas : « On sera vraiment dans les terres de l'Amérique. Il n'y aura pas autant d'engouement qu'à Los Angeles, et forcément pas autant que ce qu'on a connu à Paris, où on était à domicile. Il faudra se créer des repères entre nous, au sein de l'équipe. » Titouan Castryck, plus taquin, résume l'enjeu à sa manière : « Trouver des trucs à faire à Oklahoma City (sourire). Quand on préparera, je l'espère, les Jeux, il faudra essayer de trouver des choses pour sortir de la bulle du bassin et de la ville, on peut être sur un rythme un peu ennuyant parfois en dehors de l’eau. »
Nicolas Gestin ne s’est pas encore trop projeté dans les Jeux, car la course à la sélection a débuté : « Le fait d'être à plus de 3 000 kilomètres de Los Angeles représente un enjeu pour l'équipe de France : réussir à ressentir cette dynamique olympique. Ça vaudra peut-être le coup d'échanger avec l'équipe de voile, qui était à Marseille, ou avec les surfeurs qui étaient à l'autre bout du monde pendant Paris, pour comprendre comment ils ont vécu ça. »
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S’approprier un site inconnu
Au-delà du contexte olympique, se pose une question plus générale, valable pour n'importe quelle compétition à l'étranger : comment prendre ses marques rapidement quand on découvre un bassin ? Chacun des trois athlètes a sa méthode, et elles se révèlent complémentaires.
Pour Angèle Hug, cela passe par deux choses : le travail technique quotidien à l'entraînement, mais aussi la découverte de ce qu'il y a autour du bassin. Elle repense avec amusement à leur stage de repérage de mars, où l'équipe s'est essayée au line dancing, « une de leurs traditions » : Découvrir leur culture fait aussi partie de ce qui donne envie d'être là-bas et permet de s'investir dans le séjour. « Contrairement à un grand site comme Los Angeles, où l'enthousiasme est plus naturel, il faudra ici aller le créer. »
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Titouan Castryck, de son côté, mise sur une routine simple mais non négociable : « J'essaie surtout de bien dormir. C'est le principal. Bien dormir, bien manger, bien s'hydrater. » Même loin de chez lui, il cherche à conserver ses habitudes de la maison, « pour construire une routine positive et bénéfique sur place ».
Nicolas Gestin, lui, place le temps de navigation au cœur de sa méthode : « Les repères passent avant tout par le temps de navigation. On a fait un stage en mars où c'était vraiment le cas. Cette fois, l'objectif sera surtout de prendre des repères en compétition, de se mettre dans les bonnes conditions pour aller chercher un titre mondial. » Il complète cette approche par l'analyse vidéo et l'observation de la concurrence étrangère : « La préparation passe aussi par beaucoup d'analyses vidéo et d'observation de la concurrence étrangère. C'est une autre manière de construire ses repères, parce qu'on ne peut pas naviguer vingt heures par semaine tout en arrivant en forme aux championnats du monde. Il faut optimiser et essayer de faire des temps de qualité sur l'eau. Pour moi, ça passe beaucoup par l'observation et par la navigation. »
Une équipe jeune, soudée, et une émulation forte
Cette solidarité de groupe, justement, ressort comme le fil rouge de toute la préparation. À Vaires-sur-Marne, bassin français le plus proche de celui d'Oklahoma, les trois athlètes décrivent un collectif jeune et « fougueux », où la concurrence interne - plusieurs Français visent la même place olympique dans certaines catégories - se règle par le dialogue plutôt que par la rivalité.
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Nicolas Gestin insiste particulièrement sur la diversité des profils qui nourrit ce collectif : « J'ai l'impression que toutes les catégories sont très fortes. C'est vraiment chouette parce qu'il y a de gros potentiels partout. Aucune catégorie ne peut se sentir délaissée ou penser qu'une médaille mondiale est inaccessible. » Dans sa propre catégorie, il partage la sélection avec Jules Bernardet et Yohann Sénéchault : trois styles de navigation totalement différents, mais dont chacun tire profit. Il cite notamment l'influence de Titouan Castryck, qui a « amené une petite révolution » et cassé certains de ses codes techniques, ainsi que celle des filles de l'équipe, dont la technique de switch, un changement de côté de pagaie en course, vient bousculer les habitudes en canoë. « Il y a plein de profils, plein de potentiels, et à nous de bien les exploiter, résume-t-il. Je crois que ça se fait plutôt bien. »
« Tout passe par la communication, résume Angèle Hug. On se dit souvent les choses : "Là, je vais t'attaquer, mais ce ne sera pas personnel." »
Nicolas Gestin évoque à ce sujet Yoann Sénéchault, aujourd'hui numéro deux mondial dans sa catégorie et ancien partenaire d'entraînement pour Paris 2024 : « Ce que j'essaie de me promettre à moi-même, c'est que si un jour ce n'est pas moi qui suis sélectionné mais lui, j'aimerais être capable de l'accompagner jusqu'au bout et de l'aider à aller chercher une médaille d'or pour la France. »
Une légère frustration point malgré tout après un début de saison jugé en retrait par rapport à l'an dernier. « On n'a pas fait le plus beau début de saison », admet Titouan Castryck, tandis qu’Angèle Hug parle d'une équipe « un peu frustrée » mais bien décidée à monter sur les podiums à Oklahoma.
Los Angeles, un horizon encore flou
Difficile, à ce stade, de se projeter pleinement sur les Jeux de 2028. Angèle Hug avoue avoir « encore un peu de mal à imaginer » cette édition délocalisée, mais fait confiance aux organisateurs américains pour voir les choses en grand. Titouan Castryck, fidèle à son ton léger, imagine plutôt « Snoop Dogg sur la plage qui fait un petit concert » et, parce que pour tout bon Français qui se respecte rien n'égalera jamais Paris, il concède d'avance que ce ne sera « sans doute pas aussi bien », avant de se reprendre : ce seront quand même « de très beaux Jeux ».
Nicolas Gestin conclut sur une note plus ambivalente, presque nostalgique : « J’aimerais qu'on revienne vers des rivières plus naturelles, alors que là, c'est plutôt l'opposé. Je le vois comme un défi personnel : réussir à rééditer un exploit. »