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Victor Crouin (Squash) : « Los Angeles 2028, c’est un rêve de gamin »

CNOSF/KMSP

Après des décennies passées hors du programme olympique, le squash fera son entrée aux Jeux de Los Angeles 2028. Pour Victor Crouin, N°1 français, qui figure dans le top 5 mondial en février 2026, cette annonce marque un tournant majeur. Jusqu'ici, sa carrière s'est construite exclusivement autour du circuit professionnel ; désormais, une perspective olympique redéfinit ses objectifs. Il revient sur ce que représente cette nouvelle, son impact sur sa trajectoire et la préparation qu'il mène à deux ans d'une échéance historique.

 

L'annonce, reçue avec incrédulité

« Quand je l'ai appris, c'était en octobre 2023, on l'avait su par des rumeurs d'abord avant que ça soit officiel, et j'y croyais pas du tout », se souvient Victor Crouin. « Depuis qu'on n'était pas rentré en tant que sport additionnel à Paris 2024, on avait mis un peu une croix sur le rêve olympique et on s'était refocalisés sur notre circuit professionnel, qui nous permettait quand même de vivre de notre sport. »

Il salue un travail mené loin des regards : « Le travail de lobbying qui a été effectué pour Los Angeles 2028, ça a été fait vraiment en dehors des caméras, donc on n'a pas été mis au courant. Quand les rumeurs sont sorties, c'était de l'incompréhension, j'étais un peu abasourdi, je me disais "c'est pas possible". Et quand ça a été officiel, ça a pris quand même un petit temps avant de réaliser que oui, ça y est, on allait entrer au programme des Jeux Olympiques, et on allait avoir une chance de se qualifier pour y participer. »

 

Une carrière repensée sur quatre ans

« Ça a changé énormément de choses dans la façon dont je conçois ma carrière », poursuit-il. « Avec le circuit professionnel, on passe d'une année à une autre, souvent avec les mêmes tournois, donc on a une vision un peu plus à court terme. Avec les Jeux de Los Angeles 2028, ça me donnait quatre ans pour vraiment me préparer comme un athlète olympique, à long terme, avec des échéances à moyen terme, et me constituer un staff un peu plus conséquent pour arriver à mes fins. »

L'échéance prend une dimension particulière, faute de certitude pour la suite : « On n'a pas encore la certitude d'être présents à Brisbane en 2032, donc ça peut être un "one shot". Pour une fois, j'aimerais mettre tous mes œufs dans le même panier et aller vraiment chercher cette médaille qui sera historique, parce que ce sont nos premiers Jeux, mais aussi peut-être nos derniers. Évidemment, on ne l'espère pas. »

CNOSF / KMSP

 

« Un rêve de gamin »

Sur ce que représenterait une participation aux Jeux : « C'est carrément un rêve de gamin de pouvoir y participer. Je suis joueur de squash professionnel, mais je suis avant tout fan de sport dans sa globalité, et les Jeux Olympiques, c'est l'événement planétaire qui rassemble tous les plus grands sportifs de haut niveau. Pour moi, c'est un peu le Graal, et c'était un rêve non réalisable jusqu'à présent. »

Il évoque aussi une dimension collective : « De pouvoir représenter la France, faire partie de cette famille olympique, côtoyer tous les autres athlètes français qui se préparent pour le même objectif pendant quatre ans et qui vivent les mêmes choses, même si on pratique des disciplines différentes. On apprend et on grandit beaucoup aux côtés des autres athlètes, des autres Olympiens passés et futurs. Ça représente vraiment la consécration d'une carrière. »

 

L'accréditation, première image qui vient en tête

Quand on lui demande de se projeter à Los Angeles, Victor Crouin voit d'abord une scène précise : « Si je me sélectionne, je dirais le moment où je vais recevoir mon accréditation pour rentrer dans le village olympique. Je pense que ça va être un moment assez fort. Je m'en souviens à chaque fois, de ce moment de la distribution de l'accréditation aux Jeux Mondiaux, où il y a pas mal d'athlètes qui attendent leur tour, donc on rencontre d'autres Français. Là, je sais que ça sera les Jeux Mondiaux fois dix en termes d'organisation et de logistique. »

Une deuxième image le touche particulièrement : « On sait qu'on va avoir un court vitré d'entraînement au sein du village olympique, là où on passera beaucoup de notre temps entre les matchs de compétition. Voir ce court vitré dans le village olympique, ça va être aussi un grand moment de fierté. »

 

Deux chemins vers la qualification

« La première chose qu'on a voulu savoir, c'est comment se qualifier. On l'a su en janvier », explique-t-il. « On peut se qualifier de deux manières différentes. La première, c'est en allant remporter les Jeux Européens, qui vont se dérouler en juin 2027 : ça va être le premier gros objectif intermédiaire. Et si j'échoue, la deuxième opportunité, si aucun autre Français n'a remporté les Jeux Européens, ce sera de se qualifier parmi les meilleurs joueurs mondiaux. »

Le système reste complexe : « Il y a plein de petites règles et de critères différents. Au-delà des Jeux Européens, ce sera avec le classement mondial au 8 mai 2028. »

Sur l'objectif chiffré : « L'objectif numéro un, c'est d'aller chercher la médaille d'or aux Jeux Européens pour une qualification directe un an en avance, ou alors garder un classement dans le top 8 mondial, même si je vise le top 5. Pour aller chercher une médaille d'or, je me fixe comme objectif d'être dans les quatre premières têtes de série une fois arrivé aux Jeux. »

CNOSF / KMSP

 

Un calendrier à réinventer

« Ça change évidemment la planification, parce qu'on a un circuit professionnel qui s'étale de septembre à juin, et les Jeux Européens ont lieu fin juin, donc en fin de saison. Il faut trouver un moment mi-saison pour souffler et vraiment monter en puissance pour ces Jeux Européens », détaille-t-il. « J'ai voulu redescendre un peu le nombre de tournois, parce qu'on a un circuit très intense, un peu similaire au tennis, pour me donner des plages d'entraînement plus significatives et réussir à progresser assez vite. »

Un staff élargi autour du projet :

Sur l'entourage mis en place, Victor Crouin commence par la figure la plus ancienne, celle de son père : « Il y a mon papa coach, qui était présent aux Jeux Mondiaux, qui est toujours là et qui m'accompagne depuis toujours sur toutes les compétitions. »

À ses côtés, l'encadrement fédéral s'est lui aussi resserré autour du projet olympique : « J'ai aussi l'entraîneur national Mathieu Castanier, qui est à 80% de ses missions sur mon projet olympique. » Enfin, le staff s'est étoffé sur le plan physique et mental : « J'ai un préparateur physique au sein du CREPS d'Aix-en-Provence qui m'aide au quotidien, et une préparatrice mentale, qui a elle-même fait les Jeux Olympiques d'Athènes 2004 en voile, et qui m'aide à me projeter vers les Jeux et à me poser les bonnes questions pour pouvoir y arriver sainement et bien vivre le moment. »

Un entourage au complet qui lui donne une sérénité nouvelle face à l'ampleur du projet : « Avoir un staff autour de moi, ça me donne énormément de confiance et ça m'a vraiment boosté pour aller chercher cet objectif de médaille d'or. »

 

Une équipe de France de squash challengée

Enfin, sur la dynamique au sein de l'équipe de France depuis l'annonce : « Il y a eu un certain engouement et surtout une curiosité sur notre sport. Mais nous, en tant que joueurs de squash français, on est un peu plus mis en compétition les uns contre les autres, parce qu'avec les classements des uns et des autres, on a un quota d'un seul athlète, donc on est en compétition pour aller chercher cette place. »

Un regret assumé : « Une épreuve par équipe au programme aurait pu aider les fédérations et les athlètes à penser un peu plus en termes de collectif plutôt que d'individualité. »

 

En route pour Los Angeles 2028

Pour Victor Crouin, Los Angeles 2028 est devenu bien plus qu'une ligne à cocher dans un calendrier sportif. C'est un rêve d'enfant qui redevient concret, une carrière qui trouve soudain un horizon à quatre ans, et une raison de tout donner, tournoi après tournoi, jusqu'à cette accréditation qu'il s'imagine déjà recevoir. Entre les Jeux européens de 2027 et le classement mondial du 8 mai 2028, la route est encore longue. Mais elle a, pour la première fois, un point d'arrivée olympique. Et ça change tout.


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