Maxime Montaggioni et Laurent Vaglica, portraits croisés

Maxime Montagionni, para snowboard

CPSF / L. Percival

Laurent Vaglica

Maxime Montaggioni est en Equipe de France depuis 2014, et a déjà participé aux Jeux Paralympiques de Pyeongchang, où il n’atteint pas ses objectifs à cause d’une blessure. Laurent Vaglica est lui tout nouveau dans l’équipe. Dans le groupe « Relève » depuis deux ans, il s’est révélé à l’occasion des Championnats du monde de Lillehammer, en janvier dernier. Ils ont tous deux parricipé à Pékin aux épreuves de para snowboard, ils avaient répondu à nos questions sur leurs ambitions et leur parcours.

 

Vous êtes tous deux de grands sportifs qui n’ont pas commencé par le snowboard. Comment en êtes-vous arrivés à pratiquer le para snowboard en compétition ?
Maxime Montaggioni : J’ai fait du taekwondo pendant très longtemps, pour moi c’était plus qu’un sport, c’était toute ma vie. Quand ça s’est arrêté, je n’étais pas spécialement prédestiné à faire du snowboard, c’est un peu la vie qui m’a amené sur cette voie-là. Mais c’est vrai qu’entre les deux sports il y a pas mal de parallèles qui peuvent être dressés, notamment le fait que ce soit deux sports asymétriques, qui se pratiquent de côté, c’est le point commun le plus évident. Après il y a quand même une notion d’engagement, quand tu vas combattre il y a une vraie montée d’adrénaline, et je retrouve ça quand je fais du snowboardcross par exemple, dans cette opposition avec les adversaires.  Le taekwondo ça m’a donné une certaine souplesse qui aujourd’hui me permet d’avoir une facilité sur certains mouvements en snowboard, à l’inverse de mes adversaires qui ne sont pas forcément aussi souples. Finalement il y a une super complémentarité entre les deux. En 2014 j’ai rencontré William Renan qui était entraîneur de l’Equipe de France de para snowboard, et il était aussi commercial pour une marque de snowboard, celle que j’utilise. Il a vu que je n’avais qu’un bras, et il me dit qu’il est en train de monter une équipe handisport, et me demande si ça m’intéresserait. Ça a vraiment commencé par hasard ! 

Laurent Vaglica : J’ai toujours fait du sport, à la base j’étais gymnaste dès mes six ans, j’en ai fait énormément jusqu’à accéder à un “petit haut niveau”. En 2015 j’ai eu un accident de moto où j’ai perdu mon pied gauche. Quelques années de complications médicales plus tard, mon prothésiste m’a inscrit à une journée de détection pour trouver des sportifs en reconversion pour Paris 2024. J’ai parlé à la Fédération Handisport, et avec Christian Fémy, je lui ai dit que le snowboard me manquait depuis l’accident et que je n’en avais pas refait parce que c’était vraiment compliqué avec la prothèse, mais que ça me brancherait d’essayer d’en faire en compétition. Ensuite il m’a mis en contact avec Yannis Dole, l’entraîneur de l’Equipe de France, et j’ai commencé comme ça à m’entraîner, jusqu’à intégrer le groupe Equipe de France. 

 

Jamais de ma vie je n’aurais imaginé participer aux Jeux si tôt. (LV)

 

Dans quel état d’esprit vous abordez les Jeux de Pékin ?
LV
: J’ai su au tout dernier moment que j’allais être pris, c’était dur. Pendant les Championnats du monde de janvier, c’était la première fois que je faisais d’aussi bons résultats, on m’a un peu découvert et moi-même je n’en revenais pas. C’est pour ça que la fédé a décidé de proposer mon dossier à l’IPC pour essayer d’avoir une place aux Jeux. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, puisque pour moi le projet principal c’était plutôt Milan-Cortina, en 2026. Finalement je n’arrive même pas à me rendre compte que je vais aux Jeux, c’est fou. C’est la première fois de ma vie que je participe à un événement d’une telle ampleur, jamais de ma vie je n’aurais imaginé participer aux Jeux si tôt. 

MM : J’ai forcément Pyeongchang en mémoire ! C’étaient mes premiers Jeux, et ça a vraiment été très compliqué à mon retour en France. Parce que tu te retrouves livré à toi-même. J’ai fait une petite dépression pendant quelques mois, jusqu’à mon arrivée en centre de rééducation. J’ai compris que ce n’était pas la fin du monde, tu te dis que c’est possible de revenir et à partir de là tu te raccroches à tes objectifs, tu vois que tu progresses…  Avec le recul j’arrive à dire que j’ai fait une dépression, sur le moment je ne m’en rendais pas compte, ou je ne voulais pas le voir. Mais je pense que ça m’a beaucoup servi, si je pars aux Jeux cette année c’est peut-être quelque part grâce à ça. Comme je me suis “raté” il y a quatre ans, aujourd’hui j’ai vraiment une détermination, à sans cesse vouloir performer.  Peut-être qu’en 2018 ce n’était pas mon heure, mais que ça a été un mal pour un bien. Depuis j’ai su être patient, revenir à mon meilleur niveau et évoluer aussi dans ma technique et dans mon approche, je suis plus serein et mature dans ma manière de rider… c’est peut-être ce qui me permettra d’aller chercher une médaille finalement. 

 

Vous avez performé aux Championnats du monde à Lillehammer en janvier, c’est de bon augure ?
MM 
: Oui ça c’est le discours facile, on veut me voir dire parce que j’ai gagné les championnats du monde que je suis favori, donc censé performer. Je ne le vois pas comme ça, ce sont surtout des courses d’un jour, on connaît la dimension extraordinaire qu’il y a autour des Jeux, on sait que quel que soit le concurrent il sera déterminé et aura la même gnaque que nous, et il aura fait sûrement autant d’investissements en amont et d’efforts et de préparation que nous. Ça va être à celui qui arrivera à se mobiliser à 100% ce jour-là.  C’est vrai que sur les grands événements j’ai plutôt de la chance, en tout cas j’arrive à gérer ces grands rendez-vous. Après je fais du snowboardcross. Ce serait bien de pouvoir contrôler la course de A à Z, mais avec les faits de course, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer. Il y a tellement de paramètres qu’on ne maîtrise pas que c’est compliqué de se dire que la médaille est assurée. J’ai de la confiance ça c’est sûr, mais cette confiance ne doit pas remplacer le travail ou l’investissement que je mets.

LV : J’ai progressé si rapidement que ça a réellement été une surprise. Concrètement je ne l’ai pas vu arriver (rires). Ça fait deux ans que je suis dans le groupe « Relève », l’année précédente j’étais juste invité sur quelques stages avec le collectif France, mon intégration au groupe est très récente. Ces résultats sont venus un peu par surprise, c’est une claque dans la figure. Ces Championnats du monde m’ont permis de me rendre compte que tout peut se passer ! Là j’ai juste envie d’y aller, d’en découdre de donner le meilleur et d’exploser tout le monde.

 

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CPSF/G. Picout - Laurent Vaglica, Pékin 2022

 

En Equipe de France le groupe « Relève », moins expérimenté, a souvent été mixé avec le groupe « Elite », qu’est-ce que cela vous apporte ?
LV
 : Je suis persuadé que si les deux groupes n’avaient pas été joints, je ne serais pas là aujourd’hui. C’est ce qui fait que j’arrive à progresser si vite. Je n’avais jamais fait de compétition ni pris de cours de technique spécifique au snowboard en compétition, donc si en trois ans j’ai progressé comme ça, c’est parce que j’ai eu la chance de manger énormément de jours d’entraînement, qui plus est avec le groupe élite, ça stimule vraiment. On a les mêmes entraînements, forcément on progresse beaucoup plus vite à leur contact, en plus ces dernières années on a eu des conditions d’entraînement vraiment exceptionnelles, même pendant le covid on a pu s’entraîner en ayant vraiment des pistes pour nous, ça aide.

MM : On est quatre, et c’est le plus gros groupe français qui est jamais parti aux Jeux Paralympiques en snowboard. Dans les quatre il y en a deux qui faisaient plutôt partie du groupe relève. Comme ils ont montré de belles choses, ils viennent à Pékin pour pouvoir acquérir de l’expérience et se préparer au mieux pour Cortina. C’est une bonne ambiance, ça tire toujours vers le haut. De par mon statut j’ai toujours envie d’être devant, ça me stimule d’essayer de garder cette longueur d’avance. L’objectif c’est aussi de porter le groupe, si c’est moi que le coach prend en référence, meilleur je suis et meilleurs ils seront derrière.

 

Laurent Vaglica, il y a une grosse dimension médicale et technique qui lie ton handicap à ta pratique sportive, comment tu gères ça ?
LV : Il y a un gros travail avec le prothésiste. Ce sont des rendez-vous toutes les semaines, dès que je rentre d’un stage je lui ramène la prothèse pour qu’elle parte en révision et je lui explique où j’ai eu mal, dans quel mouvement je suis freiné, qu’est-ce que j’aimerais améliorer… La prothèse doit être solide, et en même temps légère et pas trop encombrante. C’est un travail quotidien. Sans parler des fois où le prothésiste vient directement sur la piste, et qu’il enlève les gants par -10° pour faire des réglages en pleine tempête à chaque descente. C’est clairement un travail d’équipe, ce n’est pas uniquement l’athlète et le coach, il y a aussi les techniciens pour la partie snowboard, et le technicien pour ma prothèse qui est mon prothésiste. Si on arrive à progresser mais qu’à côté la prothèse ne s’améliore pas, on n’aura pas les résultats qu’on veut. C’est un énorme travail. C’est extrêmement précis et minutieux, parce qu’en un tour de vis je peux avoir une douleur qui disparaît, et directement la performance s’améliore. Si l’emboîture est trop serrée j’ai des douleurs, mais en même temps si elle ne l’est pas assez, ça va bouger à l’intérieur et me provoquer des bleus et des ampoules qui vont mettre beaucoup plus de temps à guérir parce que je suis tout le temps en appui dessus, donc c’est vraiment un gros travail. 

 

J’ai aussi une activité pour travailler le mental et la concentration, c’est la pétanque. Souvent les gens rigolent quand je leur dis ça mais c’est hyper exigeant mentalement ! (MM)

 

Maxime Montaggioni, comment tu gères l’aspect préparation mentale et concentration ?
MM : J’ai un préparateur mental qui s’appelle Valéry Bailleul. Je le vois depuis juste avant Pyeongchang. A la base c’était de la curiosité de ma part, puisque j’avais entendu dire qu’il y avait des sportifs de très haut niveau qui faisaient appel à un préparateur mental, je me demandais à quoi ça pouvait servir au début. Et de fil en aiguille c’est devenu hyper important pour moi et dans ce que je suis. Quand je me suis blessé à Pyeongchang, pour revenir à mon meilleur niveau j’ai eu besoin de travailler le mental, déjà quand tu te fais un genou tu as des petites appréhensions ensuite, et ça m’a permis de ne pas lâcher. Dans beaucoup de moments de doute, pas forcément des moments sportifs, mon coach mental sait trouver les bons mots, et m’orienter comme je veux pour soit garder le cap quand j’ai un petit coup de mou, soit trouver des solutions quand il y a un souci, c’est devenu hyper important. J’ai aussi une activité pour travailler le mental et la concentration, c’est la pétanque. Souvent les gens rigolent quand je leur dis ça mais c’est hyper exigeant mentalement, y’a beaucoup de répétition et quand tu y joues pendant trois heures t’en as ras le cul de jeter des boules mais je vois vraiment ça comme un effort mental. S’obliger à bien jouer sur une longue période, rester focus, concentré, ça me permet de pratiquer ce que je vois avec mon préparateur mental. Et ça me plaît d’être à l’extérieur pour m’entraîner. 

 

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