Romane Miradoli, la stabilité retrouvée grâce à l’écoute de ses sensations
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Installée depuis plusieurs saisons dans le groupe des meilleures spécialistes mondiales de la vitesse, Romane Miradoli s’est construit un palmarès solide en Coupe du monde. La Française compte à ce jour 14 Top 5, dont 5 podiums individuels, obtenus en super-G. Son premier succès sur le circuit mondial, décroché en mars 2022 à Lenzerheide (Suisse), a marqué un tournant dans sa carrière, confirmant son potentiel au plus haut niveau et renforçant sa légitimité parmi l’élite internationale.
Il y a chez Romane Miradoli quelque chose qui ne se mesure pas simplement au chronomètre. Une forme de calme intérieur, presque inattendue chez une spécialiste de la vitesse, où tout se joue en quelques fractions de seconde et où la moindre hésitation peut se payer cher. Longtemps, la Française a avancé en dents de scie, capable de fulgurances comme de traversées du désert. Aujourd’hui, à l’approche des Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026, elle se prépare avec une sérénité nouvelle, profondément alignée avec elle-même.
La vitesse, elle la connaît intimement. Elle sait qu’en descente et en super-G, tout ne se contrôle pas. « À ces vitesses-là, un peu de vent, pas de vent, ça peut vite faire de grosses différences », assure la skieuse. Plutôt que de lutter contre cette part d’incertitude, Romane Miradoli choisit de s’ancrer dans ce qu’elle maîtrise. Elle se concentre sur l’essentiel, accepte les aléas, assume le risque. Car en vitesse, l’erreur coûte cher. « Quand on vient couper la vitesse, derrière, ça a des grosses répercussions sur le reste de la course », confie-t-elle.
Cette lucidité ne vient pas de nulle part. Elle s’est forgée au fil d’un parcours heurté, marqué par les blessures, les retours, les doutes. « J’ai vite compris que le monde des bisounours n’existait pas », confie-t-elle. Depuis, elle vit avec une conviction simple : profiter de chaque instant. Non comme une manière de voir les choses, mais comme un besoin.
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S’éloigner du résultat, se recentrer sur ses sensations
Longtemps, pourtant, Romane Miradoli voulait courir après le résultat. Peut-être trop. Elle le reconnaît sans détour. « J’ai longtemps été focalisée sur le résultat et ça m’a souvent joué des tours », assume la Française. Progressivement, le regard change. La performance ne se résume plus à une place sur un classement. Elle se niche dans la qualité du ski, dans l’engagement, dans la capacité à donner le maximum de ce que le jour permet.
Cette quête de justesse passe aussi par une domination plus fine des pistes. Attaquer, oui, mais avec intelligence. « La meilleure défense, c’est l’attaque », répète-t-elle, tout en précisant ce que cela signifie vraiment : comprendre la piste, la lire, faire corps avec elle. Accepter aussi qu’elle ne se laisse pas toujours dompter. « Ce n’est pas toujours évident de la dominer », assure-t-elle.
Le déclic sportif majeur arrive en mars 2022, à Lenzerheide (Suisse), lorsqu’elle s’impose pour la première fois en Coupe du monde. Ce jour-là, Romane Miradoli quelque chose bascule dans son rapport à elle-même. Une victoire qui dépasse le cadre du palmarès. « J’ai changé de regard sur moi-même. Je me suis dit : toi aussi, tu en es capable », se souvient-elle. Plus qu’une victoire, c’est une prise de conscience. Un levier enfin débloqué. La suite n’est pas linéaire, mais quelque chose s’est ancré durablement.
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Dans le portillon de départ, Romane Miradoli ne s’encombre pas de superstitions. Pas de porte-bonheur, pas de rituel excessif. Elle préfère la simplicité. « Dans le portillon, je me répète deux, trois choses techniques, rien de plus », explique la Tricolore. Le reste est connu, intégré. Le tracé est dans la tête, le corps est prêt. Il ne reste qu’à skier. « La seule chose importante à faire, c’est de se concentrer sur soi », rappelle la Tricolore. Les autres ne font pas partie de l’équation.
Préférer le qualitatif au quantitatif
Cette capacité à se recentrer, elle la cultive aussi loin des stades. Touche-à-tout assumée, Romane Miradoli construit son équilibre dans un quotidien riche, ancré dans la montagne. Ski de randonnée, poudreuse, ski de fond, parapente. Autant de manières de se reconnecter à l’essentiel. « Cette sérénité en montagne, c’est un besoin, c’est vital ». Ces activités nourrissent sa liberté, sa curiosité, et participent à cette paix intérieure qu’elle revendique aujourd’hui comme une force.
À l’approche des Jeux, elle apprend pourtant à faire moins. Moins s’éparpiller, moins courir après chaque opportunité. « Je ne veux rien laisser au hasard », explique-t-elle, tout en acceptant de ralentir en dehors de l’essentiel. L’objectif est clair, majeur. Le reste attendra. Le temps devient un allié.
Et lorsqu’on évoque Milan-Cortina 2026, Romane Miradoli ne se cache plus derrière la prudence. Le Top 10 ne l’intéresse pas. « Les Jeux, c’est la médaille qui compte », confie la Française, pleine d’assurance. À 31 ans, forte de son expérience, de ses blessures surmontées et de ses victoires, elle s’avance avec une ambition assumée. Elle sait ce qu’elle vaut. Elle sait surtout ce qu’elle ne veut plus laisser s’installer : le doute. « Le moindre doute, c’est de l’avance que les autres prennent », décrypte la skieuse française.
Cortina d’Ampezzo, enfin, résonne comme une évidence. Une piste qu’elle aime, exigeante, complète, nichée au cœur des Dolomites. « C’est une piste magnifique et il faut avoir du cœur sur celle-ci », analyse la Française. En Italie, presque comme à la maison, Romane Miradoli s’apprête à vivre des Jeux qu’elle veut pleinement habiter.