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Benjamin Cavet, l’art du rebond

©CNOSF/KMSP - JM Hervio

Benjamin Cavet a une relation singulière à la difficulté. Là où certains la redoutent, lui l’accueille. Le doute n’est jamais une impasse, mais un point d’appui. Une séance ratée, un entraînement laborieux, une sensation qui ne vient pas, très souvent, tout commence à cet instant. Champion du sursaut, il avance sans se perdre dans les projections, ni s’abandonner aux rêveries. À l’approche de ses quatrièmes Jeux Olympiques, à Milan-Cortina, il aborde l’échéance avec le même état d’esprit que les trois premières participations : chez lui, le défi libère.

Le ski de bosses ne laisse aucun répit. Vitesse, lecture du terrain, ajuster ses skis avec précision, figures aériennes, notation des juges. Tout s’enchaîne, tout s’empile, tout se décide en une vingtaine de secondes. Ce chaos millimétré, Benjamin Cavet l’a choisi très tôt. Ce qui l’a attiré, ce n’est pas seulement l’exigence, mais l’équilibre. « Ce qui m’a le plus attiré, c’était la combinaison entre le saut et le ski », confie celui qui a été vice-champion du monde en 2017 et en 2021. Le plaisir de voler, de dessiner des figures dans les airs, sans jamais perdre la dimension du ski pur. 

©CNOSF/GETTY IMAGES - D. Satloff

Dans ce sport, aucune descente ne ressemble à la précédente. Même la piste reconnue à l’entraînement ne se reproduit jamais à l’identique. Benjamin Cavet le sait, et il l’accepte. Il visualise, prépare, anticipe, mais sans chercher à figer les choses dans son esprit. « Il faut visualiser pour se préparer au mieux, mais après, il faut se laisser aussi s’adapter au run de compétition », confie notre skieur tricolore. L’improvisation n’est pas un défaut, elle fait partie du jeu. La piste bouge, les appuis changent, le skieur s’ajuste.

Dans toute cette incertitude, la clé reste la concentration. En haut de la piste, les pensées affluent, elles sont parfois positives, parfois négatives, mais le plus souvent elles sont surtout trop bruyantes. « Est-ce que je vais gagner ? Est-ce que je vais tomber ? Les pensées partent dans tous les sens et du coup, moi, je prends ça comme un jeu de me dire que je dois rester focalisé sur ce qui va me permettre de faire une belle descente », rapporte-t-il.

Apprendre à mieux se connaître pour performer

Benjamin Cavet se méfie d’ailleurs tout particulièrement des jours où tout va trop bien. Un entraînement parfait, une sensation de facilité, et déjà l’esprit s’emballe. « Je commence à me visualiser sur le podium et pour moi, ça, c’est mauvais », dévoile le sociétaire du ski club Vallée d'Abondance. Il parle d’un décalage de dopamine, d’une victoire mentale trop précoce, qui prive le corps de l’effort réel. Le lendemain, quand les bosses tapent, que les genoux brûlent, que la peur revient, le corps n’a plus envie de payer le prix. À l’inverse, un mauvais entraînement remet les pieds sur terre. Il oblige à travailler, à corriger, à être présent. Le doute devient alors un moteur.

Cette compréhension ne s’est pas imposée d’un coup. Elle s’est construite avec les années, les saisons, les échanges avec les préparateurs mentaux, l’expérience accumulée. « Du moment où tu te connais par cœur, ça t’aide beaucoup », assure Benjamin Cavet. Mais rien ne devient jamais simple. Trouver le bon équilibre, le bon état d’esprit, la préparation juste reste « un bon petit jeu » et il faut également savoir jongler entre les deux disciplines, les bosses et les bosses parallèles.

Le format du ski de bosses accentue encore cette tension. Aux Jeux, tout se joue en plusieurs manches, réparties sur une longue journée, nerveuse, hachée. Les runs sont ultra courts, « vingt-quatre secondes », parfois moins. Impossible de rattraper une erreur une fois lancé. Mais entre les manches, et même la veille de la compétition, il faut décrocher. Revenir au calme pour mieux repartir et c’est une chose que Benjamin Cavet a parfaitement intégré. « Pour être à fond à un moment, il faut être au calme à un autre », assure le Français. Un café, une discussion, une partie de cartes, ranger sa chambre. Des gestes banals, presque ennuyeux, mais essentiels pour préserver l’énergie. Le seul moment où il a besoin de se sentir fort, prêt à gagner, c’est « les dix dernières secondes dans la zone de départ ». Le reste du temps, il laisse venir les émotions.

Son palmarès parle pour lui. 3 victoires en Coupe du monde, 34 podiums mondiaux, 3 participations aux Jeux Olympiques et une quatrième qui arrive. Mais Benjamin Cavet refuse de puiser sa motivation dans le manque. « Je ne veux pas puiser ma motivation dans l’absence de médaille olympique, mais dans la plénitude de ma carrière », assure-t-il. Il parle de gratitude, de chance, de passion vécue depuis des années. Le reste, dit-il, est du bonus.

©CNOSF/KMSP - J. Crosnier

Une préparation adaptée pour Milan-Cortina 2026

Cette lucidité s’est renforcée après Pékin 2022. Quatrième, frustré par un jugement contesté, il tente d’abord de transformer l’injustice en revanche, mais cette approche ne fonctionne pas. Il comprend alors que ce moteur ne lui correspond pas et confirme d’ailleurs « qu’il n’est pas revanchard ». Ses meilleures performances naissent ailleurs, dans la plénitude et non dans la colère.

Créatif sans être dans la nouveauté permanente, Benjamin Cavet perfectionne plus qu’il n’invente. Les figures évoluent par détails, par astuces techniques, nourries par des heures de visualisation. Car le ski de bosses se pratique peu dans l’année, « peut-être quatre-vingt-dix jours ». Le reste se travaille autrement. Trampoline, water jump, stages croisés. L’été dernier, à Antibes, il s’est entraîné avec l’équipe de France de trampoline. « C’était exceptionnel », rapporte le skieur tricolore.

À l’approche de Milan-Cortina 2026, Benjamin Cavet sait ce qu’il souhaite avant tout. Après un début de saison perturbé par une blessure à la hanche, l’essentiel est clair, il veut être à 100% de ses capacités physiques pour pouvoir s’exprimer pleinement. Et il n’a aucun doute sur le fait que le reste suivra.


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