Youri Duplessis Kergomard, apprivoiser le feu intérieur sans l’éteindre
CNOSF/Getty Images - G. Valancic
Skieur explosif et voltigeur hors pair, Youri Duplessis Kergomard s’affirme comme une valeur sûre du ski cross français. Il franchit un cap majeur avec ses premières victoires en Coupe du monde à Reiteralm en 2024 et 2025. Présent sur les grands rendez-vous mondiaux, régulièrement aux portes du podium, il réalise une montée en puissance progressive à l’approche de ses premiers Jeux.
Le ski cross se vit à haute intensité, dans la vitesse, l’engagement et l’imprévu permanent. Un cadre parfaitement adapté à Youri Duplessis Kergomard, skieur intense, habité par une énergie constante, aussi bien sur les skis qu’en dehors. Dans cette discipline spectaculaire, où quatre concurrents s’affrontent, en même temps sur une piste, et où chaque trajectoire peut faire basculer la course en une fraction de seconde, il a trouvé un terrain d’expression à sa mesure.
Ce qui l’a attiré au départ, c’est l’engagement total nécessaire à la pratique de ce sport. « Les sauts, la vitesse, l’engagement », énumère-t-il. Très vite, il découvre une autre dimension, plus complexe encore : la confrontation directe. Partir à plusieurs, accepter l’affrontement, composer avec les choix des autres. « On peut prévoir un plan, mais si l’autre change quelque chose, on doit tout adapter », explique le Français. En ski cross, la stratégie n’est jamais figée, elle se réécrit à chaque virage.
À ce niveau, les différences ne se font plus vraiment sur la technique ou le physique. « On se vaut tous », analyse-t-il avec lucidité. Ce qui fait la bascule, c’est le mental. D’ailleurs, Youri Duplessis Kergomard préfère parler d’attention plutôt que de concentration. Là où la concentration enferme, l’attention permet d’ouvrir le champ, de rester pleinement conscient de ce qui se passe autour. C’est en décembre 2019 que cette nouvelle approche se matérialise : sur la manche de Coupe du monde de Val Thorens, Youri Duplessis Kergomard monte sur son premier podium international.
Cependant, le contrôle, dans son cas, ne signifie pas tout maîtriser. « Le contrôle est mental », explique-t-il, avant de préciser que, lorsque tout fonctionne, ce contrôle s’efface presque. « Quand on est dans le bon état d’esprit, on est directement dans l’instinct », détaille-t-il. À ce moment-là, les décisions ne sont plus réfléchies une par une. Le corps agit, réagit, s’adapte sans passer par l’analyse consciente et tout semble couler de source.
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L’intensité au service du dépassement
Cette intensité permanente n’a pourtant pas toujours été simple à gérer. Vivre les choses à 200%, c’est aussi amplifier chaque émotion. « La pression, les célébrations à l’arrivée, tout est décuplé », confie-t-il. Avec le temps, il a appris à observer son état intérieur et à mieux se connaître. « Il faut savoir s’analyser, savoir où on en est », explique-t-il. Si le niveau de tension est trop bas, l’intensité disparaît. S’il est trop élevé, elle devient envahissante. L’enjeu est d’ajuster ce curseur en permanence pour rester dans cet état où il se sent à la fois lucide, engagé et dans son élément.
Dans le portillon de départ, l’objectif est clair : « couper le mental ». « Tout le travail de la préparation, c’est justement d’arriver à mettre le mental de côté le jour de la course », explique le Français. À cet instant précis, il s’agit de laisser parler l’instinct. Il décrit alors un état très particulier, proche d’une quasi-transe, où les perceptions changent. « On a l’impression que tout se passe un peu au ralenti », confie-t-il, avant d’ajouter qu’« il n’y a plus de pensées internes, on est très présent dans le moment ». C’est dans cet état que son ski s’exprime pleinement.
Cette lucidité se traduit aussi dans l’une de ses grandes forces sur le circuit : le dépassement. Régulièrement le skieur qui double le plus depuis plusieurs saisons, Youri Duplessis Kergomard explique cette capacité par sa lecture de course et son sens du timing. « Ça prouve que je sais trouver des lignes que personne ne prend », analyse-t-il. À très haute vitesse, tout se joue dans un laps de temps infime. « Il faut savoir quand accélérer, quand patienter, quand passer », détaille-t-il, conscient que la décision se prend souvent en une fraction de seconde. Depuis près de 3 ans, ces qualités de dépassement se traduisent par de nombreux podiums en Coupe du monde (3 victoires) et deux quatrièmes places aux championnats du monde 2023 et 2025.
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Déjà tourné vers le 21 février
Dans la vie quotidienne, l’intensité reste la même. « Dans mes relations, dans mes activités », confie-t-il. Pour durer, il a appris à créer des moments où il pratique d’autres sports, pour parfaire sa condition physique sans penser forcément au ski cross. VTT, ski de fond, musique, des moments plus calmes pour absorber les chocs d’adrénaline et retrouver un équilibre durable.
Cet équilibre passe également par le collectif. Le ski cross est un sport individuel qui se vit en équipe. « Vivre en communauté apporte une autre dimension », souligne-t-il, évoquant l’importance de l’entourage. Apprendre des autres, partager les expériences, avancer ensemble, même lorsque le besoin de solitude se fait sentir.
À l’approche des Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026, la trajectoire est claire. Régulier sur les premières manches de la Coupe du monde, capable de performer sur des tracés très différents, Youri Duplessis Kergomard avance avec une idée simple : être prêt le jour J. « On a beau tout préparer, il y aura toujours des imprévus », rappelle-t-il. L’essentiel est ailleurs : maîtriser ce qui peut l’être, accepter le reste et rester pleinement présent. Lorsqu’il évoque l’objectif olympique, le discours ne laisse aucune place au flou. « Je vais aux Jeux Olympiques pour ramener un titre », affirme-t-il. Rendez-vous au premier virage.