Timothy Loubineaud, fer de lance du patinage de vitesse français
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Timothy Loubineaud ne souhaite pas être une célébrité. Il aime encore moins être au centre du monde. Et pourtant, le 14 novembre 2025, tous les yeux étaient braqués sur lui. En ouverture de la Coupe du monde à Salt Lake City (Etats-Unis), le patineur de Gujan-Mestras (Gironde) a battu le record du monde sur 5 000 m en 6:00:23. Une performance qui l'a propulsé sur le devant de la scène. « Je suis content de l'avoir fait, mais je ne m'en vante pas. Parfois, même, je l'oublie. La seule chose qui m'intéresse maintenant, c'est de battre mon propre record », pose-t-il. Éternel insatisfait, le Français ne fait rien comme les autres. Dans son groupe d'entraînement, on dit souvent qu'il est fou furieux, « un dur au mal ». Il déteste les programmes ou tests physiques. Avec son entraîneur, Alain Nègre, il fonctionne plutôt à l'instinct. Très expressif et au rire communicatif, Timothy Loubineaud assure que cette victoire n'a rien changé dans son quotidien. « Je n'ai pas changé mes habitudes. J'ai toujours été la personne que je suis aujourd'hui. Si les gens s'intéressent à moi, tant mieux. Sinon, tant pis ».
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Du roller aux patins, une ascension fulgurante
Cette performance hors du commun, il la voit plutôt comme une juste récompense de son travail acharné. Depuis trois ans, il est dans le top 10 mondial sur ses deux distances favorites : le 5 000 m et 10 000 m. Encore inconnu du grand public, il a sorti le patinage de vitesse de l'anonymat. « Je ne sors pas de nulle part. Il n'y a rien de spectaculaire, c'est une suite logique. J'ai amélioré les bases qui sont très importantes », dit-il, modestement. Un mois après cet exploit, il s'est offert une troisième place sur le 10 000 m à Heerenveen (Pays-Bas), rabotant son record de France puis a pris la deuxième place sur le 5 000 m à Hamar (Norvège).
Quatre fois champion d'Europe, vice-champion du monde et avec 20 titres nationaux en roller de vitesse, l'amoureux de la glisse avait tout de même quelques bases. Ce n'est qu'après toutes ces victoires que le natif d'Arcachon a bifurqué sur la glace sur le tard, à 21 ans. Il a fallu tout réapprendre sur les patins. « Techniquement, les mouvements et les appuis sont très différents entre le roller et le patin. Ce n'est pas le même matériel. J'ai attendu une saison pour être vraiment à l'aise », raconte-t-il. Difficile aussi de bousculer des habitudes qu'il a depuis l'âge de 5 ans. En difficulté scolaire pendant son enfance, il faisait la différence dans les activités sportives. Au foot, mais surtout sur les rollers. Fils d'une maman patineuse et d'un papa qui pratiquait le rink-hockey (hockey sur patins à roulettes), c'est devant les yeux de sa grand-mère qu'il enchaînait les allers-retours sur le bitume dans son quartier de Gujan-Mestras. « L'asphalte était lisse. Je patinais autour de chez moi jusqu'à pas d'heure le soir. Ma grand-mère surveillait la circulation ». Le roller reste très important dans sa vie. D'ailleurs, il continue de pratiquer les deux disciplines.
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« Je veux être le plus fort possible »
Faute d'anneau de vitesse en France, le tricolore s'est expatrié aux Pays-Bas pour se perfectionner sur la glace. Dans l'avion, pas question de mettre ses patins de compétition en soute. « Ils sont toujours au chaud près de moi, je les bichonne », plaisante l'athlète de 29 ans. Il a enfilé la combinaison bleu-blanc-rouge lors de la saison 2019/2020. Lors de sa première Coupe du monde en 2019, « Timy Tempo », comme il est surnommé, avait raté sa qualification pour les Jeux Olympiques de Pékin 2022 pour une petite seconde. Cette fois, le leader de l'équipe de France de patinage de vitesse ne va pas manquer le rendez-vous olympique. Aux Jeux de Milan-Cortina 2026 en février prochain, il sera aligné dans les épreuves individuelles et en poursuite par équipes. Pour préparer au mieux cette échéance olympique, les patineurs français se sont installés à Inzell en Allemagne pendant trois mois. « Les Jeux n'ont jamais été un rêve. Avoir une médaille n'est pas une fin en soi. Je ne ressens pas forcément de pression. Ma priorité est d'être le plus fort possible ». Qu'il le veuille ou non, son statut a changé. Il sera attendu comme l'un des favoris sur longue distance. Depuis son entrée aux Jeux en 1924, aucun français n'a fait de podium dans cette discipline. Une donnée qui reste un détail pour le tricolore. « Si j'ai une médaille, tant mieux. Mais je ne pense pas à ça tous les jours. Le jour où je sentirai que j'ai atteint mes limites, je commencerai à être satisfait de ma carrière », dit-il, dans un franc-parler.
Timide et réservé dans la vie de tous les jours, Timothy Loubineaud est capable de se transformer sur la glace. C'est ce que l'équipe de France attend en février prochain à Milan. Peu importe le résultat sur la ligne d'arrivée, il aura aussi une énorme pensée pour sa grand-mère, décédée en 2020. « J'ai fait les 400 coups avec elle. Elle était ma meilleure amie, ma supportrice et ma confidente à la fois ». De là-haut, nul doute qu'elle sera fière de son petit poulain.