Margot Boch (bobsleigh) : « Les Jeux ont toujours été notre objectif »

David Malacrida

Fille et petite-fille de bobeur, Margot Boch est « tombée dedans » quand elle était petite, même si elle s’est d’abord essayée à la gym. Aujourd’hui, à 22 ans, elle est une leader enthousiaste pour le bobsleigh tricolore et rêve d’être la première Française à prendre part aux Jeux Olympiques. Nous vous proposons de faire sa connaissance en nous intéressant au monobob, nouvelle discipline, au programme de Pékin 2022…

 

Tu es tombée dans la marmite du bobsleigh dès le berceau ou presque. Tu as toujours vécu à La Plagne, au pied de la seule piste française ?
Oui, je suis originaire de La Plagne. Ou plus exactement de Macot, le village au pied de la station. Effectivement, mon grand-père a fait du bobsleigh, mon père et mon parrain ont fait du bobsleigh. C’est sûr que j’en ai entendu parler très jeune.

 

Même si tu es encore très jeune, j’imagine que ton grand-père n’a pas pu profiter de la piste construite pour les Jeux de 1992…
Non, il est né en 1942, je crois. Lui, il faisait du bob sur route. C’est l’ancienne génération.

 

Le bob sur route ! Il t’a raconté ?
Oui, ils s’élançaient sur ce qui est la vieille route qui mène à la Plagne. J’en ai vu des images et même des vidéos. Je pense qu’il fallait avoir le cœur bien accroché. Je ne suis pas sûre que j’aurais essayé. Mais il m’a raconté ses expériences, ses chutes.

 

Toi, tu as la chance d’être née avec une piste magnifique aux portes de chez toi
Oui mais quand on est petit, on ne s’en rend pas compte. Cela nous semble naturel quand on vit à La Plagne d’avoir une piste de bob devant chez soi. C’est quand on grandit que l’on prend conscience de la chance qu’on a d’avoir cette belle infrastructure (1). Quand j’étais petite, je faisais du ski puis j’ai fait de la gym. Après, bien sûr, j’ai entendu parler de Bruno Mingeon (2) et de ses exploits. Je suis aussi allée voir mon papa s’entraîner. Et un jour, je me suis dit : « Pourquoi ne pas essayer ? ».  

 

Bruno Mingeon est devenu un peu ton conseiller, c’est ça ?
Oui, avec mon père, c’est lui qui m’a aidée à monter le projet, à s’organiser. Au départ, c’est lui qui m’a guidée. C’est lui qui m’a dit sur quelle piste aller pour apprendre. Si j’ai besoin d’un conseil, il est toujours là. C’est vraiment quelqu’un sur qui je peux compter.

 

Pour revenir à tes débuts, tu es donc passée de la gym au bobsleigh. Ce n’est pas très banal. Y-at-il des connections entre les deux disciplines ?
Pas vraiment. En fait, j’ai débuté par la luge vers 14 ans parce que j’étais trop petite pour le bobsleigh. Puis progressivement, avec l’entraîneur de luge de l’époque, mon père et Bruno Mingeon, je suis passée au bob. Mais il n’y a pas vraiment de lien entre la gym et le bobsleigh comme il peut y en avoir avec l’athlétisme.

 

Dans quel cadre as-tu pratiqué la gym ?
De la sixième à la troisième, j’étais en centre de gym à Aix-les-Bains (UG Aix) et je m’entraînais 20 heures par semaine (3).  

 

Ah oui, quand même. Qu’as-tu gardé de ce sport tellement difficile ?
Ca m’a appris à me battre. A savoir pourquoi je m’entraîne. Sinon j’ai conservé de la coordination, la capacité à se repérer dans l’espace et aussi un peu de souplesse. J’en ai perdu, mais je suis toujours assez souple.

 

Je prends un plaisir immense à chaque descente. Je m’éclate dans cette discipline!

 

Les repères dans l’espace sont très importants avec les virages relevés, les G qu’il faut absorber ?
Oui pour moi, c’est assez naturel. Ca ne me dérange pas d’avoir la tête en bas, d’un côté ou de l’autre. Au contraire, j’aime bien.

 

Et justement, quel est le plaisir qu’on peut éprouver dans ta discipline ?  
J’adore la vitesse, l’adrénaline et surtout le recherche de perfection dans les lignes avec les sensations que je peux avoir en pilotant, que ce soit dans les mains ou dans le corps. J’adore chaque descente. Vraiment, je prends un plaisir immense à chaque descente. Je m’éclate dans cette discipline.  

 

Ce que ne savent pas trop les néophytes, c’est que chaque piste a ses spécificités…
Chaque piste est complètement différente. Chaque virage est différent. Il y a quelques similitudes entre les pistes mais elles ont toutes quelque chose de particulier, soit la manière dont la glace est travaillée, soit la pression dans les virages, soit la manière selon laquelle les virages sont dessinés. Quand on change de piste, il faut repartir à zéro.

 

Comment pourrais-tu décrire les différents virages ?
Il y a des petits virages, avec une seule pression (le nombre de G qu’on ressent, c’est-à-dire son poids de corps). Il y a de plus grands virages avec deux points de pression . Après il y a des virages qui font carrément 360 °. On appelle ça un « Kreisel » (toupie en allemand). En fait cette pression, elle est ressentie sur l’ensemble du bob et de l’équipage et c’est ce qui permet de garder le bob plaqué au sol (4).

 

Margaux Boch   5
Crédit Photo : Viesturs Lacis / IBSF

 

Toi tu pratiques le bob à 2 et donc le monobob. Peux-tu nous dire comment est née cette discipline « solo » ?
En fait, c’était pour qu’il y ait autant de médailles féminines que masculines aux Jeux Olympiques. Les hommes avaient le bob à quatre et le bob à deux. Les filles pratiquaient le bob à deux et les dirigeants ont hésité entre le bob à quatre et le monobob comme deuxième discipline pour les filles. Mais pour qu’il y ait suffisamment d’équipages et que les petites nations ne soient pas trop pénalisées, la fédération a opté pour le monobob. Clairement, le bobsleigh est un sport qui coûte cher et le monobob est moins cher qu’un bob à quatre en termes de matériel ou de déplacements.

 

J’ai vu que le prix d’un bob à deux est d’environ 50 000 euros. Combien coûte un monobob ?  
Un monobob coûte à peu près 23 000 euros. Mais c’est une série unique car les dirigeants ont décidé qu’une entreprise allemande aurait le monopole de la fabrication, par souci d’égalité entre les concurrents.

 

Est-il possible de l’améliorer ou est-il interchangeable entre les concurrentes ?
En fait, si le châssis est identique, chaque équipe choisit ses patins. Un patin, c’est une barre d’acier qui est travaillée en fonction de la forme et de l’épaisseur qu’on souhaite avoir. Il y a différents radius de patins, plus ou moins gros ou plus ou moins fins en fonction de la piste, de la météo et de son niveau de pilotage.  

 

De combien de patins disposes-tu ?
En général, j’ai les mêmes patins en bob à deux et en bob à quatre. En fait, j’ai deux jeux de patins personnels et on se partage les trois ou quatre de la fédération.

 

En monobob, il faut pousser, piloter, freiner. Tout repose sur nous.

 

Quelles sont les différences entre le monobob et le bob à deux ? As-tu une discipline préférée ?
En monobob, il faut pousser, piloter, freiner. Tout repose sur nous. Ca se pilote différemment parce que c’est un engin moins lourd et donc moins stable. C’est un peu différent dans les lignes et dans la manière de piloter. Ca réagit différemment au niveau des manettes sur ce qu’on peut ressentir. J’ai une préférence pour le bob à deux. C’est la discipline par laquelle j’ai commencé. Ca va plus vite, j’ai plus de sensations.

 

Quand as-tu commencé le monobob ? 
Sensiblement en même temps que le bob à deux, c’est-à-dire au cours de l’hiver 2018-2019. Mais j’ai beaucoup plus pratiqué le bob à deux.

 

Quels sont tes meilleures performances en monobob?
En Coupe d’Europe, j’ai fait des deuxièmes et des troisièmes places. Sinon, en Coupe du Monde, c’est une huitième place.

 

Et pour parler du « nerf de la guerre », vous avez donc créé une « Team Boch » pour pouvoir poursuivre le rêve olympique. Peux-tu nous en dire plus ? 
Au début, ça s’est avéré assez compliqué. Il a fallu trouver des financements parce que le bob c’est un sport qui coûte cher. Une saison, ça coûte entre 80 et 100 000 euros. J’ai eu la chance d’être soutenue par des entreprises locales qui connaissaient déjà la discipline et des branches locales de grandes entreprises qui nous ont aussi soutenus. Il y aussi la fédération qui nous apporte son aide et le club de La Plagne qui a toujours été derrière vous. Ca n’a pas toujours été facile mais aujourd’hui, ça fait plaisir de voir que le rêve prend forme.

 

Tu es donc la seule pilote de bob en France mais derrière toi, il y a pas mal de prétendantes au poste de pousseuse. Il faut trouver la meilleure, c’est ça ?
Oui, c’est ça. Il faut trouver la plus forte pour pousser le bob et nous aider à aller le plus vite possible. Il y a Carla Sénéchal qui est avec moi depuis le début et depuis l’année dernière, il y a Sandie Clair qui est une ancienne cycliste sur piste, puis deux filles qui viennent de l’athlétisme Talia Solitude et Doriane Kouakou (3). Le groupe s’est bien étoffé et ça donne une bonne dynamique. Il y aura donc des tests de sélection pour déterminer qui sera la titulaire pour les Jeux et qui sera la remplaçante.

 

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Carla Sénéchal & Margot Boch  / Pressesports

 

Quelles sont les qualités d’une bonne pousseuse ?
C’est quelque chose qui est très technique et qui met un peu de temps à s’assimiler.  Après, il est clair qu’il faut être explosif, rapide et il faut de la force.

 

Comment se déroulent les tests de sélection ?
On sera toutes réunies par la fédération et chacune aura deux poussées à faire. On fera le total des deux chronos et celle qui aura le meilleur temps aura gagné. Ce ne sera que sur un critère sportif. On saura donc qui est la meilleure. En fait, c’est assez habituel dans le milieu du bob de procéder comme ça.

 

Les Jeux ont toujours été notre objectif et là, on est tout près d’y arriver

 

Te dire que tu as commencé le bob en 2018 et que tu es déjà sélectionnable pour les Jeux de 2022. Ca semble assez rapide comme progression ?  
Oui, c’est rapide mais avec tout ce qu’on a traversé depuis quatre ans, cela ne nous semble pas si rapide que ça. C’est vrai qu’on a eu la chance de progresser très vite mais les Jeux ont toujours été notre objectif et là, on est tout près d’y arriver et si on y va c’est pour perfer.

 

Alors Pékin, tu as eu la chance d’y aller il y a quelques semaines justement afin de tester cette fameuse piste olympique. Qu’en as-tu pensé ?
Et bien déjà, c’est une grande chance d’avoir pu la découvrir. Le site est magnifique et la piste est incroyable. On n’a jamais vu une infrastructure comme ça auparavant. C’est une piste très longue (1651 m), technique. La moindre faute ne pardonnera pas. C’est quelque chose qui me plaît beaucoup. J’ai adoré piloter dessus et je suis impatiente d’y retourner.

 

Qu’est ce qui est incroyable dans cette piste ? J’imagine qu’elle est flambant neuve…
Déjà, ce qui est incroyable, c’est qu’il y a des toits qui recouvrent la totalité de la piste. On a une salle intérieure immense pour s’échauffer. Il y a également une grande salle pour manger. Tout est réuni pour que ce soit incroyable. Les virages sont énormes. Le fait de se retrouver dans un bâtiment tout neuf, ça nous change de d’habitude !

 

Et quels ont été tes résultats ?
En fait, il s’agissait plutôt d’entraînements pour découvrir la piste. Ils ont organisé une petite compétition le dernier jour pour homologuer la piste mais en monobob, je n’ai pas pris le départ pour raison médicale et en bob à deux, on a fait qu’une seule manche (4).

 

Tu as aussi pu tester les mesures liées au Covid 19. J’imagine que l’organisation chinoise était assez stricte…
Oui, déjà quand on a vu des officiels déguisés en cosmonaute entrer dans l’avion, on s’est un peu demandé où on était. Ensuite, au bout de trois semaines, on s’est habitués. C’est sûr qu’au début ça nous a choqué. Il y avait des gens qui désinfectaient tout du sol aux poubelles. Des gens qui portaient trois masques superposés. On était testés tous les jours. Mais j’ai quand même hâte d’y retourner.

 

 

(1) La piste de La Plagne est ouverte à tous du 11 décembre au 30 avril et peut être dévalée par des néophytes en bob-raft, en speed luge ou en bob racing.

(2) Bruno Mingeon, médaillé de bronze en bob à quatre à Nagano et médaillé d’or aux championnats du monde de Cortina en 1999.

(3) Avec l’UG Aix, Margot Boch a été championne Rhône-Alpes par équipes et 7e aux championnats de France

(4) Talia Solitude (lancer du poids) et Doriane Kouakou (sprint) viennent de l’athlétisme alors que Sandie Clair, championne du monde à vélo en 2006 (500 m), vient du cyclisme sur piste.

(5) Les G (pour gravité) représentent la pression ressentie et sont équivalents au poids de corps allant en bobsleigh de 1 G jusqu’à 5 G (5 fois son poids de corps).

(6) A Yanqing, Margot et Talia Solitude avaient terminé 12e de l’unique manche qu’elles avaient disputée.

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