Valentin Foubert, le décollage silencieux
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À 23 ans, Valentin Foubert (saut à ski) avance sans bruit. Le sauteur du Club des Sports de Courchevel n’a pas le goût des étiquettes, encore moins celui des attentes. « Je pense que je n’ai jamais vraiment eu d’attentes envers moi vis-à-vis de mes résultats », confie-t-il, presque surpris qu’on lui prête une pression qui, chez lui, n’a jamais vraiment pris racine. Même quand les autres regardent ses performances d’un œil neuf, lui reste sur une ligne simple : faire, recommencer, comprendre.
Il y a, dans son rapport au saut, quelque chose d’enfantin au sens noble. Le plaisir n’a pas disparu sous la compétition. Il parle encore du ski comme d’un terrain de jeu, variable selon les tremplins, les lieux, les conditions. « Pour nous, la jeune génération, la véritable ambition, au fond, c’est à chaque fois d’aller chercher son record personnel : aller chercher les 210 mètres, les 220, les 230, voire plus », explique-t-il. La performance se lit autant en classement qu’en sensation, en longueur, lorsqu’un saut se déroule exactement comme il doit se dérouler. Quand il décrit ce sport, il glisse un mot qui revient comme une évidence : « une drogue ». Parce que la perfection n’existe pas et c’est précisément cela qui rend le saut à ski addictif.
Au détail près
Cette obsession du détail, il la vit de l’intérieur, parfois jusqu’à l’excès. Valentin Foubert réfléchit beaucoup, il le reconnaît. « Si ça ne marche pas comme je veux, je vais chercher tous les moyens pour que ça marche », confie-t-il, quitte à aller « à l’encontre de ce que mon coach peut me dire parfois ». Le saut est un sport de nuances invisibles, même pour ceux qui le pratiquent.
« Parfois, je ne peux même pas savoir ce qui a été fait de mal, parce que c’est trop minime », explique-t-il, en rappelant que la même gestuelle, à ce niveau, ne garantit jamais le même résultat. Alors il apprend aussi à relativiser, mais pas n’importe comment. Quand la cause est extérieure, notamment le vent, il sait l’accepter. « Là, je relativise, je me dis : ça arrive, j’ai eu du mauvais vent », rapporte-t-il. Quand il estime que c’est « de sa faute », en revanche, il ne se protège pas. « Là, je relativise pas du tout », lâche-t-il avec la plus grande honnêteté.
Ce qui a changé, ces derniers mois, tient justement à une forme d’installation. En participant à de nombreuses épreuves de la Coupe, Valentin Foubert a connu ce moment étrange où il a sauté « à côté des mecs » qu’il regardait à la télévision, enfant, puis le temps a fait son effet. « Au fur et à mesure, on s’habitue, les mecs savent qui tu es, ça aide beaucoup pour progresser sur la confiance », explique-t-il, en décrivant ce passage où les stars de son sport deviennent des adversaires, puis des interlocuteurs, des sportifs « normaux ».
Sa saison 2025-2026, à elle seule, démontre le cap qui a été franchi. Valentin Foubert signe quatre Top 10 en Coupe du monde, avec une 5e place à Ruka le 29 novembre, deux 10e places à Wisla les 6 et 7 décembre, et surtout une 4e place à Klingenthal le 14 décembre, son meilleur résultat en Coupe du monde. Lui, préfère calmer le jeu.
Il rappelle le cadre posé avec son coach : sur de bons sauts, « on peut s’attendre à des Top 15 », et si les conditions s’alignent, « aller chercher un peu plus au-dessus », confie-t-il.
Cette saison, justement, ressemble à ce sport : faite de confirmations et de secousses. Après un début de saison discret (25e et 16e à Lillehammer, 19e à Falun), il enchaîne avec ses excellentes prestations qui vont le placer, d’un coup, au centre de l’attention.
Après cet enchaînement excellent à tout point de vue, il peine à retrouver son équilibre, parfois même lors du même week-end, comme à Engelberg, où il alterne un résultat solide (12e) et un autre loin de ses attentes (44e). La Tournée des Quatre Tremplins marque, de son aveu, le début d’un doute. « C’est la tournée qui m’a amené à douter », explique-t-il. Heureusement, Valentin Foubert a pu se rassurer avec une 12e place à Zakopane, avant deux manches de Coupe du monde à Sapporo plus compliquées, où il évoque la fatigue mentale et physique, et une confiance moins haute.
Pleinement tourné vers Milan-Cortina 2026
Le paradoxe, c’est qu’au milieu de ces variations, Valentin Foubert ne donne jamais l’impression de paniquer à l’idée des Jeux. Peut-être parce que ce sera sa première fois. « Vu que je ne l’ai jamais fait, je n’ai pas de peur, je suis positif et content d’être là », confie-t-il. Il a déjà goûté à une forme d’Olympisme aux Jeux Olympiques de la Jeunesse, à Lausanne en 2020, avec une 10e place sur le tremplin normal. Il a aussi connu les mondiaux, une fois, en 2025 à Trondheim : 27e sur le tremplin normal, 36e sur le grand tremplin. Mais les Jeux, les « vrais », restent un territoire inconnu, et ce flou ne l’écrase pas.
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Avant de s’élancer, pourtant, rien n’est figé. À la question de savoir ses pensées dans les secondes qui précèdent l’élan, il répond avec la simplicité de ceux qui ne trichent pas : « Ça dépend, ce n’est jamais la même chose ». Parfois un aspect technique, parfois une sensation, parfois juste l’émotion du moment.
Et puis il y a sa manière de raconter le vol, magnifique de précision. Il cherche une image simple, presque universelle : rouler à 90 km/h en voiture, sortir la main par la fenêtre, sentir la pression, jouer avec l’air. « Il faut imaginer ça sur tout le corps », explique-t-il, avant de préciser qu’avec les skis, il faut rajouter la même sensation au niveau des chevilles. D’un coup, le saut redevient concret : une négociation permanente avec l’air, une science des micro-sensations.
Sur ce qu’il vise vraiment, Valentin Foubert reste fidèle à son tempérament. L’histoire du « premier Top 10 français depuis neuf ans » l’intéresse, mais sans l’émouvoir. Ce qui l’anime, c’est autre chose : la trace pure, le repère objectif, le rêve de la distance. « Moi, ce qui m’intéresse, c’est le record de France », confie-t-il, en parlant de cette barre symbolique, des 230,5 mètres qu’il cite comme un horizon à aller chercher. Pas forcément tout de suite, dit-il, mais le jour où il y arrive, « là, je serais content d’avoir marqué quelque chose ».
Son humilité, enfin, n’est pas un vernis : elle est une éducation. « Ma mère m’a élevé avec mon père du fait qu’il est primordial de respecter les gens au mieux », rapporte-t-il. Pour Milan-Cortina, Foubert ne parle pas de finalité. Les Jeux sont « un palier », dit-il, un moment censé refléter trois ans de travail avec son coach. Ce qu’il demande, au fond, tient en deux mots : « de la positivité et de la confiance ». Le reste, dans un sport où tout se joue à l’invisible, appartiendra au saut.