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Margot Boch, une pilote à l’écoute de la piste

Margot Boch, bobsleigh

Gettyimages

Quand Margot Boch prend place sur la ligne de départ, le calme s’impose presque de lui-même. Pas de cris, pas de grands gestes, pas de mise en scène. Là où certains cherchent à se galvaniser, elle se recentre. « À partir du moment où je mets mon casque, il n’y a plus que la descente et moi », confie-t-elle. Dans un sport où tout se joue en quelques dizaines de secondes, cette tranquillité n’est ni une posture ni un hasard. C’est une construction. Et à deux semaines des Jeux de Milan-Cortina 2026, c’est sans doute ce qui raconte le mieux son parcours.

Sa carrière a la cohérence des trajectoires bien tracées. D’abord la gymnastique, pour la rigueur et la connaissance du corps. Puis la luge, qui lui fait découvrir l’univers de la glisse, de la vitesse et surtout des lignes. « J’ai découvert une adrénaline et une recherche de trajectoire que j’ai adorées sur la luge et qui me font vibrer encore aujourd’hui sur le bob », explique-t-elle. À dix-huit ans, elle bascule vers le bobsleigh. Avec le recul, elle parle d’un chemin presque évident, parfaitement adapté à ce rôle de pilote où tout repose sur le ressenti, la précision et la répétition du bon geste à très haute vitesse.

Ce parcours n’a pourtant rien de linéaire. La non-sélection pour les Jeux Olympiques de Pyeongchang en 2018 marque un tournant. Un moment difficile, qu’elle refuse pourtant de considérer comme une fin. « Ça a été compliqué, mais c’est aussi ce qui m’a forgée », analyse-t-elle. Cette désillusion agit comme un déclencheur. L’envie de se battre, de rebondir, de prouver. « C’est un mal pour un bien », confie-t-elle aujourd’hui, avec la lucidité de celles qui ont appris à transformer les coups d’arrêt en moteur.

Margot Boch, bobsleigh, Jeux Olympiques de Pékin 2022 CNOSF/KMSP


Le double projet comme moteur

Le bobsleigh est un sport exigeant, parfois déroutant. Margot Boch le dit sans détour. Il faut aimer la vitesse, l’engagement, le risque. « Il faut être un peu tête brûlée », rapporte-t-elle, consciente que les sensations sont presque impossibles à décrire à qui ne les a jamais vécues. Dès ses débuts, elle fait un choix fort. Apprendre en compétition. Là où certains conseillent une saison sans dossard pour assimiler les pistes, elle préfère se confronter immédiatement au réel. « La compétition, c’est le meilleur apprentissage », assure-t-elle.

Ce parti pris porte rapidement ses fruits. Dès ses premières apparitions en Coupe du monde, elle parvient à se hisser dans le Top 10, notamment en monobob à La Plagne (8e) en décembre 2023, pour sa toute première manche à ce niveau, puis à Innsbruck (9e) quelques jours plus tard. En bob à deux, elle signe également très tôt des résultats de référence, avec une 6e place à La Plagne dès sa première Coupe du monde en 2020, suivie d’une 5e place à Sigulda et de plusieurs autres Top 10 la même saison. Des performances précoces qui confirment qu’elle apprend vite et qu’elle est capable d’exister immédiatement face aux meilleures.

Cette évolution se construit donc sur ces deux formats. Le bob à deux, qu’elle affectionne depuis toujours pour sa vitesse et sa dimension collective. Et le monobob, plus exposé, plus introspectif. Longtemps, ce dernier lui résiste davantage. « Au début, j’avais du mal à trouver le petit truc en plus », reconnaît-elle. Puis les sensations s’installent. Aujourd’hui, elle prend autant de plaisir dans les deux disciplines. « Ça m’oblige à m’adapter à l’engin et à trouver des trajectoires différentes. C’est devenu un vrai challenge », explique-t-elle. 

En bob à deux, la relation humaine est centrale. La confiance, rappelle-t-elle, doit d’abord venir de la coéquipière. « C’est moi qui ai un peu leur vie entre mes mains », confie-t-elle en rigolant. Les stages estivaux, le temps passé ensemble en hiver, les discussions et les automatismes construisent cette relation. Les changements de binômes, loin d’être un obstacle, deviennent une richesse. « Chaque duo m’a permis d’avancer, de progresser, d’être tiré vers le haut », rapporte-t-elle.

Dans sa carrière, certains résultats ont valeur de repères. Elle cite notamment la 5e place obtenue aux championnats du monde 2023 à Saint-Moritz en bob à deux avec Carla Sénéchal. Un classement qui agit comme une confirmation intime, la preuve qu’elle peut rivaliser avec les meilleures lorsque les sensations sont là. Discrète de nature, elle évoque aussi ce fameux feeling que recherchent tous les pilotes, cette capacité à se sentir en phase avec une piste. Saint-Moritz revient souvent dans son discours, et pour cause.

Elle y a signé plusieurs de ses meilleurs résultats, que ce soit cette 5e place mondiale en bob à deux, une 6e place aux championnats d’Europe 2026 en monobob ou encore un top 5 en Coupe du monde, en bob à deux, en 2024 (4e). « Mon corps sait exactement ce qu’il doit faire là-bas », explique-t-elle, comme si la piste et elle parlaient le même langage.

Cet instinct irrigue toute sa manière de piloter. Margot Boch analyse, beaucoup, mais surtout après coup. Pendant la descente, elle est dans l’instant. « Je pense virage après virage. Je ne me laisse pas envahir par le stress ou l’excitation », explique-t-elle. Pour atteindre cet état, elle a aussi appris à apprivoiser son mental. Suivie depuis cinq ans, elle reconnaît avoir longtemps été très stressée, notamment la veille des courses. « Le travail, l’expérience et l’accompagnement m’ont vraiment aidée », confie-t-elle aujourd’hui, convaincue que cet aspect est déterminant dans la performance.

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Incontournable sur le circuit mondial

À ce stade de sa carrière, Margot Boch n’est plus une inconnue sur le circuit international, ni encore une favorite annoncée. Elle s’est installée dans cette zone exigeante où la régularité devient un marqueur fort. Sa saison 2025/2026 en est l’illustration. En monobob, elle ouvre l’hiver par une 8e place à Cortina d’Ampezzo, avant de confirmer avec une 9e place à Sigulda et une 10e place à Saint-Moritz, sur des pistes exigeantes. 

Pas de coup d’éclat spéctaculaire, mais une constance nouvelle, confirmée par une 7e place à Altenberg en janvier, son meilleur résultat de la saison en monobob. « On a glissé fort et je suis en confiance avec mon matériel », explique-t-elle. Son principal axe d’amélioration reste identifié, le départ, face à des concurrentes plus puissantes. La suite dépend alors de sa capacité à descendre relâchée et précise, pour trouver la ligne la plus rapide et cet aspect de son sport, elle maîtrise. 

En bob à deux, le scénario est similaire. Une saison dense, sans faux pas, marquée par une 10e place à la Coupe du monde d'Innsbruck et deux 9e places à Winterberg et Altenberg. Aux Jeux de Pékin en 2022, elle se classe 11e en monobob et 13e en bob à deux, une première expérience vécue avec un stress étonnamment maîtrisé.

À l’heure d’aborder Milan-Cortina, son ambition est claire. Le niveau du bob féminin est extrêmement dense, et elle en est consciente. Mais sa saison actuelle, plus maîtrisée, plus constante, lui offre des bases solides. Elle connaît la piste italienne, découverte en novembre, et elle l’apprécie. « C’est une piste qui va beaucoup jouer sur le pilotage. Il y a de belles choses à aller chercher », explique-t-elle. Sa préparation est millimétrée, fidèle à son besoin de cadre et de repères. Quelques descentes à La Plagne pour garder le rythme, puis retour en Italie début février pour corriger les détails et affiner les réglages. 

L’objectif affiché est clair et assumé : deux top 10, en monobob et en bob à deux. Mais Margot Boch ne se ferme aucune porte. « En monobob, j’ai envie de rêver, d’aller vers un Top 8, voire un Top 6 », confie-t-elle. Sur la piste de Cortina, elle ne changera pas. Le casque se baissera, le monde se rétrécira. Et fidèle à elle-même, elle avancera virage après virage, avec ce calme et cet instinct qui pourraient bien, le moment venu, faire la différence pour l’Équipe de France.



 


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