« Nous sommes là pour gagner » : l’ambition claire de l’équipe de France de biathlon
Pressesports
Sur le site d’Antholz-Anterselva, l’équipe de France de biathlon s’installe dans un décor qu’elle connaît par cœur. C’est l’un des paradoxes de ces Jeux : l’habillage olympique est partout, mais le quotidien ressemble parfois à une étape de Coupe du monde, en effet, le site fait partie des classiques du circuit.
Ce contraste, Oscar Lombardot l’a senti dans de légers détails, très concrets. À l’arrivée, il a parlé d’une installation presque « normale », à quelques ajustements près. « Ça reste quelque chose de très habituel », a expliqué le biathlète français, même si certaines choses changent légèrement comme la récupération des accréditations, le rangement de la carabine au stade et des contrôles de sécurité renforcés. Autrement dit : les repères sont là, les automatismes aussi, et c’est peut-être justement là que se niche le piège, parce que l’olympisme pousse à faire plus, alors que la performance réclame souvent de ne rien ajouter.
« Ce qui est différent, ça peut être nos attentes »
Ce fil-là, plusieurs cadres des Bleus l’ont repris : conserver le fonctionnement, ne pas inventer, rester simple. Éric Perrot l’a formulé en parlant de ce qui diffère vraiment quand on arrive sur des Jeux, même sur une piste déjà connue. « Ce qui est différent, ça peut être nos attentes, ça peut être nos ambitions. C’est aussi le fait que l’on en rêve depuis très longtemps. Il y a beaucoup d’images mentales autour de cet événement, c’est ça qui peut quand même faire changer les choses », a déclaré Éric Perrot. Et, surtout, il a assumé le cap collectif sans se cacher derrière la prudence de langage. « On a une équipe qui est favorite, à nous de tenir notre rang », a rapporté le leader du classement général de la Coupe du monde, avant de rappeler que cette pression fait aussi partie du plaisir d’être présent pour l'événement en Italie.
Justine Braisaz-Bouchet a donné une autre image à cette même idée : le fait de courir en Europe change l’expérience, après deux éditions des Jeux en Asie, mais ne doit pas détourner de l’objectif. Elle a insisté sur l’ambiance attendue à Antholz, plus proche du biathlon, que les dernières éditions qui étaient éloignées. « En Europe et en particulier ici à Antholz, je pense qu’il y aura une tout autre ambiance et ça va vraiment être chouette », a lancé Justine Braisaz-Bouchet. Puis elle a ajouté, que « lors des Jeux Olympiques, il n’y a que les médailles qui comptent ».
« Ce qui, pour moi, fait la différence, c’est l’enjeu médiatique »
Cette gestion du contexte, Julia Simon l’a décrite comme un autre problème à affronter. Pour elle, l’environnement olympique ne tient pas seulement au public : c’est l’agenda, les sollicitations, la multiplication des prises de parole, tout ce qui peut grignoter la récupération et brouiller la routine. « Ce qui, pour moi, fait la différence, c’est l’enjeu médiatique, toutes ces conférences, toutes ces demandes », a déclaré Julia Simon. Et dans cette idée, on comprend que la forme du challenge est double : performer en course, mais aussi protéger les heures qui comptent, celles du repos, des soins, des réglages, de la concentration.
Lou Jeanmonnot, leader du classement général de la Coupe du monde, aborde ses premiers Jeux avec une sérénité construite au fil de l’hiver, et une lucidité sur ce qui va arriver. Interrogée sur la pression, elle n’a pas cherché à faire semblant. « Je pense que j’aurai le temps de penser au stress le jour de la course, c’est sûr que ça va être stressant », a affirmé Lou Jeanmonnot. Elle a aussi replacé ce stress dans quelque chose de déjà vécu, à sa manière, sur la Coupe du monde : celui d’un statut à tenir, d’un niveau à confirmer, d’une exigence quotidienne qui ne laisse pas beaucoup d’angles morts.
« Ici, ça permet aussi de partager ça avec une foule entière »
La parole de Quentin Fillon Maillet a, elle, fait remonter un souvenir précis : Pékin, ses émotions, et ce qui manquait dans l’instant. À Antholz, la perspective de la ferveur devrait donner une expérience différente, parce que l’émotion se partage et se démultiplie. « Ici, ça permet aussi de partager ça avec une foule entière », a rapporté le quintuple médaillé olympique, en évoquant ce que la présence du public peut apporter au moment où une performance devient, d’un coup, un moment collectif.
Enfin, Émilien Jacquelin a mis des mots sur une frustration qui revient souvent dans cette configuration particulière : l’absence de village olympique, le manque de possibilités d'échanges entre les athlètes des différentes disciplines, cette « vie des Jeux » qui nourrit parfois l’énergie. « C’est une frustration de ne pas être dans cette ambiance-là », a avoué Émilien Jacquelin, en parlant de ce que l’on perd quand on reste « entre biathlètes », à l’écart du reste de la délégation. Mais il a aussi glissé l’idée que ce manque peut devenir une force : moins d’excitation parasite, moins de tentation de surinterpréter l’événement, donc peut-être une meilleure maîtrise émotionnelle dans un sport où le tir ne pardonne pas les débordements.
Le staff a fait le choix de la continuité, sans modifier les équilibres construits tout au long de la saison. « Nous sommes là pour gagner », a affirmé Simon Fourcade, entraîneur de l'équipe de France masculine, rappelant que les Bleus assument pleinement leur rôle de favoris. Portée par des résultats solides et deux dossards jaunes, l’équipe tricolore aborde ces Jeux avec une ligne claire : rester fidèle à ses repères pour transformer l’ambition affichée en médailles.