Patinage de vitesse : une équipe de France élargie, un cap assumé
FFROLLERSKATEBOARD - A. Imenez
Dès le début de cette conférence de presse de l’équipe de France de patinage de vitesse, ce jeudi 5 février, une ligne directrice est assumée, martelée par la fédération et le staff : la France débarque en Italie avec une équipe comme elle n’en a jamais eu aux Jeux. Ludovic Royé, Directeur technique national de la Fédération française de roller et skateboard, plante le décor.
« Nous savions que le travail allait payer à un moment. Ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir la plus grande équipe de patinage de vitesse longue piste que la France n’a jamais eu sur les Jeux Olympiques », rappelle-t-il, évoquant ce projet né dans l’urgence relative d’une discipline à reconstruire. Il parle d’une « mission commando » engagée avec ambition, d’un staff « très réduit », et d’un plan initial « clairement tourné vers les Alpes françaises 2030 ». Sauf que l’histoire a accéléré les choses : les excellents résultats lors des manches de Coupe du monde ont transformé les intentions en volonté de résultat.
« On ne parlera jamais de médaille, par contre, on veut être prêts »
À ses côtés, Alain Nègre, l’entraîneur national, déroule le fil rouge : cohésion, progression, lucidité. L’entraîneur insiste sur le point de départ. « Ne pas oublier d’où l'on vient », dit-il, avant de rappeler ce qui a changé : regrouper, entraîner ensemble, construire une équipe. Les résultats ont suivi, parfois plus vite qu’attendu. Mais Alain Nègre fixe une règle. « On ne parlera jamais de médaille, par contre, on veut être prêts et forts sur chaque compétition », a-t-il déclaré. Le classement viendra ensuite, et dépendra aussi des autres.
Aujourd’hui, l’équipe est plus large, plus visible, et le regard international a bougé. Alain Nègre le ressent très clairement : « On fait attention à nous. Maintenant, ce n'est plus : 'tiens, il y a un Français qui est bon', c’est 'il y a une équipe de France' ». L’expression est simple, mais veut dire énormément de choses pour une discipline où la France partait longtemps de loin.
« Je suis excitée de prendre le départ »
Ce changement de statut, il se lit aussi dans les profils. Violette Braun, seule athlète féminine sélectionnée, parle d’abord d’état d’esprit. « Je suis excitée de prendre le départ, je me suis mise dans ma bulle de performance », a-t-elle rapporté. La pression ? Elle la veut identique à celle qu’elle connaît déjà. « Si je me focalise sur le fait que la distance soit olympique, je vais complètement sortir de ma zone », a-t-elle ajoutée.
À l’opposé du spectaculaire, Timothy Loubineaud arrive avec les pieds sur terre. « Je fais juste mon travail, on me demande de patiner vite », tranche-t-il. Il ne nie pas, toutefois, l’arrivée d’un peu de stress. « Ce serait vous mentir de dire qu’il y a pas un peu d’angoisse, on est tous terrorisés à l’idée de faire bien ou mal », confie le tricolore. Sa différence, dit-il, c’est la gestion avant d'ajouter « que le travail, sur la psychologie et la maîtrise de soi commence à porter ses fruits ». Et quand on lui demande ce que seraient des Jeux réussis, il reste fidèle à sa ligne : « C’est d’être le plus fort possible ».
« Une très bonne surprise »
Mathieu Belloir, lui, offre un contraste lumineux. La découverte olympique, il la décrit d’abord avec des mots simples. « C’est incroyable, je suis plus que très content », confie, ému, le Français. Le village ? « Une très bonne surprise », « une belle cafétéria », « des chambres correctes ». Sur l’anneau, il mélange émerveillement et vigilance en étant « assez surpris positivement et négativement ». Impressionné par ce qu’une infrastructure éphémère peut produire, mais conscient que la glace n’est pas « standard ». Résultat : réglages différents, affûtage constant et changement des trajectoires. Et enfin une dernière priorité, celle de « rester concentré sur patiner, bien manger, me reposer ».
Le même esprit « étape par étape » se retrouve chez Valentin Thiébaut. Pour lui, ces Jeux ont été un rêve devenu objectif. « C’était un rêve qui s’est transformé en objectif et aujourd’hui j’y suis », confie le Français. Il insiste aussi sur l’attente, ce temps olympique où tout est étiré : «J’ai de la patience, j’ai envie de courir », sans que cela ne devienne une pression. Techniquement, il pointe l’essentiel. « La glace, elle évolue chaque jour, c’est la base de notre sport », analyse Valentin Thiébaut. L’adaptation est un travail quotidien, et il sait qu’il a « un peu de temps pour s’acclimater » avant le 1 500 m et la poursuite par équipes.
« C’est le rêve de tout gamin de participer aux Jeux Olympiques »
Germain Deschamps décrit, lui, l’intérieur des Jeux comme une découverte sociale. « On découvre le monde des Jeux Olympiques en inside », s'émerveille-t-il. Enfin, Giovanni Trebouta résume parfaitement l’équilibre à trouver : s'enthousiasmer des choses liées autour de l'événement puis se recentrer. « C’est le rêve de tout gamin de participer aux Jeux Olympiques, y être, c’est fou », avoue le patineur. Mais il coupe immédiatement la tentation de s’y perdre. « On a fait le tour, donc maintenant, faut être concentré sur la performance », analyse-t-il. Et comme les autres, il revient à la singularité du site : « La piste, éphémère, la glace change énormément de jour en jour ». Rien n’est figé, donc tout se travaille.