À Milan, une première historique
Être présents pour nos Bleues
Le 5 février, à 6 heures du matin, le bus quitte Lyon direction Milan. Sept heures de route à l’aller. Sept heures au retour. Quatorze heures pour soixante minutes de hockey.
À bord, ils sont une cinquantaine. Des familles. Des couples. Des amis. Des supporters venus seuls. Des leaders déjà présents à Paris 2024, toujours engagés, toujours moteurs. Et parmi eux, 12 jeunes hockeyeurs accompagnés de leurs mamans.
Tous ont envoyé une vidéo de motivation pour obtenir leur place. Pas pour “voir un match”. Pour être là. Pour faire du bruit. Pour accompagner l’équipe de France féminine de hockey sur glace dans son match face à l’Italie, pour ses débuts olympiques à Milano-Cortina 2026.
Dans le bus, les générations se mélangent. Les anciens expliquent les codes du Carré des supporters. Les plus jeunes parlent placements, tactique et technique. Ils vivent déjà le hockey au quotidien, sillonnent l’Europe avec leur club et ont bientôt un tournoi prévu en République tchèque. Mais cette fois, ils ne viennent pas jouer. Ils viennent soutenir.
Leur vidéo de 25 secondes se terminait par une phrase simple :
« Et qui sait, peut-être qu’un jour, ce sera nous en Équipe de France ».
Comité d’accueil
À la descente du bus, la scène donne le ton.
Un groupe de jeunes Italiens, drapeaux vert-blanc-rouge en main, lance un “Italia, Italia, Italia !” énergique. Les supporters français n’hésitent pas une seconde : “Allez les Bleus !”
Les voix se répondent. Les regards se croisent. Les petits Italiens passionnés ont presque les larmes aux yeux, fiers de chanter pour leur équipe ! Pas d’animosité pour autant, rien que l’électricité d’un événement mondial. Deux jeunesses, deux drapeaux, deux fiertés, déjà en train de faire monter la température avant même l’entrée dans l’arène.
Une arène italienne, un carré bleu
La Milano Santagiulia Ice Hockey Arena se remplit vite. Le rouge italien domine les tribunes. Le match est celui des débuts olympiques des Bleues face au pays hôte. L’ambiance est compacte, bruyante, intense.
Au milieu, le Carré des supporters Allez les Bleus s’installe.
Il s’embrase au moment du premier but de l’histoire de l’Équipe de France féminine aux Jeux, inscrit par Gabrielle de Serres. Juste derrière le Carré, le père de la joueuse partage son émotion avec les 50 supporters français. Les regards se croisent, les sourires se comprennent. Un moment fort en émotion.
Les leaders de Paris 2024 reprennent leurs réflexes. Les chants repartent. Les drapeaux tricolores se déploient. Les grosses têtes aussi.
Floran Douay parmi les supporters
Dans ce Carré, une autre histoire résume l’esprit du moment.
L’une des membres du programme Allez les Bleus est la marraine de Floran Douay, hockeyeur français sélectionné pour les Jeux de Milano Cortina 2026. Cet après-midi-là, Floran n’est pas sur la glace. Il rejoint les tribunes, aux côtés de sa marraine et du groupe.
Le geste est discret. Il est fort. Il dit que l’Équipe de France n’est pas une addition de disciplines, mais un collectif qui se reconnaît, se soutient, se transmet.
Soutenir, même quand ça ne tourne pas
Sur la glace, le match est engagé. L’Italie pousse, portée par son public. Les Bleues résistent et s’accrochent. Les Italiennes égalisent une minute après l’ouverture du score. Puis tiennent jusqu’à la 36e minute, moment où elles prennent l’avantage.
Dans les tribunes, les supporters français ne lâchent rien. On continue de lancer des chants, de donner de la voix, et même de faire une “grecque” - se retourner vers la tribune pour entraîner un “Qui ne saute pas n’est pas Français”.
L’Italie creuse l’écart (4-1 score final). Le tableau d’affichage ne sourit pas à la France. Mais personne ne quitte son siège. Les chants repartent une dernière fois après le coup de sifflet final.
Parce que soutenir ne dépend pas du résultat.
Une première, et après ?
En sortant, plusieurs supporters italiens arrêtent le groupe français pour les féliciter : “Grande tifosi, Allez les Bleus”. L’ambiance est bonne enfant. Les sourires sont encore sur toutes les lèvres.
Et justement, ces “grosses têtes”, devenues presque iconiques, attirent les regards. Le groupe croise les familles des joueuses, venues soutenir leurs filles, leurs sœurs, leurs cousines. Naturellement, les supporters tendent les visages XXL à celles et ceux à qui ils appartiennent un peu plus que les autres. Les objets changent de mains, on les reverra tout au long du tournoi féminin, portés cette fois par les familles !
Sur la route du retour, dans la nuit milanaise, les discussions continuent. On refait le match. On parle de progression, d’expérience, de ce que signifie jouer un premier match olympique.
Les 12 jeunes repartent avec des images plein la tête. Les leaders confirment qu’ils seront encore là. Les familles parlent déjà du prochain déplacement.
À Milan, il n’y avait pas qu’une première historique sur la glace.
Il y avait une transmission.
Un passage de relais invisible.
Et une cinquantaine de Français venus prouver qu’aux Jeux, même en minorité, on peut faire exister une nation.